5 questions à… Muriel Malus

Muriel Malus, professeur de lettres de 27 ans, entame sa deuxième année au lycée français d’Abidjan en Côte d’Ivoire. Un pays qu’elle connaît bien pour y avoir passé une partie de son enfance. Après deux ans d’enseignement dans la métropole, elle a choisi l’exil.

Quelle est la spécificité des lycées français à l’étranger ?

Ils existent dans tous les pays du monde et scolarisent les élèves de toutes les nationalités, de la maternelle au bac. Ils suivent strictement le programme de l’Education nationale et offrent la garantie du savoir-faire éducatif français. Très réputés, ils accueillent aussi bien des élèves locaux que des enfants d’expatriés. Avec les Etats-Unis, la France est un des rares pays à développer un tel dispositif. Dans mes classes, il y a environ un tiers de Français, un tiers d’Ivoiriens et un tiers d’autres nationalités (le lycée en compte 54).

Quelle est la différence la plus marquante entre les élèves ?

Pour la plupart des Ivoiriens, le lycée français est une chance mais aussi un sacrifice financier pour la famille. Ils travaillent énormément, et leur niveau, en grammaire et orthographe, est souvent bien meilleur que celui des Français. Très respectueux des enseignants, ils ont beaucoup de mal à exercer leur esprit critique.


Comment se mélangent les différentes nationalités au sein de l’établissement ?

Les regroupements ne se font pas en fonction des nationalités, mais plutôt selon des critères liés à l’âge. Chez les petits, garçons et filles ne se mélangent pas. Plus tard, la ruée vers les bancs du fond crée les affinités. Dans la cour, toutes les nationalités se mélangent et parlent le « franco-ivoirien », particulièrement prisé pour les insultes : un idiot devient un « gnata », un moins que rien, « un gaou ».

Comment conciliez-vous le respect du programme français et l’envie de faire découvrir la culture ivoirienne à vos élèves ?

J’essaie d’établir des passerelles entre les deux cultures. Par exemple, j’ai travaillé sur la transposition d’une pièce de Molière dans un quartier populaire d’Abidjan. Les élèves ont pu découvrir en profondeur la culture ivoirienne : les dialectes de la Côte d’Ivoire, les différentes ethnies ou encore la problématique du mariage dans les coutumes locales.

Question rituelle

Et si vous aviez le pouvoir de faire évoluer le système, que proposeriez-vous ?
Je proposerais que la culture du pays d’accueil soit systématiquement prise en compte dans les programmes. Ainsi, l’enseignement ne serait plus seulement un enseignement à l’étranger mais de l’étranger. Beaucoup d’élèves, « enfermés » dans leur condition d’expatriés, ne se rendent pas compte de leur situation privilégiée. Les lycées français devraient organiser davantage de rencontres avec les jeunes locaux, pour sensibiliser leurs élèves à d’autres conditions de vie.

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