Si vous vous rendez un jour en Sibérie, faites attention à certains panneaux. La raison ? Cinquante ans de rejets directs dans les sous-sols et les cours d’eau, une radioactivité présente dans l’environnement mille fois supérieure à celle résultant de Tchernobyl. Les sites nucléaires incriminés, tous situés en Sibérie, sont au nombre de trois : Mayak, Tomsk-7, Krasnoyarsk-26.

Depuis 1991, date de l’effondrement de l’Union Soviétique, les gouvernements successifs n’ont pas totalement mis fin aux procédures de retraitement du combustible nucléaire issu des réacteurs militaires. Conséquence, une partie des déchets issus des opérations de retraitement est toujours répandue dans l’environnement. En cinquante ans, plus de 80 millions de mètres cubes de déchets liquides ont été rejetés par le complexe Mayak, plus de 30 millions pour le Tomsk-7, enfin, près de 5 millions pour le Krasnoyarsk-26. La quantité totale de déchets déversés correspond à une radioactivité actuelle d’environ 1,6 milliards de curie*. La majeure partie des déchets a été injectée en profondeur dans le sous-sol, le reste dans les lacs entourant les sites. Des centaines de milliers de personnes ont reçu des doses élevées de radiation et des dizaines de milliers ont du être déplacées. Les forêts ont subi de graves dommages. Certaines terres jouxtant les sites ont été rendues disponibles à l’agriculture alors qu’elles étaient contaminées. Quant aux lacs avoisinant, ils sont tous pollués.

Des efforts de retraitement des déchets ont été effectués. Toutefois, la tâche est encore grande, et surtout coûteuse. La Russie en proie à d’énormes difficultés financières trouvera-t-elle les moyens pour éviter une catastrophe écologique ? Se laissera-t-elle bercer par les sirènes des pays étrangers, dont les Etats-Unis, qui sont prêts à lui verser des sommes astronomiques (plusieurs milliards de dollars) en échange du stockage de leurs déchets radioactifs ? La Russie : nouvelle décharge mondiale ? 

                                                                              Raphaël Rech


*Le Curie est l’ancienne unité de mesure de la radioactivité. Il a été remplacé par le Becquerel. 1 Curie équivaut à 37 milliards de Becquerels.