Jean Rioult : « une expérience à renouveler »

Cet ancien inspecteur d’académie en Seine Saint Denis, coauteur de Aides éducateurs : Mission et fonctions estime que les aides éducateurs constituent une aide indéniable pour la plupart des écoles et des collèges.

Comment l’arrivée des aides éducateurs a-t-elle été perçue sur le terrain ?

C’était une surprise pour tout le monde. Les emplois jeunes étaient une invention du ministère du Travail et non de l’Éducation nationale. Les enseignants comme les cadres administratifs ou les syndicats étaient méfiants. Beaucoup craignaient de voir arriver des enseignants au rabais. Ces craintes se sont vite dissipées car les jeunes ont vite montré leur utilité. Ils se sont emparés des bibliothèques et des salles d’informatique qui avaient été laissées à l’abandon. Aujourd’hui, la plupart des écoles et des collèges n’imaginent pas fonctionner sans eux.

La Seine St Denis a été particulièrement bien dotée en aides éducateurs. Comment les avez-vous recrutés ?

Beaucoup de candidatures arrivaient au Rectorat. Nous avions une commission quasi-permanente de recrutement. Tout le monde avait entendu à la télévision que le ministère de L’Éducation nationale recrutait massivement. Au début, on sélectionnait des jeunes sans trop savoir ce qu’ils allaient faire. Ils devaient normalement avoir une spécialité comme le sport ou l’informatique mais cela restait très flou. Les jeunes, en revanche, étaient extrêmement motivés. Ils avaient réellement envie de travailler et de s’investir.

La grande majorité des contrats vont expirer en 2003 et 2004. Faut-il les prolonger ?

Je ne le pense pas. Le dispositif des aides éducateurs a été imaginé pour que ces cinq années permettent à des jeunes de se former pour trouver un « véritable » travail. Leur emploi ne doit pas, à mon avis, devenir un emploi à durée indéterminée, une sorte de sous-catégorie de la fonction publique qui ne veut pas dire son nom. C’est justement leur jeunesse qui a été en grande partie responsable du succès de l’opération. On ne peut pas être aide éducateur à 40 ans. En revanche, je suis totalement partisan de garder les postes et d’en faire profiter d’autres jeunes. Je le répète, ils ont une indéniable utilité.

Si on ne prolonge pas leur contrat, beaucoup d’aides éducateurs vont se retrouver au chômage. Est-ce une situation gérable pour le ministère de l’Éducation nationale de se retrouver dans la position d’un employeur qui licencie ?

C’est une vraie petite bombe pour le nouveau gouvernement. Les aides éducateurs sont aujourd’hui syndiqués par les grandes centrales et ne partiront pas facilement. De plus, les emplois jeunes recrutés dans les associations vont, eux aussi, se retrouver en fin de contrat. Moins organisés que les aides éducateurs car plus isolés, ils risquent, eux aussi, de se retrouver au chômage en 2003 – 2004. Humainement, c’est une situation très dure. En plus, le dispositif a péché au niveau de la formation. Ces jeunes, au bout de cinq ans, devraient avoir tous reçu une solide qualification professionnelle mais ce n’est malheureusement pas le cas. Les torts sont partagés. Dans certains cas, des jeunes se sont laissés vivre sans vraiment chercher du travail ailleurs. Dans d’autres, le ministère n’a pas su mettre en place des formations réellement qualifiantes. Il ne faut pas oublier que le dispositif était avant tout une mesure sociale pour lutter contre le chômage des jeunes. Les premiers ont un peu joué les cobayes.

Conscient du problème, Jack Lang a ouvert un nouveau concours pour le recrutement des enseignants réservé aux aides éducateurs titulaires d’un DEUG et pouvant justifier de 3 ans d’ancienneté. Que pensez-vous de cette décision ?

Je suis totalement favorable à cette mesure. Dans ma carrière, j’ai vu trop de personnes choisir le métier d’enseignant parce qu’ils avaient de jolis souvenirs d’écoliers mais sans aucune idée du métier. Les aides éducateurs s’engageront dans le métier en connaissance de cause. Et trois ans valent bien une année universitaire. À l’heure où l’on parle beaucoup de validation des acquis professionnels, c’est une très bonne idée. Cela dit, cette mesure ne règle pas tout. Les places à ce nouveau concours doivent être limitées pour ne pas désavantager ceux qui passent l’examen initial. Il ne faut pas remettre en question le recrutement des enseignants au niveau de la licence. En outre, 60 % des aides éducateurs ont été recrutés au niveau bac. Ceux-là ne pourront pas passer le concours.

N’y a-t-il pas une certaine hypocrisie à présenter les concours administratifs comme une solution alors que ces jeunes sont souvent devenus aides éducateurs car ils avaient échoué dans leurs études ?

C’est vrai qu’en Seine St Denis, les jeunes que j’ai eu l’occasion de recruter avaient, la plupart du temps, un parcours similaire. Ils étaient assez bons élèves jusqu’au lycée et avaient décroché ensuite. Issus de milieux modestes, ils ne possédaient pas les codes pour réussir dans le supérieur. Très peu de fils de cadres sont devenus aides éducateurs. Pour beaucoup, leur proposer une formation professionnelle plus concrète aurait été plus judicieux que de les orienter vers des études universitaires qu’ils ont souvent été obligés de suivre par correspondance. Mais ces formations coûtent cher et sont plus difficiles à mettre en place. Certaines académies réussissent ce pari. D’autres sont plus à la traîne.

Pourtant, Jack Lang, lors de l’annonce de ce nouveau concours, a déclaré que les aides éducateurs pourraient être un nouveau vivier pour remplacer la génération du baby-boom qui va bientôt partir à la retraite ?

L’Éducation nationale, comme beaucoup d’autres secteurs de la fonction publique, va devoir recruter massivement dans quelques années. Mais tout dépendra du climat économique en France. Si nous connaissons une période de croissance, ce que j’espère, le recrutement des enseignants risque d’être un vrai problème et il sera tentant de recruter parmi les aides éducateurs. En revanche, si nous connaissons une crise économique, la sécurité qu’offre la fonction publique sera toujours autant recherchée. La règle est malheureusement simple.

Quelle décision souhaitez-vous que le gouvernement prenne rapidement sur ce dossier ?


Je ne me permettrais pas de dire ce qu’il doit ou ne doit pas faire. C’est un problème qu’il doit régler avec les syndicats. Je n’ai qu’un souhait : qu’il crée de façon définitive la fonction d’aides éducateurs. L’école et les jeunes ont tout à y gagner.

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