21.05.2012
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Mal de dos : "les profs doivent apprendre aux élèves à bien se tenir"

Stress exces­sif, fatigue, troubles du som­meil… et mal de dos. Symptôme du malaise de la pro­fes­sion, les troubles mus­cu­los­que­let­tiques touchent de nom­breux ensei­gnants. Comment se pré­mu­nir ? Entretien avec le Dr Charley Cohen, rhu­ma­to­logue à Paris (16e), ancien interne des hôpi­taux de Paris et ancien chef de cli­nique à la faculté de méde­cine de Paris, auteur du livre "Mal de dos : le guide" aux éditions du Dauphin.
Charley Cohen

Charley Cohen

Quels ensei­gnants sont les plus expo­sés au mal de dos ?

Deux types d'enseignants y sont par­ti­cu­liè­re­ment sujets. Ceux qui res­tent sta­tiques, lorsqu'ils cor­rigent les copies ou qu'ils tra­vaillent en se pen­chant sur un ordi­na­teur ou devant des copies avec le dos rond et la tête en avant. Et ceux qui font un effort phy­sique impor­tant : les pro­fes­seurs de sports et les ensei­gnants en mater­nelle qui sont ame­nés à por­ter des enfants. D'une manière géné­rale, les ensei­gnants ne sont pas par­ti­cu­liè­re­ment une popu­la­tion à risque.

Y a-t-il plu­sieurs types de mal de dos ?

Oui. La dou­leur lom­baire en bas du dos est la plus cou­rante : c'est "le mal de reins", avec par­fois des com­pli­ca­tions comme la "scia­tique" lorsque la dou­leur des­cend dans la jambe, ou la "cru­ral­gie" lorsque l'on a mal sur le devant de la cuisse. Les dou­leurs cer­vi­cales, égale­ment fré­quentes, sur­viennent lorsque l'on reste mal assis de manière pro­lon­gée, avec sa com­pli­ca­tion : la névral­gie cervico-brachiale, une com­pres­sion du nerf du cou qui irra­die dans le membre supé­rieur. La dor­sal­gie est aussi très fré­quente, sur­tout chez les femmes, avec des dou­leurs au milieu du dos.

On dit que le mal de dos peut avoir des ori­gines psy­cho­so­ma­tiques : qu'en pensez-vous ?

Un ensei­gnant déprimé peut avoir mal au dos. Des pro­blèmes per­son­nels ou un manque de recon­nais­sance dans son tra­vail peuvent s'extérioriser par une dou­leur et révé­ler une zone fra­gile du corps. Mais ce n'est pas que dans la tête ! La ges­tion de classes sur­char­gées ou, plus géné­ra­le­ment, un mau­vais stress auront ten­dance à géné­rer des dou­leurs dans le cou et le milieu du dos. Un stress exces­sif abaisse le seuil de tolé­rance à la douleur.

Quels conseils don­ner aux ensei­gnants qui souffrent de mal de dos ?

Face à la classe, la posi­tion debout n'est pas ris­quée mais je leur conseille de prendre des appuis le plus pos­sible, sur un plan de tra­vail ou contre un mur. Assis, il faut veiller à gar­der une bonne posi­tion. Malheureusement, le mobi­lier est sou­vent inadapté : il fau­drait des chaises réglables pour s'adapter à la hau­teur du plan de travail.

Il est impor­tant d'avoir un dos mus­clé et de faire régu­liè­re­ment des "abdos", en veillant à ne pas se cam­brer et à main­te­nir pla­quée au sol la région lom­baire. Car il ne faut pas l'oublier, la sangle abdo­mi­nale pro­tège le bas du dos. Le som­meil est un autre para­mètre impor­tant : il faut trou­ver le moyen de bien dor­mir, faute de quoi son seuil de tolé­rance à la dou­leur va dimi­nuer. Ensuite, c'est du bon sens : un mate­las ferme mais sur­tout pas trop mou, pas de café ni de repas trop copieux avant de dormir...

Comment se soigner ?

Si le mal de dos est de plus en plus fré­quent, de nom­breux moyens per­mettent de le trai­ter. En cas de dou­leurs intenses, des médi­ca­ments peuvent être pres­crits : un anti– inflam­ma­toire asso­cié à une pro­tec­tion pour l'estomac. Pour toutes les dou­leurs chro­niques ou intenses, des injec­tions locales super­fi­cielles d'anti-inflammatoires avec anes­thé­siant peuvent être pra­ti­quées. Des infil­tra­tions de cor­ti­sone, sous contrôle radio, sont une solu­tion en cas de scia­tique rebelle. La kiné­si­thé­ra­pie est égale­ment à pri­vi­lé­gier, notam­ment pour apprendre à faire des étire­ments et à se relaxer. Sur le long terme, je conseille aux ensei­gnants de pra­ti­quer régu­liè­re­ment le sport qu'ils aiment. Ce peut être la marche à pied, le che­val ou le ten­nis... Peu importe, à condi­tion d'un bon échauf­fe­ment et d'une bonne pratique.

Les ensei­gnants ont-ils un rôle à jouer dans la pré­ven­tion de ces maux ?

Bien sûr et la pré­ven­tion est cru­ciale chez les enfants. C'est dès l'enfance que l'on prend de mau­vaises habi­tudes et que l'on s'expose à des pro­blèmes de dos plus tard. Les ensei­gnants doivent apprendre aux élèves à bien se tenir sur leur chaise et à gar­der le buste bien droit. Le poids des car­tables reste un pro­blème. Aucun élève ne devrait por­ter plus de 10% de son poids.

Quand faut il vrai­ment s'inquiéter de pro­blèmes de dos ?

Il faut s'en pré­oc­cu­per quand la dou­leur per­siste, lorsqu'elle irra­die dans un membre. Et sur­tout lorsqu'elle n'est pas due seule­ment aux mau­vaises pos­tures et qu'elle per­siste au repos. Raison de plus si elle réveille la nuit ! Le rôle du méde­cin est d'effectuer un diag­nos­tic pré­cis. Parfois, lorsque la dou­leur est sus­pecte, il fau­dra cher­cher une autre maladie.

Charles Centofanti

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