01.09.2010
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Benda Bilili : "Un handicapé peut tout"

Florent de la Tullaye et Renaud Barret ont décou­vert le Staff Benda Bilili, groupe congo­lais com­posé de papys atteints de polio­myé­lite et d'enfants des rues. Leur film "Benda Bilili !", en salles cette semaine, retrace le par­cours de ces musi­ciens hors du com­mun, du ghetto de Kinshasa jusqu'à la consé­cra­tion mon­diale. Entretien exclu­sif avec les réalisateurs.

Florent de la Tullaye et Renaud Barret, réalisateurs du film "Benda Bilili !". Photo Quentin Duverger

« Benda Bilili ! » est-il un docu­men­taire ou un film ?

Pour nous, c'est un film. Nous l'avons monté comme un film pour le cinéma. Il a d'ailleurs été pré­senté à Cannes(2). Il y a des gens qui nous ont dit que ça res­sem­blait même à une fic­tion. Je pense que le temps qu'on a passé avec le groupe nous per­met de faire vivre les scènes, et ça devient presque comme un théâtre.

Comment s'est pas­sée votre pre­mière ren­contre avec le Staff Benda Bilili ?

Nous étions en train de tra­vailler sur notre pre­mier film à Kinshasa : « La danse de Jupiter », qui est plu­tôt docu­men­taire. C'est une balade intui­tive dans les ghet­tos, à tra­vers ce que nous racon­taient les musi­ciens. Nous avons ren­con­tré le groupe par hasard. Ils nous ont laissé fil­mer tout de suite. Ricky, qui est un peu le lea­der du groupe, a fait un cal­cul simple : à 58 ans, ça fait vingt ans qu'il crève la dalle dans la rue, que ses enfants n'ont rien à man­ger, qu'il se bat dans un océan de pro­blèmes… Il voit deux Blancs avec des camé­ras et il se dit, « ça ne va pas se repré­sen­ter dix fois ! » C'est aussi ça l'idée « Benda Bilili ». Littéralement ça veut dire « Tirer les images », mais ça peut aussi vou­loir dire « Voir loin », « Voir au-delà ». Il y a un côté pro­phé­tique dans Benda Bilili…


Pour travailler en classe

L'Agence Cinéma Education met en ligne un mini-site péda­go­gique très com­plet sur le film.

Pourquoi avez-vous décidé de sou­te­nir ce groupe ?

Leur musique nous a pro­fon­dé­ment tou­chés. Nous avons vrai­ment appré­cié leur voix, leur façon de jouer sur de vieilles gui­tares usées… Ce côté un peu « blues ». Et la per­son­na­lité de Ricky nous a vrai­ment atti­rés. Une com­pli­cité s'est créée assez vite, très natu­rel­le­ment. Au début, nous vou­lions juste leur per­mettre d'enregistrer un album. Et à un moment donné, nous nous sommes sen­tis inves­tis d'une mis­sion. On les voyait s'endormir sur leurs car­tons, tous les soirs… Ils nous disaient : « Vous allez voir, ça va mar­cher. Avec vous, on va y arri­ver. » Nous nous sommes dit : on n'a pas encore fait grand-chose de nos vies jusque-là mais ça, il ne faut pas le louper.

Vous avez aidé Roger, l'enfant des rues, à inté­grer le groupe. Est-ce que vous avez des regrets en pen­sant à tous ceux que vous n'avez pas pu aider ?

Non, là-dessus nous étions sans com­plexes. Nous ne sommes pas une ONG, nous savions très bien que nous n'allions pas chan­ger le pays avec nos camé­ras. Nous nous sommes inves­tis, mais c'était avant tout pour la musique. Roger, c'est un pro­dige, il a l'oreille abso­lue. Nous avons parlé de lui à Ricky, et il lui a fait pas­ser un vrai cas­ting avant de se déci­der. Le groupe ne bla­guait pas avec la musique, et nous avons cal­qué notre atti­tude sur la leur. S'ils n'avaient pas été des bons musi­ciens, tout gra­phiques qu'ils puissent être, s'ils avaient juste grat­touillé une gui­tare, ç'aurait été « Au revoir messieurs ! »

Quelles sont vos rela­tions aujourd'hui avec les musiciens ?

Maintenant, ils voyagent beau­coup. Pour les concerts, ils sont déjà sur­boo­kés sur 2011. Mais nous res­tons en contact. J'ai eu Ricky, qui était à Londres, au télé­phone tout récem­ment, – on se donne des nou­velles et puis dès que c'est pos­sible, on se croise. Quand nous sommes ensemble, Roger rede­vient « notre petit Roger » — en cinq ans, nous l'avons vu grandir !

Votre film est riche en mes­sages forts. Il illustre  notam­ment l'acceptation de l'Autre, la soli­da­rité, la vic­toire sur le handicap… Pour vous, quel est le mes­sage essentiel ?

Pour nous, l'existence de tels per­son­nages est en soi un message. Mais il y a une chose qui est très impor­tante pour le groupe : dans leur pays, ils sentent qu'il y a un mau­vais regard sur les han­di­ca­pés. On ne les embête pas, mais c'est parce qu'on a peur d'eux. Dans la cos­mo­go­nie des Bantous(3), rien n'arrive sans rai­son. Par exemple, ce n'est pas une mala­die qui va te don­ner un han­di­cap : si tu n'as pas de jambes, c'est que quelqu'un chez toi a fait une mau­vaise chose et que c'est une puni­tion. C'est du non-dit – mais c'est quelque chose qui sous-tend tous les rap­ports humains dans l'Afrique Centrale. Les membres du groupe ne sont pas comme ça. Ce qu'ils vou­laient démon­trer, c'est qu'un han­di­capé peut tout.

Bande-annonce :

Quentin Duverger

Note(s) :
  • (1) Synopsis : Ricky a un rêve, faire de Staff Benda Bilili le meilleur orchestre du Congo. Roger, enfant des rues, désire plus que tout rejoindre ces stars du ghetto de Kinshasa qui écument la ville sur des fauteuils roulants customisés façon Mad Max. Ensemble, il leur faut déjouer les pièges de la rue, rester unis, trouver dans la musique la force d'espérer. Pendant cinq ans, des premières répétitions à leur triomphe dans les festivals du monde entier, BENDA BILILI! nous raconte ce rêve devenu réalité.
  • (2) dans le cadre de la Quinzaine des Réalisateurs 2010.
  • (3) Groupe d'ethnies majoritaire en Afrique Centrale.

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coralie
le 10 septembre 2010

Le groupe Staff Benda Bilili fera égale­ment appa­ra­tion cette sai­son au théâtre Le Quai à ANGERS pour y don­ner un concert! Si vous êtes inté­res­sez renseignez-vous sur http://www.lequai.tv

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