10.09.2010
Aucune réaction

Gilles Baillat : "les démissions des deux directeurs d'IUFM ne sont pas du tout les prémisses d'une démission collective"

Gilles Baillat, pré­sident de la CDIUFM, réagit à la démis­sion de deux direc­teurs d'IUFM. Il nous pré­sente son ana­lyse de la situation.

Comment réagissez-vous à la démis­sion (1) de deux direc­teurs d'IUFM, oppo­sés à la réforme de la mas­te­ri­sa­tion ? N'est-ce pas là l'amorce d'un mou­ve­ment plus général ?

Il s'agit de deux démis­sions indi­vi­duelles. Patrick Baranger et Paul Busuttil arri­vaient tous deux en fin de man­dat et ne sou­hai­taient pas le recon­duire. Ce qui n'empêche pas bien sûr qu'ils aient émis des réserves sur la mise en œuvre de la réforme, comme l'ensemble des membres de la CDIUFM, et que la situa­tion ne les ait inci­tés à ne pas pour­suivre leur mis­sion. Mais ces deux démis­sions ne sont abso­lu­ment pas les pré­misses d'une démis­sion col­lec­tive et les autres direc­teurs feront leur année uni­ver­si­taire tout à fait normalement.

Cependant, même si ces deux démis­sions sont à repla­cer dans leur contexte, ne partagez-vous pas le sen­ti­ment d'exaspération engen­dré par la mise en œuvre de la réforme chez vos collègues ?

Si, bien sûr, le fait de ne pas être enten­dus crée une las­si­tude chez bon nombre de col­lègues. En par­ti­cu­lier sur deux points : les dan­gers de l'intrication du mas­ter, du diplôme et du concours. Aujourd'hui, on voit bien les dif­fi­cul­tés que posent concrè­te­ment la place des épreuves de concours et celle des exa­mens uni­ver­si­taires pour l'obtention du diplôme. Les calen­driers des épreuves risquent de se che­vau­cher et d'être inte­nables pour les étudiants ! Et second point, le carac­tère non obli­ga­toire des stages pour l'obtention du concours, qui fait que les rec­teurs ne se sentent pas tenus d'en orga­ni­ser pour chaque étudiant dans le cadre du mas­ter. Or main­te­nant, nous sommes sur le ter­rain, et les dif­fi­cul­tés que nous avions pré­vues se confirment. Nous conti­nuons à pen­ser que dans le prin­cipe, la réforme de la mas­te­ri­sa­tion est bonne, mais que les moda­li­tés actuelles de sa mise en œuvre ne fonc­tionnent pas. C'est pour­quoi la CDIUFM va pro­po­ser, dans la pers­pec­tive des pro­chaines échéances poli­tiques, sa vision d'une for­ma­tion des ensei­gnants et ame­ner à en dis­cu­ter sérieusement.

Les deux jours de for­ma­tion (2) organisés à la va-vite dans les aca­dé­mies pour les néo-titulaires avant la ren­trée montrent que le besoin de for­ma­tion est tou­jours bien présent…

En effet, mais il s'agit là d'une solu­tion de rafis­to­lage, parce que ces étudiants n'avaient, pour la majo­rité d'entre eux, fait aucun stage lors de la pré­pa­ra­tion de concours. Il y a eu un mou­ve­ment de panique du côté des ins­pec­tions et des chefs d'établissement, crai­gnant les inci­dents et les débor­de­ments pour ces jeunes ensei­gnants. C'est d'ailleurs le risque majeur qui guette les néo-titulaires cette année, géné­ra­tion d'enseignants véri­ta­ble­ment sacri­fiée. On revient à la situa­tion qui exis­tait avant les années 80, avant la créa­tion des IUFM : les jeunes ensei­gnants étaient envoyés direc­te­ment devant leurs élèves, sans pré­pa­ra­tion. Et c'est parce que cela était catas­tro­phique jus­te­ment que l'on a créé d'abord une for­ma­tion en alter­nance, puis les IUFM ! Aujourd'hui, on espère que les tuteurs pour­ront régler avec le com­pa­gnon­nage tous les pro­blèmes, ce qui est bien évide­ment impos­sible. Sachant que cer­tains néo-titulaires n'ont par­fois même pas de tuteur…

Ne craignez-vous pas que beau­coup de jeunes renoncent à être enseignant ?

C'est un métier que l'on assom­brit. On assiste par exemple cette année à l'effondrement du nombre d'étudiants pré­pa­rant au mas­ter d'enseignement pro­fes­sion­nel. Le vivier de pro­fes­seurs pour le lycée pro­fes­sion­nel risque d'être tari d'ici deux à trois ans. Autre signe inquié­tant : un récent son­dage de la Société des Agrégés mon­trait que plus de 50% des agré­gés envi­sa­geaient de chan­ger de métier. On a l'impression que la réforme de la mas­te­ri­sa­tion, qui visait une aug­men­ta­tion du niveau de qua­li­fi­ca­tion et de pres­tige du métier d'enseignant, abou­tit du fait de cer­taines mesures concrètes –non de son prin­cipe même– à un scé­na­rio noir, qui pour­rait à la longue deve­nir répulsif.

Malgré tout, conservez-vous un espoir d'être entendu et les choses pourront-elles encore changer ?

Dans la com­mu­nauté éduca­tive et uni­ver­si­taire, beau­coup pensent que des régu­la­tions seront néces­saires. Certaines mesures irréa­li­sables ont déjà été repor­tées : par exemple l'obligation pour tous les nou­veaux ensei­gnants, en plus du reste, d'avoir le CLES, soit un niveau licence en langues. J'ai bon espoir qu'il y ait deux évolu­tions : repor­ter la date des épreuves d'admissibilité des concours et rendre obli­ga­toires, comme pour tous les mas­ters pro­fes­sion­nels, les stages.


Sandra Ktourza

Note(s) :

Vous souhaitez réagir sur cet article :

Open-close
Envoyer

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
Aucune réaction