17.02.2012
10 réactions

"Les directeurs d'école doivent avoir un vrai statut"

A l'initiative du Groupement de défense des idées des direc­teurs (GDID) d'école, huit orga­ni­sa­tions asso­cia­tives et syn­di­cales (1) viennent d'adresser, le 10 février, une lettre com­mune aux can­di­dats à l'élection pré­si­den­tielle. Objectif : connaître leur pro­jet pré­cis pour l'école pri­maire et inter­pel­ler sur les dif­fi­cul­tés des direc­teurs d'école. Entretien avec Alain Rei, pré­sident du GDID qui reven­dique 1500 adhé­rents et plus de 3000 sym­pa­thi­sants en France.

Alain RéiPourquoi avoir lancé un appel aux can­di­dats à la pré­si­den­tielle, sachant que les prin­ci­paux par­tis disent tous qu'ils met­tront "le paquet" sur l'école du pre­mier degré ?

Notre pré­oc­cu­pa­tion pre­mière est la même : aujourd'hui, l'école affiche un taux impor­tant d'élèves qui quittent le CM2 avec d'importantes dif­fi­cul­tés sco­laires. Ce n'est pas tenable. Agiter des chiffres, des nombres de postes à recréer, n'est pas suf­fi­sant. Tous les can­di­dats pointent le fait qu'il faut mettre le paquet sur l'école sauf que depuis un siècle la struc­ture de l'école n'a pas changé. Il n'y a jamais eu, comme en Finlande, de remise à plat com­plète. Or nous avons besoin d'un pro­jet d'avenir pour pro­gres­ser. L'école a besoin d'une vraie réflexion poli­tique, dans le sens noble du terme. Nous deman­dons aux can­di­dats de cla­ri­fier leur pro­jet pour l'école du pre­mier degré.

Avez-vous reçu des réponses des can­di­dats et sont-elles satisfaisantes ?

Pour le moment, nous avons eu des prises de contacts avec les prin­ci­paux can­di­dats, hor­mis le FN que nous n'avons pas sol­li­cité. Nous espé­rons pou­voir ren­con­trer les prin­ci­paux can­di­dats, ceux qui ont une chance d'accéder au pouvoir.

Quelles sont les prin­ci­pales dif­fi­cul­tés ren­con­trées par les direc­teurs d'école ?

Nous cou­rons après le temps. Nous sommes de plus en plus char­gés de tâches admi­nis­tra­tives, sachant que notre décharge horaire n'est pas à la hau­teur et que, en paral­lèle, nous fai­sons tou­jours cours à nos classes. En ce qui me concerne, avec 10 classes à gérer, je suis censé pas­ser la moi­tié de mon temps de tra­vail en classe, l'autre à m'occuper de la direc­tion de l'école. Dans les faits, je suis tout le temps direc­teur d'école et il m'arrive de devoir m'adapter aux urgences, ce qui impacte inévi­ta­ble­ment mes élèves. Et puis il faut aussi assu­rer la rela­tion humaine, entre les col­lègues et les parents. Par ailleurs, il nous faut une véri­table for­ma­tion, en adé­qua­tion avec nos mul­tiples mis­sions, notam­ment en matière de ges­tion écono­mique et de ges­tion des conflits. C'est la rai­son pour laquelle nous deman­dons la mise en place d'un vrai sta­tut pour les direc­teurs d'école, avec des pers­pec­tives de pro­gres­sion de carrière.

Vous dénon­cez un mal-être qui s'accentue chez les direc­trices et les direc­teurs d'école, quelle est la situation ?

De plus en plus de col­lègues ont des dif­fi­cul­tés. Ils ont l'impression de ne pas être recon­nus et sou­te­nus par le sys­tème. Par manque de temps, le direc­teur d'école se sent brouillon dans tout ce qu'il fait. Il a le sen­ti­ment de bâcler. Et par consé­quent, la fonc­tion attire moins : en France, 10% des écoles se retrouvent chaque année avec leur direc­tion vacante, soit quelque 5000 direc­tions d'école.

L'avenir de l'école passe-t-il par davan­tage de moyens humains ? Ne peut-on pas "faire mieux avec les mêmes moyens" comme le défend Nicolas Sarkozy ?

Le prin­ci­pal pro­blème n'est pas là : ce que nous récla­mons avant toute chose, c'est une réflexion sur ce qui fait que d'autres sys­tèmes sont plus per­for­mants ailleurs en Europe. Et ce qui est sûr, c'est qu'il existe une rela­tion de cause à effet impor­tante entre une direc­tion de qua­lité et les résul­tats des élèves. Nous atten­dons qu'on nous donne des moyens mais pas for­cé­ment au sens finan­cier du terme. Eva Joly annonce 20 000 créa­tions de postes, François Hollande 60 000.... Je n'ai pas la com­pé­tence pour dire qui a rai­son. L'important c'est de voir com­ment on se repo­si­tionne pour être plus "performant".

Que pensez-vous du pro­jet d'évaluation des ensei­gnants et de la pos­si­bi­lité qui serait don­née aux direc­teurs d'école de recru­ter leur équipe enseignante ?

En Belgique, depuis 2007, les direc­teurs recrutent déjà les ensei­gnants. En France, nous sommes à des années lumières de ce mode de fonc­tion­ne­ment. Concernant l'évaluation, cela ne me choque pas s'il s'agit d'un moment par­tagé de for­ma­tion et non pas de mettre les écoles en concur­rence. Si, au contraire, la stra­té­gie c'est de faire des direc­teurs des chefs qui mettent la pres­sion sur l'équipe péda­go­gique, ce serait mal­adroit et tota­le­ment inef­fi­cace. Politiquement ce serait contre-productif et nous les ensei­gnants ne sommes pas prêts. Nous avons encore trop d'a priori vis-à-vis de l'évaluation en géné­ral et de nos propres évalua­tions en particulier.

Que préconisez-vous pour lut­ter contre l'échec scolaire ?

Aujourd'hui, nous sommes tom­bés dans une dérive. Les élèves sont évalués en CE1, en CM2... On ne tient pas compte, à la dif­fé­rence de l'école fin­lan­daise par exemple, du fait que les enfants n'apprennent pas tous à la même vitesse.

Charles Centofanti

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Note(s) :
  • (1) SE Unsa - FCPE - ANDEV - CFTC Education Nationale - SGEN cfdt - SIEN Unsa - CFE CGC – GDID

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Vos réactions :

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Jan Vanier
le 17 février 2012

Un sta­tut d'accord mais sur­tout pas une décharge totale d'enseignement; ce serait mor­ti­fère et en peu de temps les écoles pri­maires pren­draient la voie des col­lèges et des lycées.
Dans les écoles il faut des en-soi-gnants, pas des admi­nis­tra­tifs.
Au pas­sage cf. "La revanche du rameur" (Dominique Dupagne)

François P.
le 17 février 2012

Effectivement ce sta­tut qui manque de clarté fait perdre du temps à tout le monde : aux élèves tout d'abord qui sont par­fois "lais­sés en auto­no­mie" pour cause d'urgence dans l'école, aux parents qui ne peuvent contac­ter aisé­ment le res­pon­sable, aux ensei­gnants aussi qui attendent du "coach" une aide et un sou­tien péda­go­gique pour leurs pro­jets, et enfin aux Directeurs eux-mêmes qui sont sou­vent frus­trés et déçus de devoir "zap­per" en per­ma­nence entre toutes leurs tâches, en met­tant des prio­ri­tés là où ils peuvent...

signé : un DEA (Directeur d'Ecole d'Application) retraité après 15 ans de Direction d'école en décharge complète.

evie
le 18 février 2012

Absence de statut=échec sco­laire !!! Simpliste et peu adapté à la taille de nos écoles (75% ont moins de 6 classes) car un sta­tut entraî­ne­rait un regrou­pe­ment des écoles pour un 'Etablissement' pour avoir un mini col­lège et un chef coupé de la réa­lité. Les col­lèges ont-ils de si bons résul­tats pour être modèles? Soyons inven­tifs et ima­gi­nons plu­tôt une répar­ti­tion des tâches, des res­pon­sa­bi­li­tés. La mise en place des cycles avaient bien pour but d'établir la col­la­bo­ra­tion d'une équipe au ser­vice de la réus­site de chaque élève et bien pour­quoi ne pas pour­suivre dans cette voie et déve­lop­per cette notion de prise en charge col­lec­tive, ça ce serait original !!!

Jan Vanier
le 18 février 2012

J'insiste. Il vaut mieux des ensei­gnants tra­vaillant intel­li­gem­ment en réseau et déchar­gés d'une par­tie de leurs cours qu'une nou­velle couche au mil­le­feuille admi­nis­tra­tif, com­plè­te­ment décon­necté des réa­li­tés du ter­rain. J'ajoute que cela ajou­te­rait de la sou­plesse dans la ges­tion des rem­pla­ce­ments. Dans les écoles il faut ajou­ter des ensei­gnants, pas des pon­deurs de feuilles Excel "YaKaFoKon.xls" !

Pierrot
le 19 février 2012

Ce qui est mor­ti­fère, c’est la situa­tion actuelle, qui est indé­pen­dante du fait que le direc­teur ait ou non la ges­tion par­tielle ou totale d’une classe.
Ce qui est mor­ti­fère c’est de ne consi­dé­rer le direc­teur uni­que­ment sous son aspect « admi­nis­tra­tif ». Ce fai­sant, on pour­rait à terme sup­pri­mer le poste de direc­tion en pla­çant dans les écoles (ou regrou­pe­ments d’écoles) des secré­taires admi­nis­tra­tifs pla­cés sous l’autorité soit des IEN, soit des prin­ci­paux des col­lèges.
La direc­tion d’école est sur­tout un métier de rela­tion ayant pour sub­stance les métiers de l’élève et de l’enseignant.
Il est urgent de doter l’école d’un direc­teur reconnu, véri­table pré­sident du conseil des maîtres, inter­lo­cu­teur de proxi­mité des ins­tances locales et repré­sen­tant de l’école face à son admi­nis­tra­tion bien plus que repré­sen­tant de l’administration dans son école.

Samuel
le 19 février 2012

Bravo à l'association natio­nale des direc­teurs d'école.
Un sta­tut pour les direc­teurs et les direc­trices.
Un sta­tut qui recon­naisse les mis­sions, les com­pé­tences, les fonc­tions, les res­pon­sa­bi­li­tés, les moyens pour les direc­teurs et direc­trice d'école.
La recon­nais­sance d'un vrai métier, qui en effet doit tou­jours être exercé par des ensei­gnants (qui peuvent être tota­le­ment déchar­gés) et non par des administratifs.

Un directeur (11 classes, 14 adjoints et tout le reste...)
le 19 février 2012

Comment une telle "évidence" ne parvient-elle pas à voir le jour et à être actée ? Les nom­breux par­te­naires (parents, Mairie, milieu médico-social, domaine cultu­rel, etc.) qui tra­vaillent effec­ti­ve­ment avec les direc­trices et direc­teurs d'école ont, depuis long­temps, reconnu en eux leur inter­lo­cu­teur pri­vi­lé­gié dans le fonc­tion­ne­ment de l'école.
La sur­dité et l'autisme dont font preuve les par­te­naires "ins­ti­tu­tion­nels" (le Ministère, les grands syn­di­cats) devant cette évidence sont confon­dants.
Les argu­ments invo­qués (notam­ment l'arrivée d'un "chef" au sein des écoles, une muni­ci­pa­li­sa­tion des établis­se­ments, etc.) ne tiennent en aucun cas la route pour qui tra­vaille sur le ter­rain, au quo­ti­dien avec des équipes sou­vent lourdes à ani­mer (par­fois 15 adjoints ou plus, à ne s'en tenir qu'aux ensei­gnants) alors que l'animation de l'équipe péda­go­gique est don­née comme un élément déter­mi­nant du métier de direc­teur d'école.
On ne peut que saluer l'initiative du GDID et espé­rer qu'elle soit sui­vie de réponses dans un pre­mier temps et d'initiatives concrètes quel que soit le pre­mier magis­trat de France élu prochainement.

Pierrot
le 20 février 2012

ÊTRE & AVOIR.
Qui pré­tend prendre les col­lèges en exemple? faire les ques­tions et les réponses, pre­nant fan­tasme pour réa­lité, ou com­ment décrire notre pré­sent en pré­ten­dant qu'il sera notre futur si…
La rela­tion entre une direc­tion bien défi­nie et l'amélioration des résul­tats des élèves est démon­trée par toutes les enquêtes pro­duites.
La loi 89, bon exemple, avait amorcé un pas vers une éman­ci­pa­tion des écoles… Le vide juri­dique et l'absence de recon­nais­sance du métier de direc­teur qui en découle ont pré­ci­pité les écoles sous la coupe des IEN (avec explo­sion de leur équipe) pour un pilo­tage à dis­tance à coup de feuilles Excel...
Les fusions d'écoles n'ont jamais été aussi nom­breuses et le nombre de direc­trices et direc­teurs dimi­nue chaque année.
On peut ima­gi­ner: qu'avec des "aides admi­nis­tra­tives" les IEN auront com­plè­te­ment la main sur les écoles, plus besoin de ces encom­brants direc­teurs...
La recon­nais­sance du métier de direc­teur est indé­pen­dante de la taille de l'école. Les res­pon­sa­bi­li­tés et les mis­sions sont les mêmes. Ce qui change c'est le cadre d'exercice. Ce sont donc les moyens qu'il fau­dra modu­ler selon le cadre.
1 dire ce qu'est un direc­teur d'école (sta­tut): l'ÊTRE
2 don­ner les moyens d'assumer ses mis­sions: l'AVOIR.
ça fait plus de 20 ans qu'on fait le contraire, et pour quel résul­tat?
La situa­tion est trop ten­due, aujourd'hui pour res­ter sur des pos­tures. Personne n'aura rai­son seul sur ce dos­sier, et le statu quo est mor­ti­fère. J'insiste.

Alain
le 21 février 2012

Il est inté­res­sant de lire des com­men­taires qui pensent être en oppo­si­tion mais qui confortent nos posi­tions (mais il fau­drait les lire). Oui nous vou­lons être de vrais direc­teurs mais nous sommes et nous vou­lons res­ter des ensei­gnants. Donc décharge ou pas d’enseignement ? Le Pb est la réa­lité de la classe et du temps induit. Alors oui il faut sépa­rer les moyens et la recon­nais­sance. Aujourd’hui nous n’avons ni l’un ni l’autre. Concernant les textes de 89 et du tra­vail en équipe, il n’est pos­sible que s’il existe en lea­der péda­go­gique qui l’anime (si non nous n’aurions pas ces dis­cus­sions) et c’est le direc­teur (bien formé et reconnu) qui doit l’être. Enfin il fau­drait sans doute sor­tir de nos repré­sen­ta­tions sociales archaïques qui sont un peu trop bipo­laires dans notre milieu : ou nous sommes des ensei­gnants avec classe ou nous sommes des parias « ven­dus à l’ennemi des classes domi­nantes qui exercent un pou­voir oppres­sant sur nos écoles ». La réa­lité est bien éloi­gnée de ces cari­ca­tures. Aujourd’hui les direc­trices et direc­teurs d’école sont des mili­tants de l’école, ils sont inves­tis dans leur tra­vail (par­fois trop) et sont sim­ple­ment en train d’exploser par le mal que ces pos­tures cari­ca­tu­rales pro­voque. Alors oui il est urgent de repen­ser le fonc­tion­ne­ment de l’école du pre­mier degré au risque de la voir dis­pa­raitre (telle que nous la connais­sons encore aujourd’hui).

XXX
le 22 février 2012

Ces syn­di­cats sont mino­ri­taires ! Ils ne sont en rien repré­sen­ta­tifs des ensei­gnants 1er degré ! Quid de la FSU SNUIPP ?

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