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Rencontre épistolaire

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Professeur de français, Audrey Sabardeil, a fait correspondre ses élèves de 4e avec des adolescents d’une maison d’arrêt voisine.

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-Un CD-ROM sur la sécurité dans les transports scolaires

Coup de Gueule d’un Inspecteur de l’Education

Coup de Gueule d’un Inspecteur de l’Education

COUP DE GUEULE D’ UN INSPECTEUR DE L’EDUCATION CONTRE L’ABSENCE DE VALEURS HUMAINES ET LA VIOLENCE DE L’ETAT
BR>(Lettre ouverte aux enseignants, éducateurs et parents)

On ne peut enseigner au 21° siècle sans avoir ou la foi ou une intime conviction, posséder une vraie vocation ou vivre une passion professionnelle raisonnée .

On ne peut enseigner aujourd’hui seulement parce qu’on est payé correctement, qu’on a trois mois de congés ,et qu’il y a des avantages sociaux de type retraite ou mutuelle. Le croire ou le laisser penser sous-entendraient que l’homme qui sert de modèle aux enfants est sur terre pour amasser, pour s’enrichir, que celui qui sert de référent et de cadre aux jeunes est dans le chacun pour soi, l’égocentrisme, « l’important c’est ma pomme, mon confort, mes petits privilèges . » Ce serait grave de laisser le soin à des carriéristes et des matérialistes guidés par le seul profit, le culte de l’ego et de l’argent comme souverains biens hérités du mondialisme et du capitalisme, de s’occuper de l’éducation de nos enfants…

L’éducateur n’est-il pas tourné vers les autres plus que vers lui-même ? N’a-t-il pas la responsabilité de former la personne, de forger le caractère, d’échafauder la personnalité des élèves qui lui sont confiés ?

Peut-on encore enseigner aujourd’hui sans être conscient des Valeurs humaines et morales qui fondent notre humanisme démocratique ? Que sont devenues ces valeurs de courage, de respect, de vérité, de paix, d’amour, les qualités de cœur , de courtoisie et de bienveillance, qui structuraient l’éducation de la personne ? Diable que faut-il penser de nouvelles instructions officielles réfléchies et rédigées par deux ministres de l’Education Nationale ayant œuvré ensemble , qui oublient de nommer, de désigner , d’imposer les valeurs sous-jacentes à l’action quotidienne de l’instituteur et du professeur d’aujourd’hui ?

Cette lacune est grave, et il est grand temps que l’on fasse quelque chose. Que penser d’un nouveau ministre déclarant : « ce serait grandiose si notre salaire personnel était multiplié par deux »,et qui ne définit pas pourquoi on enseigne aujourd’hui, qui laisse les enseignants sans prescrire ni nommer les valeurs de l’Education , au sein d’un monde contemporain envahi de violences, d’individualisme, et dans une cité désertée par ses valeurs morales, civiques et spirituelles ?

A-t-on le droit de laisser la responsabilité aux seuls enseignants d’une société gouvernée par le capital, le profit, le mondialisme, la concurrence et la compétition, la course aux diplômes et au fric, le « struggle for life » , de définir les valeurs qui devraient forger l’individu ? Peut-on laisser sans formation morale, sans valeurs humaines imposées, enseignées et obligatoires , l’enfant dans la famille, l’élève dans l’école, le collégien et le lycéen et l’étudiant en formation , quand on prétend lutter contre la violence et promouvoir parallèlement la trilogie « liberté , égalité, fraternité ?

N’est-il pas urgent de rappeler à l’ordre cet Etat qui n’enseigne ni n’éduque autrement que par l’empilement des diplômes et des savoirs, qui n’impose pas aux formateurs de ses enfants les valeurs humaines sans lesquelles une société sans violence est impossible ?

N’est-il pas important de dénoncer un Etat qui promeut la sanction plutôt que la prévention, qui privilégie la concurrence et le savoir plus que l’épanouissement des « savoir-être » ? Qui préfère remplir les cerveaux , favoriser la consommation, développer le capital plutôt que former le caractère, améliorer l’expression et la communication, orchestrer le partage des biens et étendre les solidarités ?

N’est-il pas urgent de dire à nos élus qu’on ne peut tout à la fois vouloir lutter contre la violence et la laisser se développer ? Trois exemples simples pour comprendre.

D’une part, que penser d’un Etat qui imposant des vaccinations à tous les élèves, aurait envoyé ainsi dans un passé récent des milliers de jeunes sur chaises roulantes avec sclérose en plaques et autres séquelles gravissimes ? Ne doit-on pas arrêter de suite la campagne de vaccinations dès le moindre doute ? Les lobbies et l’ enrichissement des laboratoires sont-ils plus importants que l’intérêt des enfants et le respect de l’intégrité physique ? Ne pas oublier que ce même Etat ne dispose que d’une infirmière scolaire que pour 2900 élèves. Ne pas oublier que cette même Nation ne propose aucune médecine du travail à ses enseignants, aucun contrôle et aucune exigence sanitaire pour des maîtres qui sont au quotidien en présence des tout-petits et des plus grands enfants.

D’autre part, où est la liberté, l’égalité et la fraternité quand on décide de ne plus accepter ni scolariser les enfants de 2 ans ? N’y a –t-il pas une grande violence contre l’Ecole Maternelle Française de la faire ainsi régresser en refusant d’ accueillir les plus démunis et les plus isolés de nos tout-petits , qui existent tant en dehors des ZEP et des ZUS , dans le rural profond, dans les banlieues et dans toutes ces communes où n’existent aucune structure, ni nourrices, ni budget pour imaginer un accueil ? N’y a-t-il pas grande violence contre les mères de famille qui doivent travailler pour assurer la survie de leurs autres enfants parce qu’elles vivent la monoparentalité ou tout autre difficulté socioprofessionnelle ? N’y a-t-il pas inégalité de fait entre les parents d’hier ayant pu bénéficier d’une scolarité précoce avec ceux de demain condamnés à la galère ? N’oublions pas que le rare point positif français dans la récente comparaison européenne en rapport qualité/prix entre nos systèmes d’école résidait dans le pourcentage des 3ans scolarisés en métropole. Ce chiffre n’est-il pas intimement lié et associé à une scolarisation précoce des 2/3 ans forte, supérieure à 50% ? Pourquoi défavoriser le seul secteur éducatif qui fait notre originalité, qui a une bonne réputation et qui va le mieux en France ?

De plus, n’y a-t-il pas une grande violence à ce que l’Etat veuille construire « des murs » autour des écoles d’aujourd’hui , sous prétexte de les protéger contre la Société qui les entoure en les « sacralisant » ? N’y a t il pas une incohérence à vouloir couper de son environnement l’école française alors que les psychologues et sociologues de l’Education nous prônent depuis toujours d’ en « ouvrir » les murs pour favoriser son intégration dans la vie tout court dont elle est partie intégrante ?

Enfin, que signifie un combat de l’Institution contre la violence scolaire au moment où cette même Institution envisage de supprimer massivement les postes d’aide éducateurs et de surveillants dans les écoles et les collèges, ceux-là même qui permettent de renforcer la sécurité, qui servent de « dialogueurs » et médiateurs aux élèves les plus en difficulté ?

Ne faudrait-il pas , au contraire, créer de toutes pièces dans les collèges et lycées , un authentique corps de « psychologues relationnels » qui seraient à l’écoute des adolescents en seuil de rupture , à la limite de la délinquance, ou prêts à « péter les plombs » et qui ne disposent d’aucune personne référence pour parler, pour « poser des mots sur leur mal-être », ce que font trop rarement des infirmières et assistantes sociales scolaires en nombre très restreint (1 pour 2000 élèves)

Doit-on préférer la sanction à la prévention, la répression à l’éducation, la mise à l’écart et l’enfermement à l’aide et l’accompagnement ? En matière de drogue, de délinquance juvénile, de violence dans les établissements, d’éducation ou de rééducation, d’école et de formation professionnelle , n’est-il pas souhaitable de prévenir plus que de punir ?

Que faire de tout çà ? Une formation universitaire de philosophe, de psychologue et une longue histoire professionnelle de pédagogue me conduisent en toute humilité à penser qu’il n’y a pas de solution miracle aux problèmes graves d’aujourd’hui, mais ce statut d’apprenti permanent me conduit à croire en d’intimes convictions : en toute simplicité, je reste donc persuadé que pour former un enfant ou un adolescent et son caractère, pour l’aider à grandir et à s’intégrer dans une société digne , démocratique et humaniste, ni la Nation ni les enseignants, les éducateurs, parents ou professeurs ne pourront faire l’économie de trois révolutions tranquilles, mais indispensables :

1. Une restauration des valeurs humaines et morales. On ne peut enseigner aujourd’hui sans imposer et inculquer à nos enfants, à nos élèves petits et grands les valeurs humaines et morales fondamentales , qui représentent les fondations du caractère de chacun . Notre métier est avant tout celui d’éducateur , la formation de la personnalité est sûrement plus importante que l’empilement des savoirs

2.Une rééducation de l’écoute, du dialogue et de la relation. Autant dans le couple que dans la famille, tant en classe qu’en collège, lycée ou faculté, il y a des pannes de communication, des déficits graves de paroles, des incapacités à se dire les choses et à s’écouter et s’entendre. Nous devons réapprendre à mettre des mots sur les choses que nous avons à dire et à nous dire, tout en recréant du « lien social » .

Quelles lignes rouges à suivre ? Tout d’abord , dire et reconnaître la Vérité. Mais aussi rétablir le respect des dignités des personnes et des fonctions. Promouvoir les qualités de cœur et développer les solidarités. Dans la relation éducative développer l’Action Juste qui puisse se concrétiser et œuvrer dans deux directions principales : être utile, et ne pas nuire. En effet, les comportements et attitudes des adultes qui ont la charge et la responsabilité d’enfants doivent s’efforcer d’être des modèles et donner l’exemple, de cadrer les élèves sans oublier l’amour des enfants (il n’y a pas d’amour sans règles et devoirs , et de devoirs et lois sans amour, tolérance et générosité !) Enfin l’apologie de la Paix et le développement de la non-violence pourront suivre, de façon conjuguées et conséquentes.

3. Une réflexion sur la destinée de l’homme, et sur « être au clair » avec les priorités de notre vie et de notre fonction : peut-on donner la vie , être parent et enseignant sans proposer une vraie éducation à nos enfants et nos élèves ? Peut-on instruire les cerveaux sans éduquer les personnes ? Peut-on accumuler du savoir sans forger du savoir-être ? Sommes-nous ici pour accumuler du bien et servir notre ego, ou pour nous s’épanouir tout en aidant, pour servir l’autre en se servant soi-même, pour une œuvre utile et universalisable , ou ne penser qu’à notre bien-être : l’avoir, la possession des savoirs, le dominer, le jouir, l’égoïsme sont-ils plus importants que l’être, que le don et le partage, le service et le savoir-être , le faire et le vivre ensemble ? Un enseignement des valeurs humaines peut-il raisonnablement faire l’économie d’un éveil de la spiritualité laïque de l’élève et de l’étudiant, d’ une spiritualité réelle flottant au-dessus des partis et des religions ? La philosophie morale et la sociologie, ne doivent- elles pas venir, grâce à la restauration des valeurs humaines , au secours des sciences sociales , de la pédagogie et des arts éducatifs dans une société qui inocule imperturbablement ses sidas et ses cancers à l’école qu’elle nourrit, comme si elle avait perdu ses fils directeurs, son gouvernail et les sages de la cité ? Réveillez-vous et secouez-vous , instituteurs et parents, politiques et professeurs : il est plus tard que vous ne pensez !

Guy LHEUREUX (*)

(*) Inspecteur de l’Education Nationale ; Membre de la Ligue des Droits de l’Homme ; Enseignant-Chercheur en Sciences de l’Education ; Maître es Philosophie, Psychologie et Sciences Humaines. Hautes Etudes en Pédagogie et Copilote de la Zone d’Education Prioritaire de Trélazé (49- Maine-Et-Loire) Adhérant au Syndicat National des Inspecteurs de l’Education Nationale ( SIEN- UNSA)


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