La scolarisation des jumeaux et multiples

Isabelle Sudre, Présidente de la Fédération Jumeaux et Plus, livre cette fiche pratique de conseils pour réussir au mieux la scolarisation des enfants multiples.

La scolarisation des jumeaux et multiples

La scolarisation des enfants jumeaux, triplés, donc de tous les multiples, pose un certain nombre de problèmes et impose une vraie réflexion. La Fédération Jumeaux et Plus, dont le parrain est le professeur Pons, professeur d’université, chef de service de gynécologie, chef de clinique obstétrique et médecine de la reproduction du CHU de Grenoble, donne des conseils aux parents et enseignants pour la mener au mieux. Jumeaux et Plus est un regroupement d’associations familiales sur 80 départements français. Son objet est l’accompagnement matériel et moral des parents de jumeaux, triplés et plus.

La séparation physique

Séparer des jumeaux, dans des classes différentes à l’école, n’est pas un acte anodin pour les enfants et leur famille : cela doit être le résultat d’une réflexion et d’un vrai dialogue, entre le corps enseignant et les parents, car chaque « couple » de jumeaux est différent.

  • La séparation précoce des jumeaux ou des triplés ne doit pas être systématique ; elle peut sérieusement impacter leur développement cognitif et psychologique sur le long terme. Elle ne doit jamais être imposée, sauf cas particulier nécessitant une réunion pédagogique et l’avis d’un expert de la gémellité.
  • La séparation doit toujours être préparée à l’avance, en en parlant aux enfants, en ayant toujours le consentement des parents et en veillant à ce que le contexte psychoaffectif des enfants soit, à ce moment-là, stable (pas de déménagement, de deuil ou de divorce des parents par exemple).
  • Imposer une séparation n’est jamais la solution à une relation jugée trop fusionnelle par l’entourage.
  • les classes charnières que sont l’entrée au CP ou au collège ne sont pas favorables à une première séparation.

Le choix de la scolarisation des jumeaux dans la même classe ou dans des classes différentes devrait toujours se faire en étroite concertation avec la famille avec pour seul objectif l’équilibre des enfants dans leur vie scolaire. La décision doit ressortir d’un consensus entre famille et équipe éducative et ne devra en aucun cas être imposée brutalement. Elle devra être préparée avec les enfants.

La mise en pratique au quotidien

  • Apprendre aux enfants à gérer leur relation gémellaire de façon non exclusive en créant des liens avec les autres.
  • Les accompagner dans leur développement propre, et les aider à se positionner l’un par rapport à l’autre.
  • Devenir médiateur pour les aider à transformer leur concurrence naturelle en émulation positive.
  • Lutter, avec eux, contre le regard des autres qui peut les stigmatiser.

Les étapes du développement cognitifScolarisation des multiples

Le lien gémellaire préexiste à toute sorte de socialisation, il induit par conséquent un processus d’autonomisation qui n’est pas comparable à celui d’un enfant seul. La construction de l’individualité des jumeaux passe alors par la compréhension et l’accompagnement de ce lien qui les unit.

Le développement cognitif d’un jumeau n’est pas similaire à celui d’un enfant seul :

  • Avant 2 ans : la fusion,
  • Entre 2 et 6 ans : la complémentarité,
  • Entre 6 et 12 ans : la première autonomisation,
  • A l’adolescence : la seconde autonomisation.

L’étape de la complémentarité est le moment où les enfants recherchent leur(s) singularité(s). Pour se différencier, ils vont s’opposer naturellement et développer successivement des compétences complémentaires.

Quand la structure gémellaire a été parfaitement intégrée (vers 6 ou 7 ans), chacun des jumeaux pourra être capable de rechercher sa propre autonomie.

L’individualisation

Il ne faut pas chercher à dégémelliser les multiples mais leur permettre de s’individualiser :

  • En acceptant et en permettant à chaque enfant de se développer dans le lien gémellaire qui est le leur.
  • En accompagnant le développement de la personnalité, en observant les préférences de chacun pour les respecter.

Jumeaux et Plus travaille à la mise en place d’une directive spécifique à la scolarité des multiples.

C’est un partenariat qui doit s’établir entre l’école, la famille et les associations Jumeaux et Plus autour des enfants. Ainsi, la concertation, l’échange et le lien sont la clé des choix mis en place.

La triangulation école-famille-association est la réponse la plus cohérente dans les choix de séparation des jumeaux au sein de l’institution scolaire, dans une démarche axée sur la prévention.

 

8 commentaires sur "La scolarisation des jumeaux et multiples"

  1. Christophe  17 juillet 2015 à 21 h 42 min

    Bonjour
    Nos deux filles ont été séparée dès la première année de maternelle. Apparemment elles le vivent bien .
    J’apprécie de les voir se développer chacune séparément et de se retrouver lors de récréation autour de leurs copines en commun.
    Elles sont très différentes dans leur comportement
    mais se ressemblent physiquement.
    Voilà pour leur expérience…Signaler un abus

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  2. Céline  22 juillet 2015 à 16 h 54 min

    Bonjour,
    Nous avons hélas dû batailler pour que l’entrée en maternelle de nos 2 garçons ne coïncide pas avec une séparation dans 2 classes différentes, car ils n’étaient pas du tout prêts, et il n’était pas question que nos enfants associent l’école à quelque chose de négatif, voire douloureux (et ce pour le reste de leur scolarité).
    Nos enfants ne se ressemblent pas physiquement, et avaient simplement besoin de voir que l’autre était là pour être rassurés.
    Les raisons opposées invoquées par l’équipe enseignante réunie par la direction pour nous rencontrer (et nous convaincre) étaient qu’il fallait absolument séparer rapidement les jumeaux pour leur bien-être, qu’en tant que professionnels, ils savaient mieux que nous, et aussi que la peur de la séparation venait en général de la mère ! On nous a également dit que « si on commençait par accepter avec nous, ce serait la porte ouverte aux suivants, ce qui serait inacceptable ».
    Nous avons été plutôt choqués de tous ces « arguments ».
    Fort heureusement, après diverses démarches, nos garçons ont finalement passés la 1ère année dans la même classe. Leur enseignante a constaté et reconnu qu’il n’y avait aucun problème à les avoir dans la même classe et qu’ils menaient leurs activités chacun de leur côté, qu’ils avaient des copains comme les autres. Une année positive, si bien qu’au moment du passage en moyenne section, ils étaient prêts, et ce sont eux qui ont demandé à « avoir chacun leur maîtresse » ! Et cette 2ième année s’est très bien passée…

    Nous sommes heureux que l’équipe enseignante et la direction aient finalement accepté de nous suivre, su évoluer dans leurs conceptions, et par la suite permis davantage de dialogue avec les autres parents de multiples, et ce, malgré un départ difficile !Signaler un abus

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    • Julie  26 juin 2016 à 23 h 57 min

      Bonsoir Céline,
      En vous lisant, j’ai l’impression d’avoir écrit ce commentaire !
      Mes filles vont faire leur rentrée en PS et pour l’instant, la Directrice ne veut rien entendre, malgré 2 rdv à argumenter!
      Pouvez-vous me dire quelles recours avez-vous utilisé pour aller plus loin (vos « diverses démarches »), au dessus de la direction?…
      Nous sommes au pied du mur!
      Merci.Signaler un abus

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      • Julien  28 juin 2016 à 0 h 23 min

        Bonsoir Julie. Je ne connais pas la référence mais il existe une décision d’état stipulant que, comme il n’existe aucune vérité scientifique sur la scolarisation des jumeaux, la décision doit être prise de concert entre parents et équipe pédagogique, mais que dans tous les cas, un directeur d’établissement ne peut pas imposer une séparation. Nos enfants rentrent en septembre et on voulait nous imposer la séparation, après un rdv, nous avons convenu d’une rentrée commune en PS, à condition de préparer (avec l’enseignante) une future séparation pour la MS. Cela nous a semblé être un bon compromis.Signaler un abus

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  3. gaget sabrine  26 juillet 2015 à 15 h 01 min

    Bonjour,
    Nous sommes nous aussi confrontés à l’éducation nationale en ce qui concerne notre souhait que nos jumeaux garçon et fille restent ensemble pour la 1ère année…
    nous avons dû cèder à leurs arguments nous disant qu’en plus nos jumeaux qu’aucune maîtresse n’en voulait donc mon mari a eu peur qu’ils soient considérés comme des pestiférés et nous comme des parents embêtant…
    cela me travaille, la rentrée est dans 1 mois les 4 couples de jumeaux sont séparés mais pour cette 1ère année cela n’est pas mon choix et le papa au fond de lui ne le souhaite pas non plus..
    ils ont évolué en crèche ils s’aiment beaucoup mais sont indépendant…
    J’ai une amie qui est directrice d’école et fausse jumelle avec son frère et vu leur comportement elle me conseille de les laisser ensemble car son expérience était très bonne : ils sont restés ensemble jusqu’en terminal et ont une vie sociale et familiale au top en plus d’être proches.
    qu’elle est la solution?
    merci d’avance si quelqu’un peut m’apporter une lumièreSignaler un abus

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  4. MAHPAMH  18 août 2016 à 23 h 40 min

    Bonsoir,
    Quand les enfants sont en placement d’aide educative, placement qui est censé aider les parents comme les enfants dans la difficulté de l’education des faux jumeaux ils disent qu’ils ne veulent pas développer la compétition alors que nos jumeaux garçons / filles sont totalement independants.
    Ils sont déjà séparer des parents et en plus il les sépare dans les classes comment faire entendre notre point de vue a la directrice de l’école maternelle ou ils sont inscrit sachant que nous avons toujours l’autorité parentale.Signaler un abus

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  5. COUTENSON  5 septembre 2016 à 22 h 25 min

    Bonsoir
    Je rencontre un problème en cette rentrée 2016, où mes enfants, jumelles de 16 ans se retrouvent dans la même classe de 1 ère. En effet, mon erreur à été de ne pas faire de courrier en fin d’ année, pour signaler notre souhait. J’ ai donc fait une lettre au proviseur adjoint le jour de la rentrée pour soutenir le point de vu de mes filles, en espérant qu’ elles seraient écoutées et entendues. La réponse est catégorique, aucun changement parce qu’ elles sont jumelles, et plus si elles ne sont pas contentes , elles peuvent toujours changé de Lycée. Le Proviseur refuse de me recevoir.
    Les arguments n’ ont même pas pu être présentés. A leur age, elles n’ ont pas envie d’ avoir les même horaires de bus, de cantine, de pause, les même cours, les même camarades de classe, les mêmes heures de sport. Elles ont envie d’ indépendance. Elles n’ ont pas envie de se comparer ou d’ être comparé. Elles ont besoin d’ individualité, et de s’ épanouir en dehors de leur jumelle.
    Je suis complètement sidérée du constat et du blocage de ce Proviseur adjoint, et je n’ ai aucune idée de comment démêler la situation, sans parler du stress et des tensions que cette situation génère.Signaler un abus

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