26.09.2014
4 réactions

Lettres classiques : "on ne peut pas parler de crise du recrutement !"

Seuls 31% des postes ont été pour­vus au CAPES de lettres clas­siques en 2014. Sophie Vanlaer-Bécué, res­pon­sable du mas­ter MEEF option lettres clas­siques à l'université de Nantes, reste pour­tant optimiste.
Sophie Vanlaer-Bécué

Sophie Vanlaer-Bécué

Comment expliquez-vous la « crise » de recru­te­ment des ensei­gnants en lettres classiques ?

On ne peut pas véri­ta­ble­ment par­ler de crise. Si l'on observe les résul­tats du CAPES, on constate une remon­tée du nombre de can­di­dats admis, après une chute en 2011 : 170 en 2010, 77 en 2011, 75 en 2012, 61 en 2013, et 93 en 2014, ce qui consti­tue un signe encou­ra­geant. A Nantes, nous comp­tons 10 admis au CAPES en 2014, contre 8 en 2010 : les effec­tifs 2014 dépassent donc ceux de 2010. Le vivier est modeste en lettres clas­siques, mais il ne dimi­nue pas et il a même ten­dance à se conso­li­der. J'ajoute que nous avons de très bons can­di­dats, ce qui me rend rela­ti­ve­ment opti­miste pour l'avenir de la discipline.

Et s'il y a un pour­cen­tage aussi impor­tant de postes non pour­vus, c'est aussi parce que le nombre de postes offerts au concours a aug­menté de manière spec­ta­cu­laire : 300 en 2014, contre 170 en 2010 au plan natio­nal. En clair, il existe une dif­fi­culté de recru­te­ment dans l'enseignement mais cela concerne toutes les dis­ci­plines. De nom­breux étudiants sont inquiets de se retrou­ver seuls face à une classe, avec tout ce qu'ils entendent sur les dif­fi­cul­tés du métier. Comme le recru­te­ment est natio­nal, la mobi­lité géo­gra­phique sus­cite aussi des réti­cences : beau­coup d'étudiants sont d'origine modeste et ils appré­hendent de devoir trou­ver un loge­ment, dans une région qu'ils ne connaissent pas.

Constatez-vous une baisse de niveau des étudiants en langues anciennes qui, selon le SNES, expli­que­rait en par­tie le nombre de can­di­dats reca­lés au CAPES ? 

De plus en plus d'étudiants sont doubles débu­tants, c'est-à-dire qu'ils débutent à la fois le latin et le grec à l'université. Ce n'est pas un pro­blème, on peut très bien com­men­cer les langues anciennes à l'université ! La for­ma­tion doit être adap­tée à ce nou­veau type de pro­fil. Cela sup­pose un tra­vail sou­tenu en Licence, avec 3h30 de latin et 3h30 de grec les deux pre­mières années. Puis, en 3e année, les doubles débu­tants rejoignent les autres étudiants et ça se passe en géné­ral très bien. Pour preuve, la pre­mière fois qu'une étudiante double débu­tante a été can­di­date aux concours d'enseignement, elle a eu d'excellents résul­tats : elle s'est clas­sée 5e au CAPES et l'année sui­vante elle a pré­senté et obtenu l'agrégation. Autre idée reçue : le latin ou le grec seraient réser­vés à une élite ou en tout cas aux milieux favo­ri­sés. Depuis quelques années, on assiste à une grande diver­sité sociale et c'est très bien. Il nous arrive même d'avoir des étudiants non bache­liers qui ont eu le DAEU et l'on se rend compte que les lettres clas­siques leur apportent de nom­breuses connais­sances, sans néces­si­ter de pré-requis impor­tants sur le plan culturel.

La nou­velle maquette du CAPES de lettres a-t-elle eu une inci­dence sur les résul­tats du CAPES 2014 ? 

Je ne le crois pas. En revanche, le fait qu'il y ait eu plu­sieurs réformes en peu d'années a sus­cité l'inquiétude. En 2010, il y a eu les pre­miers mas­ters MEF, puis en 2013, les nou­veaux mas­ters MEEF. Les étudiants ont pu se deman­der pour­quoi tant de chan­ge­ments en si peu de temps. Le grand chan­ge­ment, c'est qu'avec le MEF on pas­sait le concours en 2 ans, alors qu'avec le MEEF on le pré­pare uni­que­ment en pre­mière année. Et puis il n'y a plus qu'un CAPES de lettres, avec désor­mais deux options : lettres modernes ou lettres clas­siques. Cela a engen­dré des craintes par­fois infon­dées chez des étudiants très atta­chés à leur dis­ci­pline. Certains ont pu pen­ser, par exemple, que le CAPES de lettres clas­siques allait disparaître.

L'enseignement des lettres clas­siques doit-il évoluer  ? Ne souffre-t-il pas d'un défi­cit d'image ?

Je n'ai vrai­ment pas l'impression qu'il s'agit d'un ensei­gne­ment désuet. L'apprentissage des langues anciennes est néces­saire car elles donnent accès aux textes. Nous avons une demande de plu­sieurs autres filières (lettres modernes, phi­lo­so­phie, his­toire, his­toire de l'art, sciences du lan­gage). Les langues anciennes per­mettent de conso­li­der les connais­sances en ter­mi­no­lo­gie gram­ma­ti­cale et de réflé­chir au fonc­tion­ne­ment d'une langue. Enfin, l'enseignement accorde une large place aux sciences de l'Antiquité : la phi­lo­so­phie, l'histoire, l'histoire de l'art, des men­ta­li­tés, le théâtre, la mytho­lo­gie... Nous tra­vaillons d'ailleurs en col­la­bo­ra­tion avec d'autres dépar­te­ments de l'Université. Et ces deux ver­sants — langues et cultures de l'Antiquité — semblent sus­ci­ter un véri­table inté­rêt : à Nantes, 750 étudiants d'autres filières ont suivi au moins un cours de lettres clas­siques l'an dernier.

Charles Centofanti

Vous souhaitez réagir sur cet article : Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
Robert
le 26 septembre 2014

A quoi rime la dis­tinc­tion "Lettres Classiques" /"Lettres Modernes"au CAPES, ? La dis­tinc­tion entre "Lettres Classiques" /"Lettres Modernes" / "Grammaire" à l'Agrégation? Tout cela pour ensei­gner la même matière : le fran­çais. La pro­fes­sion­na­li­sa­tion a encore du che­min à faire.

Signaler

amcha
le 26 septembre 2014

Je sou­haite répondre à "Robert" : sans vou­loir vous vexer, je pense que vous n'êtes pas bien informé. Les pro­fes­seurs de Lettres clas­siques, cer­ti­fiés et agré­gés, n'enseignent pas le "fran­çais" mais les langues, lit­té­ra­tures et cultures grecque ancienne, latine et fran­çaise tant au col­lège qu'au lycée et à l'Université. Les pro­fes­seurs de Lettres Modernes enseignent la langue, la lit­té­ra­ture et la culture fran­çaises, dans une optique sou­vent dif­fé­rente, et c'est cela qui per­met une vraie richesse de nos ensei­gne­ments. Professeur de Lettres clas­siques et for­ma­trice moi-même, je trouve que la "pro­fes­sion­na­li­sa­tion" a fait et conti­nue de faire beau­coup de che­min dans notre discipline !

Signaler

Scaevola
le 26 septembre 2014

Salve
Et bien non, Monsieur, ils n’enseignent pas tou­jours la même matière! Les Lettres modernes ont le choix entre une des deux langues anciennes. Quant aux agré­gés de gram­maire, ils sont davan­tage for­més à la phi­lo­lo­gie et à la lin­guis­tique tant pho­né­tique que syn­taxique, ainsi que de pro­fondes connais­sances en ancien fran­çais. Les agré­gés de Lettres clas­siques répondent d'avantage à des connais­sances de lit­té­ra­ture tant latine que grecque ou fran­çaise. Chacun à sa spé­cia­lité fina­le­ment. J'ignore ce que vous enten­dez par "pro­fes­sion­na­li­sa­tion" mais ce qui pré­vaut à l'agrégation, c'est la spécialisation.

Signaler

Anne
le 27 septembre 2014

Robert,

Le fran­çais n'est que le plus petit déno­mi­na­teur com­mun de ces spé­cia­li­sa­tions (modernes, clas­siques et gram­maire). Effectivement, les agré­gés et les cer­ti­fiés l'enseignent. Mais il existe bien d'autres domaines à explo­rer et c'est là que la spé­ci­fi­cité de cha­cune entre en ligne de compte. Lorsque l'on est plongé dedans, cela devient pas­sion­nant. On gagne à écou­ter les per­sonnes qui en parlent de l'intérieur (ensei­gnants, cher­cheurs, étudiants, anciens étudiants recon­ver­tis dans d'autres filières). Cette répar­ti­tion n'est pas par­faite, per­sonne n'irait jusque là, mais elle est loin d'être hasar­deuse ou sté­rile. N'y a-t-il donc pas des domaines de recherche et de com­pé­tences à explo­rer, au delà de la pré­pa­ra­tion du bac de fran­çais ? Ce serait réduire les hori­zons de ces dis­ci­plines que de les fusion­ner en une seule –et c'est aussi mal les connaître. La pro­fes­sion­na­li­sa­tion est une façon de vivre ses études, mais ce n'est pas la seule. La pré­pa­ra­tion de ces concours, dont parle Sophie Van Laer, est déjà une forme d'entrée dans la vie active. Par ailleurs, quel inté­rêt de pro­fes­sion­na­li­ser à outrance des domaines qui s'y prê­te­raient mal ?

Cordialement.

Signaler

4 réactions