25.07.2014
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L'été des profs : "je perds un peu de mon identité"

Chaque ven­dredi de juillet, un pro­fes­seur revient sur l'année écou­lée et dévoile le contenu de ses vacances. Entretien avec Florian Beys, pro­fes­seur d'anglais dans un col­lège à Dunkerque.

Comment s'est dérou­lée votre année sco­laire et avez-vous le sen­ti­ment du « devoir accompli » ?

Je suis sou­lagé ! C'était une année spé­ciale : après avoir été vaca­taire pen­dant quatre ans, j'ai obtenu le CAPES  et donc le droit d'être ensei­gnant sta­giaire. Mes débuts ont été très stres­sants et char­gés car, en plus de mes 18 heures de cours heb­do­ma­daires, j'étais en for­ma­tion chaque jeudi dans un établis­se­ment dif­fé­rent. Une fois l'inspection pas­sée en avril der­nier, l'atmosphère s'est détendue.

J'éprouve aussi un sen­ti­ment d'accomplissement, sur­tout quand des élèves viennent vous voir pour deman­der s'ils pour­ront vous avoir l'année pro­chaine. C'est un déchi­re­ment de leur répondre qu'en tant que « roo­kie » (débu­tant) de l'Education natio­nale, les chances de les retrou­ver à la ren­trée sont très maigres car je suis amené à bouger.

Qu'allez-vous faire pen­dant vos vacances ?

J'ai posé mon car­table le 4 juillet et je ne compte pas le rou­vrir de si tôt ! L'an pro­chain, je vais être TZR . Et comme je n'ai pas encore mon affec­ta­tion, il est dif­fi­cile de pré­pa­rer des cours sans savoir si je vais être en col­lège ou en lycée. Je devrais être fixé mi-août. Je pour­rai alors com­men­cer à pré­pa­rer la pre­mière séquence de chaque niveau dont j'aurai la charge. Mon angoisse, c'est mon anglais. Le niveau reste assez basique au col­lège. Résultat : on perd très vite. Pour y remé­dier, je pré­vois quelques séjours dans des pays anglo­phones cet été. Cela per­met de faire un break et de pra­ti­quer en même temps.

Deux mois de vacances, n'est-ce pas trop ?

Si, sans doute. Personnellement, je ne vais pas m'en plaindre, mais à la ren­trée il est très dif­fi­cile de récu­pé­rer les élèves après deux mois de cou­pure, d'autant plus au col­lège. On a l'impression qu'il y a eu un aspi­ra­teur à cer­veau pen­dant l'été. Seuls quelques enfants bien sui­vis par leurs parents ont conservé leur niveau, les autres ont décon­necté. Le mois de sep­tembre n'est pas de trop pour leur redon­ner des habi­tudes de tra­vail. Alors chiche, rabo­tons les vacances d'été, mais en échange d'un allé­ge­ment du nombre d'heures de cours par semaine pour les élèves !

Comment allez-vous abor­der la rentrée ?

Avec impa­tience ! Je fais par­tie de ces ensei­gnants qui perdent un peu de leur iden­tité pen­dant les vacances. Je ne suis jamais aussi épanoui que devant les élèves. J'attends donc de connaître mon affec­ta­tion pour pou­voir pré­pa­rer ma pre­mière séquence. Cela me per­met de me concen­trer sur la ges­tion de classe. Au col­lège par­ti­cu­liè­re­ment, la pre­mière heure et a for­tiori le pre­mier mois sont déter­mi­nants. Sauf sur­prise, je vais sûre­ment me retrou­ver dans un établis­se­ment sen­sible de la ban­lieue dun­ker­quoise à la ren­trée. Mais je n'ai pas trop la pres­sion. J'ai exercé quatre ans au lycée, je connais donc les pro­grammes. Et cette année, j'ai ensei­gné au col­lège. J'ai vrai­ment le sen­ti­ment d'être paré, après avoir été « for­maté » pen­dant un an. Un de mes amis m'appelle la « machine à créer des séquences ». C'est dire !

Dans un monde idéal, que voudriez-vous chan­ger pour que votre métier soit parfait ?

La com­mu­ni­ca­tion entre les dif­fé­rents degrés de l'Education natio­nale est à amé­lio­rer. Le fameux « mam­mouth » existe dans une cer­taine mesure, avec une iner­tie et par­fois de l'incompréhension entre les dif­fé­rents degrés d'enseignement. Et depuis quelques années, les ensei­gnants souffrent d'une mau­vaise image auprès du public. Nous en sommes par­tiel­le­ment res­pon­sables car notre cor­po­ra­tion se plaint beau­coup. Il fau­drait nous mon­trer sous un autre jour. Surtout, nous gagne­rions à tra­vailler davan­tage les uns avec les autres : admi­nis­tra­tion, parents, ensei­gnants et élèves compris.

Charles Centofanti

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