17.04.2014
4 réactions

Fin des notes en dictée : régression ou progrès ?

Le pro­jet du ministre de l'Education, pré­senté le 10 avril, de ne plus noter les dic­tées, mais d'adopter un barème d'évaluation posi­tive, fait débat. Divergences.
Dictée © Olivier Le Moal - Fotolia.com

Dictée © Olivier Le Moal — Fotolia.com

Dans une tri­bune inti­tu­lée "Les 5 dérives péda­go­giques qui ont miné l'Ecole" publiée sur le site du Figaro, Jean-Rémi Girard, pro­fes­seur de fran­çais, secré­taire natio­nal du SNALC-FGAF, dénonce le pro­jet du minis­tère de l'Education natio­nale de ne plus noter les dic­tées et de pra­ti­quer une "évalua­tion posi­tive" ne pre­nant en compte que les mots bien ortho­gra­phiés. Dans la seconde par­tie de son article inti­tu­lée "L'évaluation ou Oui-Oui au pays des Bisounours", il blâme les expé­ri­men­ta­tions telles que points rouges et points verts et autres smi­leys se sub­sti­tuant à la note, sous pré­texte que  "stig­ma­ti­sante, démo­ti­vante, humi­liante, la note chif­frée aurait tous les défauts".
Ne plus noter les dic­tées revient pour lui à "nier la dif­fi­culté sco­laire et à refu­ser à la note chif­frée d'être, tout sim­ple­ment, ce qu'elle est, à savoir une indi­ca­tion de la qua­lité d'un tra­vail donné à un moment donné". Il est rejoint en cela par le cham­pion du monde d'orthographe Bruno Dewaele, qui juge que ce pro­jet vise sur­tout à "mas­quer un défi­cit".

Sortir de l'évaluation-sanction

A contra­rio, un article inti­tulé "La fin du zéro pointé 'non mérité' en dic­tée" publié dans Le Monde, prône la nou­velle méthode d'évaluation. L'article rap­pelle qu'à l'origine de ce pro­jet on trouve un ins­pec­teur géné­ral de lettres, Olivier Barbarant. Pour lui, il faut impé­ra­ti­ve­ment sor­tir de l'évaluation-sanction, pour per­mettre à l'élève de pro­gres­ser. Aujourd'hui affirme-t-il, "la dic­tée ne fait que cer­ti­fier un niveau, sans don­ner aux élèves les moyens de s'améliorer." "Actuellement, la dic­tée fait le plus sou­vent l'objet d'une évalua­tion des­cen­dante : par rap­port au texte source, l'enseignant décompte, en néga­tif, les erreurs com­mises. Cette pra­tique, décou­ra­geante pour l'élève, ne per­met pas pour autant de bien cer­ner quelles sont ses dif­fi­cul­tés ortho­gra­phiques et quels remèdes y appor­ter" lit-on égale­ment sur le site du minis­tère de l'Education nationale.

A noter qu'Olivier Barbarant a un sou­tien et non des moindres puisqu'il s'agit de celui de l'Association fran­çaise des ensei­gnants de fran­çais (AFEF). "L'intérêt péda­go­gique [de l'évaluation posi­tive] est de taille : dis­qua­li­fier défi­ni­ti­ve­ment la ter­mi­no­lo­gie tra­di­tion­nelle de 'faute', et se sai­sir des erreurs, non plus comme d'un outil de sanc­tion, mais comme d'un sup­port d'enseignement-apprentissage de l'orthographe" juge ainsi l'association.

L'Education natio­nale pro­pose donc aux ensei­gnants un logi­ciel avec barème gra­duel per­met­tant de noter la dic­tée en pre­nant en compte trois caté­go­ries dif­fé­rentes : l'orthographe des mots, l'accord des noms et l'accord des verbes. Pour l'instant, ce sys­tème de nota­tion n'est pas géné­ra­lisé, les ensei­gnants de pri­maire et de col­lège étant juste invi­tés à l'utiliser, sans carac­tère contraignant.

Alors, la fin des notes en dic­tée, régres­sion ou pro­grès ? Le débat est ouvert !

Sandra Ktourza

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Vos réactions :

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Loys Bonod
le 17 avril 2014

Le sou­tien de l'Association fran­çaise des ensei­gnants de fran­çais à la pro­po­si­tion du groupe Lettres de l'Inspection géné­rale est d'autant plus spon­tané qu'il est signé... par une IA-IPR hono­raire de lettres !

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Cum laude
le 18 avril 2014

Une fois de plus, dans le cadre de l'évaluation de la maî­trise de la langue écrite, autre­ment dit en lit­té­ra­tie, l'essentiel est omis : le contexte et les sup­ports. En effet, de quoi parle-t-on lorsque la dic­tée est évoquée : quels objec­tifs et avec quels textes sup­ports ? Il convien­drait de mettre en place une péda­go­gie étayée, par­ta­gée par des pro­fes­seurs for­més en didac­tique du fran­çais. Employer un outil de mesure sans qu'auparavant, une réflexion appro­fon­die ne soit menée, reste super­fi­ciel. Mettre en place une péda­go­gie où l'accès aux textes se fait de manière rai­son­née et gra­duée est une des voies de la réus­site vers la maî­trise de l'écrit, qu'elle concerne les réa­li­sa­tions syn­taxiques ou lexi­cales. Allons voir ce qui se passe au Canada fran­co­phone, des outils per­ti­nents ont été mis en place depuis 15 ans et l'indice de réus­site des élèves en lit­té­ra­tie est en progrès.

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Robert
le 18 avril 2014

Je trouve que le contenu de votre article "Fin des notes en dic­tée : régres­sion ou pro­grès ?" ne cor­res­pond pas à son titre : une évalua­tion posi­tive reste une évalua­tion et une note non chif­frée reste une note !
Le véri­table pro­blème est : com­ment ensei­gner effi­ca­ce­ment l’orthographe? — avec ou sans note, c'est un pro­blème secon­daire.
La réponse est : en inver­sant l'approche péda­go­gique domi­nante de l'entrée dans l'écrit par la lec­ture, et en don­nant au contraire la prio­rité à l’écriture (au sens de rédac­tion), comme le pré­co­nisent Célesin Freinet, Jacques Fijalkov, Caleb Gattegno et d'autres péda­gogues nova­teurs.
Chacun peut faire cette expé­rience, mon­trant que c'est bien en écri­vant plus qu'en lisant qu'on apprend l'orthographe : après avoir lu eu roman de plu­sieurs cen­taines de pages où revient sou­vent le nom étran­ger d'un per­son­nage, on peut se trou­ver inca­pable de l'orthographier, parce qu'on s'était contenté, au cours de la lec­ture, de recon­naître le mot glo­ba­le­ment. Devoir l'écrire oblige au contraire à être atten­tif à son ortho­graphe.
Or les écoliers, col­lé­giens et lycéens fran­çais écrivent peu.
Une autre consé­quence néga­tive de ce défi­cit, c'est qu'arrivés dans l'enseignement supé­rieur où des écrits longs sont deman­dés (par exemple des mémoires), les étudiants sont peu armés et paniqués.

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lite44
le 19 avril 2014

La ques­tion de l'évaluation "posi­tive" de la dic­tée se posait déjà dans les années 70 et j'ose espé­rer que les ensei­gnants n'en sont plus aujourd'hui au trop fameux "5 fautes = zéro". Ce qui est affli­geant dans ce débat c'est qu'on parle sur des prin­cipes très géné­raux et non sur des faits. Tout devient idéo­lo­gique mais très peu didac­tique. L'essentiel n'est-ce pas que, fina­le­ment, les jeunes aient une idée un peu plus construc­tive de l'orthographe.

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