17.10.2014
Aucune réaction

Colloque à la Sorbonne : sentir, entendre, voir...dans toutes les langues !

Le Centre de Linguistique en Sorbonne (CeLiSo) orga­ni­sait début octobre un col­loque sur les mots des sens, au tra­vers de plu­sieurs langues vivantes. Petite présentation.

Présentation du CeLiSo

Le Centre de Linguistique en Sorbonne (CeLiSo), rat­ta­ché à l'Ecole doc­to­rale V « Concepts et Langages » de l'université Paris Sorbonne, ras­semble des enseignants-chercheurs spé­cia­listes des langues alle­mande, anglaise, néer­lan­daise, des langues scan­di­naves et slaves. Les membres de l'équipe sont très actifs au niveau scien­ti­fique et publient des mono­gra­phies scien­ti­fiques et des ouvrages de langue pour tous les niveaux d'enseignement. Ainsi, le pro­fes­seur Wilfrid Rotgé, direc­teur du CeLiSo, est co-auteur de la « Linguistique et gram­maire de l'anglais », ouvrage bien connu des can­di­dats qui se pré­sentent aux épreuves du CAPES et de l'agrégation d'anglais. L'équipe publie égale­ment des manuels et des gram­maires pour les élèves du pri­maire, du col­lège, du lycée et du pre­mier cycle universitaire.

De nom­breuses mani­fes­ta­tions scientifiques

Le CeLiSo pro­pose plu­sieurs mani­fes­ta­tions scien­ti­fiques, col­loques, jour­nées d'études et sémi­naires, ouvertes au grand public au cours de l'année. La Journée d'étude inti­tu­lée « Les mots des sens / le sens des mots », orga­ni­sée par Irina Thomières, maître de confé­rences de lin­guis­tique russe à l'université Paris Sorbonne, s'inscrit dans cette tra­di­tion. Cette mani­fes­ta­tion s'est dérou­lée ven­dredi 3 octobre et a réuni les cher­cheurs qui s'intéressent au domaine de la per­cep­tion et au rap­port « per­cep­tion – langue ». Il s'agissait de recen­ser et d'ana­ly­ser les moyens lan­ga­giers qui sont à la dis­po­si­tion du locu­teur qui sou­haite expri­mer des sen­sa­tions d'ordre sonore, olfac­tif, tac­tile, gus­ta­tif et visuel. La Journée a réuni d'éminents lin­guistes spé­cia­listes du fran­çais, de l'anglais, de l'allemand et du russe qui exercent à l'université Paris Sorbonne, mais aussi à l'INALCO, à Strasbourg, à Nice et à Reims.

"Silence,  sly­shat, hervor, zapax morja..."

En ouver­ture de la Journée, Georges Kleiber, pro­fes­seur émérite de lin­guis­tique géné­rale à l'Université de Strasbourg II, a abordé le fonc­tion­ne­ment du sub­stan­tif « silence » en fran­çais. Il a notam­ment démon­tré que l'opposition « silence / bruit » n'allait pas de soi. En effet, « Paul marche sans bruit » est une phrase natu­relle, alors que « Paul marche avec du silence » ne l'est pas. De même, « un bruit de voi­ture » est pos­sible, mais pas un « silence de voi­ture », « un moment de silence » peut se dire mais pas « un moment de bruit ». La com­mu­ni­ca­tion de Stéphane Viellard, pro­fes­seur de lin­guis­tique russe à l'université Paris Sorbonne, a porté sur le verbe « sly­shat » (sen­tir, res­sen­tir, éprou­ver) en russe. Stéphane Viellard a pro­posé une étude étymo­lo­gique de ce verbe, qui peut signi­fier à la fois « entendre » et « sen­tir par l'odorat ». C'est, en effet, le même verbe que l'on uti­lise en russe pour dire « je sens l'odeur de l'herbe », et « j'entends le bruis­se­ment des feuillages ». Martine Dalmas, pro­fes­seur de lin­guis­tique alle­mande à l'université Paris Sorbonne, a étudié les verbes de per­cep­tion en alle­mand et le rôle des par­ti­cules telles « her­vor », qui per­mettent d'étonnantes modu­la­tions de signi­fi­ca­tion. Par exemple le verbe « sehen » (voir), lorsqu'il appa­raît avec la par­ti­cule « her­vor » veut dire « se mon­trer der­rière », « sor­tir de ». De la sorte, en alle­mand, « Le soleil se montre der­rière les nuages », « les che­veux sortent du casque » sont des phrases qui font figu­rer un verbe de per­cep­tion unique.
Irina Thomières s'est inté­res­sée aux noms com­po­sés du type « zapax morja »(odeur de la mer), dans les­quels le sub­stan­tif au géni­tif (ici, morja – de la mer) exprime la rai­son d'être de l'odeur. Elle a dis­tin­gué trois types de sub­stan­tifs, à savoir ceux qui se rap­portent aux noms concrets, aux noms des lieux et aux noms abs­traits tout en insis­tant sur les spé­ci­fi­ci­tés de ces trois groupes de substantifs.

Perception-langue : un rap­port complexe

Ces quelques exemples montrent que la per­cep­tion est un sujet com­plexe et que le rap­port « per­cep­tion – langue » pose de nom­breux pro­blèmes théo­riques. Si toutes les langues peuvent expri­mer des sen­sa­tions sonores, olfac­tives, et ainsi de suite, cha­cune pos­sède une série de par­ti­cu­la­ri­tés que cette Journée a per­mis de mettre à jour.

Cette Journée trans­ver­sale, car elle réunit des spé­cia­listes des langues diverses, sera sui­vie d'une série de mani­fes­ta­tions qui réuni­ront des angli­cistes, ger­ma­nistes, sla­vi­sants et spé­cia­listes d'autres langues. Ainsi, le 23 et le 24 octobre 2015, deux cher­cheurs du CeLiSo, Stéphane Viellard, pro­fes­seur, et Irina Thomières, maître de confé­rences, pré­voient un col­loque inti­tulé « La Grammaire de la Cause ».

 

Sandra KTOURZA
Relecture : Mme Irina THOMIERES

-

Vous souhaitez réagir sur cet article : Open-close

Modération par la rédaction de VousNousIls.

Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Vos réactions :

Open-close
Aucune réaction