25.06.2014
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Etude TALIS : seuls 5% des enseignants français estiment que leur métier est valorisé

Métier décon­si­déré, for­ma­tion conti­nue défi­ci­taire, fai­blesse des ensei­gne­ments péda­go­giques, peu de retours sur leurs pra­tiques... Les ensei­gnants fran­çais ne sont pas assez accom­pa­gnés et encou­ra­gés, selon l'étude TALIS de l'OCDE.
Etude TALIS OCDE Eric Charbonnier

Eric Charbonnier, ana­lyste pour l'OCDE, a pré­senté hier les résul­tats de l'étude inter­na­tio­nale TALIS menée auprès de quelque 100.000 ensei­gnants du secondaire.

A peine 4,9% des ensei­gnants fran­çais en col­lège ont "l'impression que la pro­fes­sion d'enseignant est valo­ri­sée dans la société", contre 30,9% en moyenne dans les 34 pays de l'OCDE, selon les résul­tats de l'étude TALIS 2013 à laquelle la France par­ti­ci­pait pour la pre­mière fois.

"C'est une sta­tis­tique très inquié­tante ! Quand on parle de valo­ri­ser le métier d'enseignant et d'attirer les jeunes, il y a une vraie réflexion à mener", a sou­li­gné Eric Charbonnier, ana­lyste pour l'OCDE, lors de la pré­sen­ta­tion des résul­tats ce mardi.

Toujours d'après cette étude, menée auprès de plus de 100.000 ensei­gnants et chefs d'établissement du pre­mier cycle du secon­daire dans 34 pays, 6 pro­fes­seurs fran­çais sur 10 (58,4%) estiment que les avan­tages du métier ne com­pensent pas ses incon­vé­nients. Malgré tout, les ensei­gnants res­tent majo­ri­tai­re­ment satis­faits de leur tra­vail (à 86,4%).

Formation défi­ci­taire

Outre un manque de recon­nais­sance, les pro­fes­seurs fran­çais connaissent de sérieux pro­blèmes de for­ma­tion. Or, la der­nière étude PISA sur les per­for­mances des élèves dans les pays de l'OCDE confirme que ce sont les pays qui insistent le plus sur la for­ma­tion des ensei­gnants qui obtiennent les meilleurs résultats.

Au niveau de la for­ma­tion ini­tiale, le contenu est encore trop dis­ci­pli­naire et théo­rique : 42,1% des pro­fes­seurs s'estiment en effet "très peu ou pas du tout" pré­pa­rés à la pra­tique péda­go­gique dans leur dis­ci­pline ! La moyenne de l'OCDE se situe à 11,4% seule­ment : les Français établissent un triste record. Un point que pour­rait tou­te­fois venir cor­ri­ger la réforme des ESPE.

En ce qui concerne la for­ma­tion pro­fes­sion­nelle, la France fait encore figure de mau­vais élève, alors que "la for­ma­tion conti­nue est au moins aussi impor­tante que la for­ma­tion ini­tiale pour qu'un sys­tème éduca­tif soit effi­cace", rap­pelle Eric Charbonnier. "La for­ma­tion conti­nue est vrai­ment défi­ci­taire en France, en termes d'accès, de par­ti­ci­pa­tion, d'intensité et de cible", assène-t-il.

Trois ensei­gnants fran­çais sur quatre par­ti­cipent à des actions de for­ma­tion, contre 9 sur 10 en moyenne pour l'OCDE, alors que ces for­ma­tions sont sub­ven­tion­nées. La durée de ces for­ma­tions est beau­coup plus réduite qu'ailleurs, quatre jours en moyenne pour un ate­lier par exemple, contre huit jours dans les autres pays étudiés. Les pro­fes­seurs dénoncent notam­ment un manque d'incitation à par­ti­ci­per et l'inadéquation des for­ma­tions pro­po­sées avec leurs besoins. Ils réclament davan­tage de contenu sur le conseil et l'orientation des élèves, sur l'approche péda­go­gique pour indi­vi­dua­li­ser l'enseignement et s'adapter aux élèves à besoins spé­ci­fiques, et sur­tout, une for­ma­tion à l'usage des nou­velles tech­no­lo­gies (TICE).

Evaluations sans intérêt

D'autre part, les ensei­gnants fran­çais souffrent d'un manque de retour sur leurs pra­tiques. Les ins­pec­tions, réa­li­sées par des per­sonnes exté­rieures à l'établissement, sont pra­ti­que­ment la seule source d'évaluation. Il y a peu de retours de col­lègues ou du chef d'établissement, et très peu de col­la­bo­ra­tion entre ensei­gnants, "qui sont un peu livrés à eux-mêmes au sein des établis­se­ments", constate Eric Charbonnier.

"Aujourd'hui, la France est assez aty­pique dans cette forme d'évaluation unique", ajoute l'analyste. En outre, les ensei­gnants fran­çais n'attendent pas grand-chose des ins­pec­tions et ne sont pas encou­ra­gés à s'améliorer : seuls 14% d'entre eux estiment que l'évaluation peut débou­cher sur des avan­tages, des récom­penses, ou des res­pon­sa­bi­li­tés accrues pour les ensei­gnants les plus effi­caces. Dans le même temps, 6 ensei­gnants sur 10 consi­dèrent que l'évaluation n'a qu'un rôle admi­nis­tra­tif, sans impact réel sur l'évolution de car­rière par exemple.

A Singapour, dont le sys­tème éduca­tif est l'un des plus per­for­mants, de nom­breuses formes d'évaluation coexistent afin que les ensei­gnants puissent amé­lio­rer leur pra­tique pro­fes­sion­nelle. Le minis­tère de l'Education pro­pose aux ensei­gnants méri­tants trois par­cours d'évolution pro­fes­sion­nelle : vers un rôle de for­ma­teur, un poste d'encadrement ou de direc­tion au sein d'un établis­se­ment ou du minis­tère, ou encore un tra­vail de "spé­cia­li­sa­tion" et d'approfondissement des connais­sances autour des nou­velles ques­tions éducatives.

En conclu­sion, la France doit encore tra­vailler sur les quatre axes d'actions prio­ri­taires recom­man­dés par l'OCDE : atti­rer les meilleurs étudiants en reva­lo­ri­sant le métier, for­mer les ensei­gnants tout au long de leur car­rière, accom­pa­gner les ensei­gnants au-delà de la pre­mière année, et rete­nir les ensei­gnants avec des pers­pec­tives d'évolution. L'étude TALIS démontre que "les ensei­gnants ne sont pas figés, comme on peut l'entendre dire", sou­ligne Eric Charbonnier. "Il y a des pos­si­bi­li­tés de réformes."

Quentin Duverger

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Tantqueça
le 25 juin 2014

On se demande qui sont les 5 pour 100 (matières, âge, grade, fonc­tion...) ? Si vous avez des chiffres plus pré­cis...
Peut-être les 5 pour 100 de profs en déta­che­ment ? Ou des profs en for­ma­tion ? Ou en longue mala­die ?
Faire une étude pour savoir qu'en France on se plaît à cas­ser du prof et donc à cas­ser notre école, il suf­fit de tendre l'oreille ou de lire... Si on rajoute à ça les condi­tions de tra­vail et la charge de tra­vail...
Quel(s) journaliste(s) et quel(s) homme(s) politique(s) aura(ont) le cou­rage de dire la vérité et d'informer l'opinion sur la véri­table condi­tion ensei­gnante et sur le dan­ger de conti­nuer d'utiliser les ensei­gnants comme bouc émissaire ?

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Jan Vanier
le 25 juin 2014

Une idée comme une autre : pou­voir prendre de vraies res­pon­sa­bi­li­tés fonc­tion­nelles, celles actuel­le­ment "squat­tées" par les agents du mille feuilles admi­nis­tra­tif (pro­vi­seurs etc.) sans pour autant être obligé de lâcher tota­le­ment l'enseignement.
Condition sine qua non pour gar­der les pieds sur terre et ne pas tom­ber dans le "yaka­fo­con" des diri­geants qui n'ont jamais à appli­quer leurs déci­sions sur le ter­rain parce qu'ils n'ont pas de classe en res­pon­sa­bi­lité (et le décol­lage est rapide !).
Mais pour cela il fau­drait d'abord élimi­ner quelques couches du mille feuilles admi­nis­tra­tif qui pèse — mais alors qui pèse ! — sur la profession.

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Alain Astouric
le 25 juin 2014

Prof ce n'est pas un métier ali­men­taire !
Il faut non seule­ment en avoir envie, mais aussi connaître le fond et en troi­sième lieu être formé à la péda­go­gie. En l'absence de tech­niques et savoir-faire péda­go­giques le mes­sage devient insi­gni­fiant, faute de réap­pro­pria­tion par les intéressés

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sandrine
le 27 juin 2014

A Singapour, preuve tan­gible que le métier d'enseignant est valo­risé, les lycéens qui choi­sissent de s'engager dans les études menant à l'enseignement voient leurs études finan­cées par l'Etat:

"Singapour sélec­tionne avec soin des jeunes gens parmi le tiers le plus per­for­mant des lycéens de Terminale, que le gou­ver­ne­ment sou­haite par­ti­cu­liè­re­ment atti­rer vers l'enseignement, en leur offrant un trai­te­ment ("sti­pend" = trai­te­ment, appoin­te­ment) men­suel , alors qu'ils sont encore en cours de sco­la­rité, dont le mon­tant est concur­ren­tiel par rap­port au salaire de début de car­rière des autres débou­chés s'offrant aux diplô­més. En échange, ils doivent s'engager à ensei­gner au moins 3 années. De solides capa­ci­tés aca­dé­miques sont consi­dé­rées comme essen­tielles, de même que l'investissement." (rap­port OCDE 2011)

A Singapour, pas de pénu­rie de profs titu­laires. En France, pénu­rie de profs titu­laires, et qui s'aggrave. CQFD.

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Antoine
le 28 juin 2014

La valo­ri­sa­tion du métier d'enseignement est rare. Il fau­drait com­men­cer par valo­ri­ser toutes les dis­ci­plines et en ayant, par exemple, une évalua­tion multi-disciplinaire au bre­vet tout en gar­dant le même nombre d'évaluations (une épreuve maths/sciences avec 3 exos de math, 1 exo de phy­sique chi­mie, 1 exo de SVT et 1 exo de tech­no­lo­gie). Le res­pect d'un pro­fes­seur passe aussi par le res­pect de sa discipline.

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boulu
le 28 juin 2014

Moi, j'étais ins­tit de base et je ne me suis jamais posé la ques­tion de savoir si ce que je fai­sais était "valo­risé". Je me suis tou­jours trouvé rela­ti­ve­ment bien payé. Bons rap­ports avec 95 % des parents d'élèves. Reste les 5 autres bien sûr. Bons rap­ports avec les élèves à 90 %. Reste les 10 autres bien sûr. La hié­rar­chie, toute rela­tive en pri­maire, ne m'a jamais cassé les pieds. Par contre, du bou­lot par– des­sus la tête et des vacances trop longues de même que les 6 heures de classe jour­na­lières pour les gamins.

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Ticroiticroipas
le 5 juillet 2014

Boulu sort ses cli­chés et essaie de nous faire croire qu'il était instit !

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