« Le français est une matière facile à rendre intéressante »

Créatifs, les professeurs de français usent d’astuces pour rendre leur discipline plus attractive. Témoignages.

J’entraîne perpétuellement mes élèves dans tout un tas de projets

lecture -shutterstock

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Valérie, enseignante de français en collège dans l’académie d’Orléans-Tours :

« Faire aimer le français aux élèves ne relève pas de la gageure pour peu que l’on se montre inventif ! Pour ma part, j’essaie toujours de rendre la matière vivante, travaillant essentiellement sur des textes qui m’émeuvent, me touchent, m’indignent. Les élèves ont une sorte de radar : si l’enseignant s’ennuie, ils le sentent. J’entraîne perpétuellement mes élèves dans tout un tas de projets, numériques ou pas, citoyen, théâtral. Toute la malice de notre discipline réside dans le fait qu’elle « est partout », tout peut servir d’objet d’étude, toute création nécessite une phase de lecture et d’écriture. C’est ainsi que nous nous retrouvons à enregistrer une émission de télévision sur un plateau de JT grâce à un fond vert et une appli. J’essaie également beaucoup de faire travailler mes classes entre elles, en inter-niveau. L’essentiel à mon sens ? Que les élèves puissent prendre conscience très vite des progrès, que la réalisation de leur travail soit visible de suite. Un élève fier de lui, c’est un élève qui retient mieux. »

Je fais en sorte que mes élèves soient « acteurs », et non consommateurs

Grégory, enseignant de français en collège dans l’académie de Caen :

« Je ne crois pas qu’il y ait de formule magique qui fonctionnerait à chaque fois dans le cours de français, mais je mets en place des « trucs » pour rendre le cours plus vivant. En début de séance, par exemple, les élèves planchent en groupe sur une « phrase du jour », qu’ils doivent écrire correctement, et expliquer ensuite leur démarche aux autres. Cela permet de ritualiser et d’ancrer des points de grammaire, conjugaison, orthographe… J’utilise des comptes sur les réseaux sociaux, dont ils sont responsables, afin qu’ils écrivent dans des conditions de publication « authentiques ». J’organise des « duels de conjugaison » dans lesquels il faut trouver le plus rapidement possible la terminaison correcte du verbe, afin de s’exercer. Il y a aussi beaucoup d’oral, d’exposés… D’une façon générale, j’essaie de faire en sorte que mes élèves soient « acteurs », et non consommateurs scolaires passifs. »

Je réfléchis à des méthodes originales et décalées

Sarah, enseignante de français en lycée dans l’académie de Paris :

« Cela fait plusieurs années que je réfléchis à des méthodes différentes, un tant soit peu originales ou décalées pour faire aimer le français à mes élèves. Tout d’abord, les lectures ne sont jamais pleinement imposées, ils ont toujours le choix entre plusieurs titres, de difficulté différente, et je pioche beaucoup dans les classiques étrangers ou les auteurs contemporains. J’ai créé une application de littérature, Un texte Un jour, pour leur montrer qu’un texte en format court peut être lu n’importe où et n’importe quand sur un smartphone, j’ai créé un blog, www.untexteunjour.fr, sur lequel j’exploite la littérature en faisant le lien entre culture populaire et classique (ex : les rois et reines du shopping de la littérature classique.) J’ai également publié La première fois que Bérénice vit Aurélien, elle le trouva franchement con, aux éditions Eyrolles, qui peut être destiné à des élèves de terminale. J’utilise souvent en classe le contenu de mon livre, ou de mon blog, pour montrer la modernité des classiques. »

Je réalise régulièrement des défis poétiques

Stéphanie, enseignante de français en collège dans l’académie de Bordeaux :

« J’ai toujours trouvé que le français était une matière facile à rendre intéressante tant par la variété des supports que des compétences à transmettre. En lecture, je lis souvent des passages à voix haute. Cette année, une fois par semaine, je lis le début d’un livre que les élèves peuvent ensuite emprunter pour « Silence on lit », activité que nous avons mise en place depuis septembre. Je leur demande également de remplir un carnet de lecteur dialogué : les élèves notent leurs impressions de lecture, imagine la suite de l’histoire ou donnent leur avis. J’annote leurs commentaires pour les aider à approfondir leur réflexion. Il y aussi des séances d’étude de texte plus classiques : le rôle de l’enseignant reste essentiel pour faire vivre la littérature, poser des questions afin d’aider les élèves à mieux comprendre, laisser venir des hypothèses. Je demande souvent aux élèves de s’inventer des images : on peut imaginer quelle actrice on verrait dans ce rôle, dessiner la maison décrite ou écrire un dialogue qui est juste suggéré dans le livre. Ecrire sur et autour du livre les aide vraiment à s’intéresser et à faire les efforts pour comprendre. La récitation peut également prendre plusieurs formes : une année j’ai organisé un concours de récitation à partir des Fables de La Fontaine. La finale s’est déroulée devant l’ensemble de l’équipe éducative (dont certains faisaient partie du jury) et nous avions prévu des lots pour les gagnants. En expression écrite, il est important que le professeur ne soit pas le seul destinataire du texte : j’affiche très souvent les travaux dans la classe. Une année, lors d’un projet, nous avons même eu la possibilité d’imprimer un livre : la réécriture de « La Belle au bois dormant ». Je réalise aussi régulièrement des défis poétiques : les élèves choisissent ou tirent au sort un défi et doivent le travailler jusqu’à obtenir un tampon « bravo » et l’affichage de leur texte. Enfin, j’essaye de faire souvent appel à des intervenants extérieurs (écrivains, metteur en scène, parolier, etc.) qui actualisent la matière. Ces « professionnels » de l’écriture donnent souvent des conseils très avisés que les élèves apprécient. Quant à l’étude de la langue, les nombreuses formes de dictée permettent de varier l’exercice : il est possible de les faire coopérer et se mettre d’accord sur l’orthographe, leur demander d’inventer le texte à dicter ou encore de mettre en place « le mot du jour » pour enrichir le vocabulaire. Rendre le français intéressant est vraiment chose facile : il y a tellement d’auteurs qui sont là pour nous y aider. Et puis, écrire, lire, penser, s’exprimer… Tous les élèves aiment cela ! »

J’essaie de leur faire comprendre que les textes littéraires peuvent leur parler et les toucher

Jean-Luc, enseignant de français en collège dans l’académie de Toulouse :

« Pour faire aimer le français à mes élèves, j’essaie de mettre en place un travail coopératif. Je les fais travailler en groupe à certains moments du cours ; par exemple, il peut y avoir une première phase de travail individuel, qui permet à chaque élève de réfléchir au problème posé. S’ensuit une phase de travail en groupe qui permet de confronter les idées, d’en identifier les limites notamment. Vient enfin une phase collective de restitution des groupes et de structuration des connaissances. Par ailleurs, je fais régulièrement travailler les élèves sur des petits projets. Par exemple, dans le cadre d’une séquence de 4e  sur la ville où l’on a lu des poèmes et des chansons, les élèves devaient rédiger leur propre poème et le mettre en musique façon slam ; ils ont adoré et moi aussi ! Je leur propose des situations d’écriture autant que possible, stimulantes et variées, dans le but de les libérer dans leur rédaction. Nous travaillons souvent sur des extraits filmiques, des textes de chansons et des clips musicaux, etc. Parfois, je leur lis une histoire juste pour le plaisir et ils adorent ! Il m’arrive également de faire des lectures « autonomes » : après une première lecture de l’enseignant, les élèves lisent en prenant la parole quand ils le souhaitent, sans que j’intervienne ; quand plusieurs commencent à lire en même temps, ils doivent se coordonner ; les premières fois ça cafouille, ensuite ça devient fluide. J’essaie réellement de leur faire sentir et comprendre que les textes littéraires peuvent leur parler, les interpeller et les toucher… ».

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