Faire aimer la philosophie aux élèves est un véritable challenge !

Les profs de philosophie n’ont qu’une année pour faire découvrir aux élèves leur matière et les préparer au bac. Cinq d’entre eux nous font part de leurs astuces pour rendre leur discipline plus attractive.

Il faut attirer par la philosophie elle-même et il n’y a pas besoin d’artifices

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Simon, enseignant de philosophie en lycée et en CPGE dans l’académie d’Orléans-Tours :

« On peut faire aimer la philosophie par la philosophie. Il faut attirer par la philosophie elle-même et il n’y a pas besoin d’artifices. Il n’y a pas à ruser, à se rendre « sympa » ou à s’imposer façon coach. Il faut assurément une sensibilité à ce qui parle à un adolescent, à ce qui sera le meilleur départ, l’amènera à ce retour sur ses opinions qui est immédiatement personnel et engage. Qu’on s’aide de documentaires, de films ou de théâtre, très bien. Mais c’est en chacun au désir de liberté, de vérité, qu’il faudra s’adresser, en lui répondant par les idées des philosophes. »

 

J’organise une sortie « Rando philo » pour faire connaissance avec la classe

Lucile, enseignante de philosophie en lycée dans l’académie de Toulouse :

« Faire aimer la philosophie aux élèves est un challenge, surtout que nous n’avons qu’une année pour leur faire découvrir la matière et les préparer au bac. En début d’année, avec mes terminales L, j’ai organisé une sortie « Rando philo » pour faire connaissance avec la classe et leur présenter la philo tout en marchant, un peu à la manière des philosophes de l’Antiquité. J’ai également mis en place un petit-déjeuner philosophique : après avoir étudié le Banquet de Platon avec mes TL, je leur ai proposé de faire la même chose que Socrate et ses comparses, chaque élève a fait un discours sur l’amour, puis nous avons débattu de ce thème, le tout devant un petit déjeuner. Je propose aussi des ateliers pluridisciplinaires, avec mes collègues d’anglais ou de SVT, pour montrer les liens possibles avec les autres matières. En anglais-philo, nous avons par exemple travaillé sur Harry Potter. Les élèves ont beaucoup apprécié. Avec ma collègue de SVT, nous avons réalisé un serious game qui place les élèves dans un scénario d’épidémie de zombies. Ils doivent réaliser plusieurs missions, en biologie et en philosophie politique. Nous effectuons cet atelier depuis 6 ans maintenant et il fonctionne très bien. Par ailleurs, tous les jeudis du mois de mai et de juin, jusqu’à l’examen, je retrouve des élèves volontaires pour réviser dans la cour verte du lycée, devant un pique-nique. D’année en année, j’ajoute où je modifie ces différentes activités, qui me semblent importantes pour créer du lien avec les élèves et leur présenter la philosophie sous un jour sympathique. De façon générale également, j’utilise beaucoup la culture pop et la science-fiction, dont je suis une grande fan, pour leur expliquer certaines notions. »

Ma stratégie consiste à faire que le propos du cours soit vivant ou polémique

Jonathan, enseignant de philosophie en lycée dans l’académie de Strasbourg :

« Je débute mon année de cours avec pour objectif de non pas amener la philosophie vers les élèves mais que les élèves puissent se diriger vers la philosophie. En ce sens, il n’est pas question de simplifier ou d’atténuer certains moments plus ardus ou moins évidents. Je me méfie des méthodes cherchant à rendre la « philo plus cool » ou à simplifier certains auteurs. Vouloir rendre sympathique notre discipline, c’est faire sous-entendre qu’elle serait ennuyeuse ou barbante. Ma « stratégie » consiste à faire que le propos du cours soit vivant ou polémique pour susciter chez les élèves le désir de penser, de réfléchir, de se contredire, et supprimer la honte de se tromper, de ne pas comprendre ou de ne pas savoir. Il me semble que c’est un aspect de la méthode socratique, celle qui a valu à Socrate de donner ses lettres de noblesse à la philosophie. C’est pourquoi je n’hésite pas à m’impliquer personnellement dans le cours, en étant toujours très critique, pour éviter de proposer un cours neutre et mou. Je ne fais jamais cours « sur Descartes » ou « sur Nietzsche », mais je m’efforce toujours d’incarner la pensée d’un auteur afin de lui donner du corps et de la vie, évitant ainsi le plus possible d’utiliser des notes et de me cacher derrière. Si la métaphysique est un champ de bataille pour Kant, le cours de philosophie doit être le lieu où les pensées, les doutes et les arguments doivent se mesurer et s’affronter avec clarté et conviction. Penser, c’est se mettre en danger et je n’hésite jamais à me mettre en déséquilibre devant les élèves. En effet, la philosophie ne peut pas se résumer à quelque chose qu’il faut apprendre bêtement mais qu’il faut délibérément vivre de la tête aux pieds. Cela crée notamment un climat de confiance et de chaleur dans la classe, poussant les élèves à être toujours plus pointus dans leurs questions et leurs réflexions et moi-même à être le plus consistant et construit possible concernant les sentiers de la pensée que j’essaye de leur faire découvrir et parcourir. »

Ma mission est de casser le préjugé que la philosophie est une discipline abstraite et poussiéreuse

Louise, enseignante de philosophie en lycée dans l’académie de Rennes :

« La philosophie est souvent perçue comme une discipline abstraite et poussiéreuse, ou comme un exercice de style littéraire. Ma première mission consiste à casser ce préjugé auprès des élèves, et à rassurer ceux qui pensent échouer en philosophie parce qu’ils avaient de mauvaises notes en français. Pour ce faire, je m’efforce de partir de problèmes concrets. Par exemple, mon cours sur la morale commence toujours par l’analyse en petits groupes de dilemmes moraux, tels que « est-il juste de mentir à un proche pour son propre bien ? » Il s’agit de montrer que la philosophie n’est pas un jeu de langage gratuit mais un outil pour penser le monde. De la même manière, la philosophie n’est pas isolée des autres disciplines et travailler avec les collègues de maths et de SVT permet de bien faire comprendre aux élèves les enjeux de ce qu’ils étudient. Analyse de films, jeux de rôle, écriture d’invention, exposés, tous ces projets permettent de montrer que la philosophie ne se réduit pas à l’exercice stéréotypé de la dissertation. »

Je veille à développer la collaboration entre élèves

Éric, enseignant de philosophie en lycée dans l’académie de Nantes :

« Je n’ai pas la prétention de faire des cours parfaits et de faire aimer la philo à tous les élèves ! Mais j’essaie d’utiliser un tas de techniques pour passer la meilleure année possible avec les lycéens. Je veille par exemple à faire participer assez régulièrement les élèves. L’idée est de développer la collaboration entre élèves mais aussi entre l’élève et l’enseignant pour « construire le cours » ; éviter le cours « tout prêt ». Les élèves, en début de séance, ont souvent des intuitions intéressantes qu’il convient d’insérer dans le cours. Je les encourage aussi à préparer des exposés où ils peuvent défendre et argumenter leurs réflexions personnelles devant toute la classe. Par ailleurs, je ne passe pas l’heure à dicter le cours mais je le partage en amont grâce au numérique pour consacrer ce temps devant les élèves à l’expliquer et à répondre aux questions. J’organise également des sorties pédagogiques pour illustrer le cours. Exemple : à l’occasion d’une sortie au musée d’Orsay, les élèves avaient un devoir à rédiger répondant à la question « l’art est-il un moyen d’accéder à la vérité ? » qu’ils devaient illustrer par des œuvres vues lors des visites. Enfin, je fais des cours différenciés en me basant sur les copies évaluées par compétences pour expliquer la note ; les compétences (acquises ou non) de chaque élève sont stockées sur une base de données et, par filtre, il est aisé de constituer différents groupes pendant le cours poursuivant des objectifs différents. C’est une méthode très utile ! »

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