Comment faire aimer les maths aux élèves ?

Les mathématiques sont souvent considérées comme la bête noire des élèves… Que faut-il mettre en place pour faire aimer cette matière ? Six enseignants de maths nous répondent.

J’essaie de proposer des exercices originaux

© Eléonore H - Fotolia

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Christophe, enseignant de mathématiques en collège dans l’académie de Lille

« Afin de motiver mes élèves, de susciter l’envie et l’intérêt pour les mathématiques, j’essaie de proposer des exercices originaux (principalement dans les devoirs à la maison, les DM) et de les accompagner d’interviews de personnalités (des journalistes, des météorologues et un footballeur à ce jour) qui peuvent les faire rêver et aussi leur prouver que les mathématiques sont présentes et utiles dans de nombreux domaines. J’ai commencé l’an dernier, un projet entre ma matière d’enseignement et la météorologie. Madame Fanny Agostini (ex présentatrice météo à BFM – aujourd’hui présentatrice de Thalassa) a été formidable et a été la première à accepter de répondre à quelques questions sur son parcours, son regard sur les mathématiques et nous a fait découvrir son (ancien) travail au quotidien. J’ai pu la rencontrer et nous avons poursuivi ce travail cette année avec mon collègue de SVT. Un chapitre entier du programme a été étudié à partir de données météorologiques. Madame Agostini est venue au collège fin janvier pour rencontrer les élèves et nous offrir un cours sur la météo et le climat ainsi qu’une discussion autour du réchauffement climatique : les causes et les conséquences. »

L’utilisation d’outils numériques permet de faire des maths autrement

Jean-Marc, enseignant de mathématiques en lycée dans l’académie de Poitiers

« Force est de constater que de très nombreux élèves sont fâchés avec les mathématiques à leur entrée en seconde. Les raisons sont multiples : souvent une méconnaissance de la discipline qui peut se transformer en crainte, des difficultés face à l’abstraction, la répétition de situations d’échec face aux évaluations… Pour redonner aux élèves l’envie de faire des maths, il faut avant tout essayer de les rassurer, de travailler sur leur confiance. Au moyen d’évaluations adaptées, de travaux personnels de recherche, d’activités de groupe, on peut faire en sorte d’éviter que les élèves le plus de difficultés n’obtiennent des moyennes décourageantes. L’utilisation d’outils numériques tels que les applications Socrative (QCM) ou GeoGebra permet de faire des maths autrement. Cela génère chez certains un surcroît de motivation. L’algorithmique est de plus en plus présente dans l’enseignement des mathématiques et dans ce cadre, des activités de codage en Scratch au collège ou en Python au lycée sont souvent ludiques pour beaucoup d’élèves. Enfin, j’essaye de replacer les mathématiques et les mathématiciens dans un contexte historique. L’histoire des mathématiques regorge d’aventures et d’anecdotes qui peuvent (r)éveiller la curiosité et l’envie des élèves. Il suffit de lire l’excellent ouvrage de Mickaël Launay, Le grand roman des maths, pour s’en convaincre. »

Il est essentiel de faire un lien entre les mathématiques et les autres disciplines

Antoine, enseignant de mathématiques en classe prépa ATS dans l’académie de Rennes

« Les méthodes sont souvent très personnelles, mais dépendent également de la classe et du niveau moyen en mathématiques en général. Si la classe est assez faible, mais réceptive, j’aime bien faire de l’histoire des mathématiques, aussi régulièrement que possible. Cela permet de faire rebondir les élèves sur des questions sociales – la place des mathématiciennes, les médailles Fields. Ensuite, il est essentiel de faire un lien entre les mathématiques et les autres disciplines. Car souvent la question « Mais à quoi ça sert » revient dans la bouche des élèves, et il est vrai que le programme de mathématiques (que ce soit au lycée ou dans le supérieur) semble souvent abstrait. Un des exemples d’actualité sont les intervalles de confiance. Si l’on se contente d’un cours théorique, ce ne sont que des formules absconses. Mais si l’on applique à leur étude celle des estimations de vote lors d’une élection, cela illustre bien le sujet et permet d’intéresser les élèves. J’aime également faire venir des personnes utilisant les mathématiques dans leur travail (ingénieur, économiste) pour illustrer l’utilisation réelle des mathématiques. Enfin, ma touche personnelle : l’humour. Cela permet d’égayer le cours et de le rendre plus supportable pour les élèves ! »

Je propose des exercices sur ce qu’ils aiment

Sébastien, enseignant de mathématiques en collège dans l’académie d’Aix-Marseille

« J’essaie de mettre en place différentes techniques pour arriver à intéresser les élèves. Je propose par exemple des exercices sur ce qu’ils aiment : tracé de flocons en hiver, calcul de réductions lors des soldes, activités autour d’événements sportifs (J.O, coupe de monde de Football), résolution d’énigmes qui fleurissent sur les réseaux sociaux…Je montre constamment que cette matière est très présente dans leur quotidien : recettes de cuisine, distance à l’horizon, arts avec des pavages et symétries,  diagrammes statistiques faux dans les journaux et émissions télé…  Je veille à susciter la curiosité des élèves sur des problèmes complexes en commençant par des cas simples  pour les accrocher. J’utilise les maths par les jeux. Par exemple faire des « Touché coulé » sur des grilles symétriques, des petits duels de calcul mental mais aussi des tours de magie, des jeux sur Scratch. J’ai longtemps travaillé les mathématiques dans un monde virtuel (OpenSimulator) reconstruisant des lieux réels en 3D. Les projets pluridisciplinaires  permettent d’avoir un autre regard sur les élèves et les élèves un autre regard sur les enseignants car on sort de notre zone de confort. Cette année on a par exemple fait une randonnée dans les calanques avec cartes, calculs d’itinéraires et de temps de trajet. Enfin, sur Twitter je suis un grand nombre de formateurs, profs, mathématiciens et Youtubeurs scientifiques qui m’inspirent grandement dans ce que je propose aux élèves. »

J’accorde une importance à montrer que ‘chercher’ en mathématiques, c’est aussi se tromper

Alice, enseignante de mathématiques en classe prépa économique et commerciale dans l’académie de Rouen

« Pour intéresser mes étudiants aux mathématiques, j’essaie de diversifier les approches, d’expliciter les problématiques auxquelles les résultats du cours répondent, de donner des éléments d’histoire des maths (en introduisant certains concepts par l’étude de textes historiques par exemple), de critiquer les modèles mathématiques utilisés dans d’autres domaines (l’économie et la sociologie en particulier) et de signaler les grands domaines d’application des théories qui leur paraissent déconnectées du réel. Surtout, j’accorde une grande importance à montrer que « chercher » en mathématiques, c’est aussi se tromper : j’aime qu’ils me proposent des idées que nous pouvons ensuite discuter ensemble, j’essaie de les convaincre qu’il n’y a que peu d’arguments d’autorité dans la classe de mathématiques, leur raisonnement a autant de valeur que le mien, pour peu que nous respections tous les mêmes règles (celles de la logique pour vérifier la validité de nos démonstrations). Je ne crois pas que tout ça soit très original, mais c’est la manière dont je vis mon quotidien dans ma classe, avec mes étudiants. »

Les rapports humains avec les élèves ont une importance capitale dans la transmission du savoir

Stéphane, enseignant de mathématiques en lycée dans l’académie de Nancy-Metz

« J’utilise tout un tas de « techniques » afin de faire aimer les maths à mes élèves. Ce métier est une véritable passion pour moi et je ne conçois pas que mes élèves arrivent en cours avec la fameuse boule au ventre mais avec un large sourire et une véritable envie d’apprendre. Je distingue deux aspects qui permettent de faire aimer les maths : l’aspect humain et l’aspect pédagogique. Pour le premier, il s’agit de considérer les élèves : travailler pour toute la classe sans mettre de côté qui que ce soit, ne pas stigmatiser les élèves en difficulté mais sans cesse valoriser leurs petites réussites, etc. Il faut aussi allier humour et travail, prouver que les maths peuvent être un jeu agréable. Lors de désaccords, je ne stigmatise pas l’élève devant toute la classe mais lui parle en tête à tête en fin d’heure ; ce qui très souvent crée une relation de confiance et de respect. Pour ce qui est de l’aspect pédagogique, il faut par exemple proposer autant que possible des moyens mnémotechniques pour retenir les nouvelles notions ou formules et différentes méthodes de résolution des exercices. Je valorise aussi la correction des devoirs notés avec des « petits » points bonus. Je propose des devoirs maison réguliers, ludiques et avec un choix de niveau en fonction du niveau de réussite de l’élève. Je veille à avoir un cours bien structuré, parfaitement préparé mais en même temps avec de la souplesse afin de l’adapter aux différentes interactions avec la classe. Le cours est finalement construit ensemble, avec la participation orale des élèves. Je mets en place des moments ludiques : petites vidéos illustrant le cours, films sur les maths, chocolats avant les fêtes. Enfin, j’anime l’atelier Math en jeans, où nous faisons de la recherche mathématique ludique en collaboration avec un chercheur de l’université et où les élèves prennent goût à chercher. Je considère que les rapports humains avec les élèves ont une importance capitale dans la transmission du savoir. »

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