Formation des enseignants : 24 universitaires réclament « de longues et larges concertations »

Alors qu'une réforme de la formation des profs se profile, un collectif d'universitaires réclame du temps pour mettre en place une vraie concertation. Les enseignants-chercheurs exigent aussi un allongement des formations sur 3 ans minimum.

ESPE de l'académie de Versailles - Etudiants de Master 1 en conference / Centre de formation de Gennevilliers / Devenirenseignant.gouv.fr

ESPE de l’académie de Versailles – Etudiants de Master 1 en conference / Centre de formation de Gennevilliers / Devenirenseignant.gouv.fr

Après le lycée et l’école primaire, Jean-Michel Blanquer s’apprête à s’attaquer à la formation des enseignants. Comme nous l’expliquions en novembre dernier, lors d’une audition à l’Assemblée nationale, le ministre prévoit ainsi de revoir les concours, mais aussi et surtout, de renforcer le pré-recrutement. Il souhaite aussi confier la formation continue aux ESPE. En mars 2018, L’Étudiant révélait qu’une véritable réforme était en préparation, avec un concours placé en fin de licence (mais une admission en fin de master), et la volonté affichée de Jean-Michel Blanquer de « faire évoluer considérablement ce qui se passe à l’intérieur des ESPE ».

Anticipant les futures annonces du ministère, un collectif de 24 professeurs universitaires vient de publier une tribune dans Libération, dans laquelle ils partagent leurs inquiétudes. Selon les auteurs de la tribune – parmi eux, Dominique Bucheton (professeure en sciences du langage et de l’Education à Montpellier), Philippe Meirieu (chercheur en  sciences de l’éducation et de la pédagogie à Lyon) et Viviane Youx (présidente de l’AFEF) -, « sur le diagnostic, on ne peut qu’être d’accord: la formation des enseignants est à revoir, mais derrière l’affichage pour le grand public de «bonnes intentions» (un grand coup de communication est à prévoir sur un prétendu allongement d’un an de la formation), se dessine un projet caché de libéralisation de l’enseignement public ».

D’après les universitaires, le but caché de Jean-Michel Blanquer serait de « faire des économies sur la formation en remplaçant le concours de recrutement par une sélection à l’entrée en master des métiers de l’éducation et de la formation, et de s’attaquer au statut de fonctionnaire des futurs enseignants. »

Une formation des enseignants trop « succincte » ?

« Aujourd’hui, la formation très succincte des enseignants ne les prépare pas aux défis nouveaux rencontrés au quotidien: s’adapter à des publics de plus en plus hétérogènes, s’adapter au numérique, préparer à des métiers qu’on imagine encore mal… Nos sociétés sont en plein changement. L’école n’y échappe pas! Elle doit s’ajuster, se réinventer. Nos pratiques pédagogiques sont très en retard par rapport à nombre de pays européens comme la Finlande, l’Irlande, l’Écosse, l’Estonie et bien d’autres qui forment très longuement leurs enseignants », notent les 24 enseignants-chercheurs.

ESPE Clermont-Auvergne

ESPE Clermont-Auvergne

Selon eux, en deux ans de formation, les professeurs en herbe n’auraient pas le temps de « s’approprier les savoirs indispensables au métier ».  Et d’expliciter : « pendant deux ans, ils n’ont que très peu l’occasion de rencontrer des élèves, des classes, des établissements différents, encore moins le temps d’observer des enseignants et discuter avec eux. Deux ans, une misère, là où d’autres pays consacrent à la formation de trois à cinq ans. »

Enfin, les universitaires notent que la formation continue, « elle aussi sinistrée », serait en passe de « devenir l’an prochain, une simple courroie de transmission des choix de manuels et méthodes du ministère ».

« Une formation initiale d’une durée de 3 ans est un minimum »

Que demandent les signataires de la tribune ? « Du temps » pour « refonder la formation« , avec de « longues et larges concertations » entre tous les acteurs de l’éducation (formateurs universitaires, professionnels de terrain, spécialistes, syndicats). Selon eux, plusieurs priorités se dressent face à la future réforme de la formation des profs, à commencer par le budget qui lui sera accordé. « Réformer la formation des enseignants est un enjeu politique crucial, mais l’état a-t-il l’intention d’y consacrer un budget conséquent ? », s’interrogent-ils.

Autres questions à régler d’urgence, pour les enseignants-chercheurs : la durée de la formation – « trois ans est un grand minimum » -, ainsi que les formes de recrutement, d’alternance et d’accompagnement. « Ces débats ne peuvent être escamotés », préviennent-ils.

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