Face au cyberharcèlement, transformer les témoins en « acteurs du changement »

Face au cyberharcèlement, les témoins peuvent changer les choses, mais encore faut-il qu'ils osent intervenir. Selon une chercheuse, il faudrait commencer par apprendre aux jeunes à "se connaître", afin de les aider à "comprendre ce qui les empêche d'agir".

« Internet pas net », un dessin animé pour aborder le thème du cyber-harcèlement.

« Internet pas net », un dessin animé pour aborder le thème du cyber-harcèlement.

Face au cyberharcèlement, les personnes qui en sont victimes peuvent tenir tête à leurs harceleurs, et adopter la méthode du “Boomerang Verbal” prôné par la psychopraticienne Emmanuelle Piquet, représentante en France de la méthode de thérapie brève de l’École de Palo Alto. Mais beaucoup de cyberharcelés ne parviennent pas à affronter leurs agresseurs, ni même à en parler aux autres. Dans ce cas de figure, d’autres peuvent les aider : les témoins.

Sur le site The Conversation, une chercheuse en philosophie et en sciences de l’éducation de l’université Concordia de Montréal, Nadia Naffi, incite ces derniers à “passer à l’action”, et à devenir des “agents du changement”.  Selon l’universitaire, 85% des actes de cyberharcèlement se déroulent sous les yeux d’autres personnes, mais seulement un tiers d’entre elles interviennent.

Face à cette situation, qu’elle trouve “alarmante”, Nadia Naffi écrit que les témoins de cyberharcèlement ont “le devoir moral et éthique de protéger” les victimes. “Les cyberharceleurs fourmillent dans des contextes d’inégalité de pouvoir réelle ou perçue. Pour enrayer le cyberharcèlement, nous devons donc assurer l’équilibre du pouvoir, ce qui nécessite l’intervention concrète des témoins”, indique-t-elle.

Selon la chercheuse canadienne, les témoins passifs peuvent devenir des “agents de changement”, mais “pas en un tournemain”. Il leur faut ainsi réfléchir à ce qui les empêche d’agir, et y remédier en “s’équipant d’outils et de compétences” qui leur permettront de “contrer le cyberharcèlement”.

« Apprendre à se connaître » pour mieux intervenir

"Les élèves ambassadeurs Respect Zone du collège Saint-Pol-Roux ont une question à poser aux candidats à l'élection présidentielle...où comment intéresser les collégiens au débat électoral."

/ Capture vidéo d’un clip des élèves ambassadeurs Respect Zone du collège Saint-Pol-Roux.

Nadia Naffi propose un “modèle” qui permet de “faire face à ce qui nous freine”. Il débute par une phase d’introspection, durant laquelle le témoin analyse la situation ainsi que son propre état d’esprit ; puis se poursuit par la conception d’une “campagne anti-harcèlement”, avec la fixation d’objectifs, le repérage des “aptitudes nécessaires pour apporter de l’aide” et des actions à entreprendre. “Il faut se demander : ‘à mes yeux, cette cause est-elle assez importante pour que j’agisse ?’ Il faut cerner ce qui nous empêche d’agir et trouver un moyen d’éliminer ces obstacles pour passer à l’action”, indique-t-elle.

La dernière étape consiste à s’interroger : “nous avons pris conscience des raisons de notre comportement de témoin passif ; nous avons conçu un plan d’action clair ; et nous maîtrisons les facteurs susceptibles de nous freiner. Reste à savoir : Ai-je assez confiance en moi pour agir ?”, écrit Nadia Naffi. Selon la chercheuse, il est essentiel “d’apprendre à se connaître, et de comprendre son comportement dans le contexte du cyberharcèlement pour passer de l’état de témoin passif à celui d’agent de changement”.

Selon Nadia Naffi, les jeunes sont “les mieux placés pour assumer le rôle d’agents de changement, vu leur connaissance intime des médias sociaux… Mais pour que cela fonctionne, ils doivent acquérir une capacité de raisonnement civique appliqué au Web et trouver des moyens d’exploiter le potentiel des médias sociaux.”

Finalement, l’universitaire québecoise estime que le système scolaire devrait avant toute chose apprendre aux adolescents à “se comprendre eux-mêmes”, afin de leur donner “les compétences et les moyens de faire obstacle aux messages des harceleurs”.

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