Natation à l’école : « la grande difficulté, ce sont les équipements »

Alors que l’apprentissage de la natation à l’école est une priorité nationale, certains établissements ont du mal à l’enseigner. Pour Frédérique Rouanet, inspectrice pédagogique régionale en EPS, le problème est lié à la répartition inégale des piscines.

Jérémy Barande / CC

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L’apprentissage de la natation à l’école est une “ priorité ” de l’Éducation nationale, inscrite dans le socle commun de connaissances et de compétences. Aujourd’hui, est-ce que tous les élèves ont la possibilité de bien apprendre à nager ?

Tous les élèves doivent avoir la possibilité de bien apprendre à nager. Cet enseignement est une priorité nationale ! L’objectif de celui-ci est de développer chez l’enfant le savoir-nager. L’enjeu est avant tout sécuritaire : l’enfant doit être capable de se sauver. Puis, arrive au second plan la recherche de la performance : le « nager-vite », le « nager-longtemps », l’apprentissage du sauvetage et l’autonomie dans l’eau. Une circulaire de 2017 établit des paliers et recommande un quota de séances dans le premier degré pour permettre aux élèves de construire les compétences attendues. Dans le second degré, les modalités d’organisation et d’encadrement sont fixées par le chef d’établissement sur proposition de l’équipe pédagogique. Toutefois, dans les faits, tous les élèves ne sont pas égaux devant l’eau. Principal obstacle rencontré : la distance entre l’école et la piscine. Plus l’établissement est loin, plus la petite sortie dans l’eau peut prendre des allures de véritable expédition, coûteuse en temps et en argent. Certaines écoles doivent payer des véhicules, comme un car, pour pouvoir se rendre à la piscine où les élèves passeront 30 à 40 minutes dans l’eau. C’est un vrai budget et donc un véritable frein pour les écoles ! Ces élèves-là, par exemple, ne pourront pas valider l’attestation du savoir-nager en fin d’école primaire. Ainsi, la grande difficulté n’est pas de l’ordre des enseignements mais des équipements.

Il existe donc des différences très marquées entre les niveaux des élèves à l’entrée au collège…

Tout à fait. Les niveaux varient souvent en fonction des écoles fréquentées, selon qu’elles soient en ville ou isolées à la campagne. Aujourd’hui, la répartition des installations sportives est très inégale sur le territoire. Certaines régions sont mieux dotées que d’autres. Et malheureusement, ce sont les enfants les premiers touchés. On recense un nombre important d’élèves qui arrivent en 6ème sans avoir acquis le savoir-nager. En zones rurales, plus de 50 % des enfants ne savent pas nager à la sortie de l’école primaire contre 10 % en zones urbaines. C’est alors à l’établissement qui reçoit l’élève non-nageur, que ce soit au collège ou même au lycée, de mettre en place des actions dans le cadre des dispositifs d’accompagnement et de soutien en vigueur. Par ailleurs, nous constatons aussi que ceux qui ne savent pas nager viennent, pour la plupart, de milieux défavorisés. Bien souvent, ce sont des enfants très peu familiarisés avec le milieu aquatique qui ne se rendent que rarement à la piscine ou à la mer avec leur famille. Pour certains parents, le savoir-nager n’est pas un enjeu prioritaire !

En natation, qu’attend-t-on concrètement de l’élève ?

Jérémy Barande / CC

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L’élève a pour principale mission d’acquérir l’attestation du savoir-nager. Cette attestation, délivrée par le directeur de l’école ou par le principal du collège, correspond à une maîtrise du milieu aquatique et reconnaît la compétence à nager en sécurité, dans un établissement de bains ou un espace surveillé. Cette maîtrise se construit sur l’ensemble du cursus de l’élève, prioritairement de la classe de CP à la classe de 6ème. L’acquisition de l’attestation est un objectif des classes de CM1, CM2 et sixième. Le cas échéant, elle pourra être délivrée ultérieurement. Pour l’obtenir, les élèves doivent passer une évaluation et la réussir. Elle comporte un parcours dans l’eau à réaliser en continuité, sans reprise d’appuis au bord du bassin et sans lunettes (se déplacer sur une distance de 3,5 mètres en direction d’un obstacle, se déplacer sur le ventre sur une distance de 15 mètres ; entrer dans l’eau en chute arrière, etc.) et une épreuve de connaissances spécifiques au milieu aquatique (savoir identifier la personne responsable de la surveillance, connaître les règles de base liées à l’hygiène et la sécurité en piscine, etc.). En natation, l’enseignant doit être en capacité de proposer aux élèves un enseignement qui leur permette d’évaluer le milieu dans lequel ils évoluent et d’apprendre à renoncer en cas de danger. La maîtrise du « savoir-renoncer » est  fondamentale pour la sécurité de l’enfant, que ce soit en milieu scolaire ou dans le cadre d’un loisir. Enfin, dès qu’il aura appris à nager et à se sauver, nous attendrons de lui qu’il devienne performant dans l’eau, qu’il nager vite et longtemps.

Est-il possible qu’un élève n’ait pas reçu de cours de natation durant toute sa scolarité ?

En raison de la distance entre la piscine et l’école, un élève peut ne pas avoir bénéficié de cours de natation durant toute l’année voire plusieurs années consécutives. Par contre, ce n’est pas possible qu’il n’ait reçu aucun cours de natation durant tout son cursus de la CM1 à la 6ème. Il en bénéficiera au moins une fois, par exemple durant son année de CM2. Mais cela reste insuffisant pour acquérir « le savoir-nager ». A l’inverse, pour d’autres élèves dont l’établissement se trouve proche d’une piscine, ils effectueront le nombre de séances nécessaires et obtiendront plus facilement  les compétences attendues.
Dans le cadre de l’association sportive, si l’établissement est implanté non loin d’une piscine, les enseignants peuvent proposer aux élèves de suivre des cours de natation. C’est une  réelle opportunité pour eux de pouvoir prolonger cet apprentissage, en plus des cours de natation déjà suivis en EPS. Mais encore une fois, sans les piscines, cela relève de la mission impossible…

Un élève peut-il apprendre à nager sans avoir accès à une piscine ?

Photo : iStock/endopack

Photo : iStock/endopack

Enseigner la natation dans un autre contexte qu’en piscine reste très difficile. Même si on peut prévoir des sorties dans des milieux aquatiques différents, comme dans des lacs, ces endroits restent très réglementés et loin d’être un lieu propice à l’enseignement. L’enseignant ne pourra, par exemple, pas se déplacer le long du bassin pour donner des conseils aux élèves et devra installer un périmètre de sécurité avant qu’ils ne rentrent dans l’eau. Certes, les élèves prendront du plaisir à être dans l’eau mais ils n’apprendront pas à nager.

Pourquoi faire de l’apprentissage de la natation à l’école une priorité ?

C’est avant tout un enjeu sécuritaire : ne pas savoir nager, c’est se mettre en danger ! Un enfant doit être capable de se sauver lorsqu’il se baigne en piscine, dans un lac ou à la mer. Il doit aussi être en mesure d’évaluer ses ressources et de savoir renoncer s’il juge ne pas être en capacité d’entrer dans l’eau. En France, tous les ans, des personnes meurent sur les plages par imprudence car elles n’ont pas évalué le danger. Il est fondamental que l’école transmette ce savoir aux élèves. Au-delà de la mer en été, ne pas savoir nager, c’est aussi se priver d’un grand nombre d’activités comme la voile, le canoë, le canyoning ou le paddle. Des activités qui nécessitent obligatoirement l’obtention de l’attestation du savoir-nager pour être pratiquées.

1 commentaire sur "Natation à l’école : « la grande difficulté, ce sont les équipements »"

  1. David  12 janvier 2018 à 18 h 20 min

    La natation scolaire ne se reduit pas au bachotage de l’Attestation scolaire du savoir nager ! Que dire de l importance de la maternelle et du cycle 2 dans les programmes et le rapport à l eau ? (débuter au Cm1 c est déjà trop tard pour certains !!).Signaler un abus

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