Réforme du bac : « Nous craignons la hausse des inégalités entre élèves »

Selon une récente enquête du SNES-FSU, la nouvelle réforme pourrait creuser les inégalités scolaires. Décryptage avec Claire Guéville, responsable des questions lycée auprès du syndicat.

Claire Guéville, responsable lycée au Snes FSU/ Crédit D.R.

Claire Guéville, responsable lycée au Snes FSU/ Crédit D.R.

Alors que le gouvernement a lancé une consultation en vue de réformer le bac, le SNES-FSU, l’un des principaux syndicats enseignants, a mené une enquête pour connaître l’avis des enseignants sur les pistes évoquées par Jean-Michel Blanquer. Au programme : la réduction du nombre d’épreuves terminales à 4 et l’évaluation de toutes les autres par le contrôle continu.

2 263 personnes ont participé à l’enquête du SNES-FSU, menée en octobre et en novembre 2017. Parmi eux on trouve 71% de syndiqués SNES-FSU, 23% de non-syndiqués dans ce syndicat et 6% de non réponses. Pour mieux la comprendre, nous avons interviewé Claire Guéville responsable des questions lycée du SNES-FSU.

Selon votre étude, 70% des enseignants sont contre l’idée d’évaluer par un contrôle continu la plupart des matières de terminale, comment l’expliquez-vous ?

Parce qu’ainsi utilisé, le contrôle continu ne servirait plus à améliorer la formation des élèves, comme c’est le cas aujourd’hui, mais à mesurer leur capacité à entrer dans l’enseignement supérieur. Cela change totalement la nature de la relation enseignant/élève car le professeur n’est plus vu comme étant avant tout celui qui enseigne mais comme un agent de tri, qui doit choisir entre ceux qui peuvent accéder au supérieur et ceux qui ne peuvent pas. Dans notre jargon on dit que le contrôle continu ainsi appliqué aurait une valeur certificative et non plus formative.

Ce système est déjà mis à l’oeuvre pour évaluer les langues au bac…

Effectivement et il est extrêmement mal vécu par les enseignants. Selon notre étude, 70% sont opposés au contrôle local tel qu’il est actuellement pratiqué. Il a également pour conséquence de renforcer les inégalités entre des élèves qui viennent de lycées favorisés et ceux qui n’en viennent pas. Les universités, qui vont sans doute, avec la réforme à venir, décider du recrutement des élèves, pourront considérer qu’une bonne note reçue dans un lycée considéré comme « mauvais » ne vaut pas une bonne note dans un “bon”.

Réduire le nombre d’épreuves à 4 ne permettrait-il pas de redonner du sens aux séries en donnant plus de place aux matières qui comptent en fonction du projet des élèves ?

On peut tout à fait redonner du sens aux séries S, ES et L sans réduire le nombre d’épreuves ! AU SNES-FSU, nous évoquons par exemple l’idée de faire des notes non compensatoires pour les matières scientifiques. Ce qui signifierait par exemple qu’un élève de série S qui n’aurait pas obtenu la moyenne sur l’ensemble de ses notes dans les matières scientifiques ne pourrait pas avoir le bac. Le problème de la réduction du nombre d’épreuves c’est surtout qu’elle va donner une plus grande importance au contrôle continu et faire de la place pour la nouvelle réforme du lycée qui se profile.

Selon vous en quoi va consister cette réforme ?

Nous ne sommes sûrs de rien, puisque la consultation vient d’être lancée mais selon les annonces de Jean-Michel Blanquer, il s’agirait de se diriger vers un lycée modulaire où les séries n’existeraient plus et où chaque élève pourrait choisir ses matières…pour peu qu’il y ait des places disponibles, car on imagine bien qu’il y aura des cours plus prisés que d’autres. Nous craignons qu’un tel système renforce les inégalités entre les élèves. C’est ce qu’il s’est passé en Angleterre, où il est mis en place depuis un certain temps : certaines matières ont finalement été réservées aux bons élèves.

Pourtant selon votre étude, 69% des enseignants ont jugé que le bac était “trop facile” à obtenir, ne faut-il rien changer ?

Ce n’est pas parce que nous ne voulons pas des changements proposés par M.Blanquer qu’il ne faut rien changer ! Selon le SNES-FSU, l’enquête montre qu’il y a un décalage entre les exigences des programmes et les modalités de l’évaluation. Parfois le bac ne sert pas à évaluer l’élève mais la dernière réforme menée par l’Education Nationale. On fait alors semblant de penser que si les résultats du bac sont bons, c’est parce que la réforme est bonne. Cela donne des épreuves à la limite de l’absurde, comme celle d’histoire-géo des séries S, qui consiste aujourd’hui à réciter son cours. Lorsqu’on s’en plaint on nous répond “mais pourquoi voulez-vous que cela change, les élèves réussissent très bien…”

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