« La scolarité de ma fille TDAH a été un vrai parcours du combattant »

Pour montrer les difficultés des enfants TDAH à l'école, le webdoc "Plongez en nos troubles" suit 9 élèves, du primaire au lycée. Des témoignages permettent aussi de saisir les problématiques des familles et des enseignants.

benjamin-laurent-claudine-casavecchia-tdah-webdocBenjamin Laurent est journaliste. Claudine Casavecchia, mère d’un enfant TDAH, est vice-présidente de l’association Hypersupers. L’une a co-écrit le scénario du webdoc “Plongez en nos troubles”, l’autre l’a réalisé. Interview croisée.

Pourquoi un documentaire sur la scolarisation des enfants TDAH ?

Benjamin Laurent : Au cours de mes recherches sur le TDAH, sujet qui me passionnait, je me suis vite rendu compte que l’école est la principale difficulté pour les enfants qui en souffrent : ce trouble rend la concentration en cours difficile,  de même que le fait de rester assis sur une chaise, ou d’avoir des relations avec les autres. Cela a un impact sur la vie sociale, familiale, scolaire et intérieure (car l’estime de soi est aussi touchée). Voilà pourquoi il était important de donner la parole aux enfants et aux parents, afin qu’ils expliquent ce qui ne va pas à l’école.

Claudine Casavecchia : C’est important, car il s’agit d’un trouble méconnu. La scolarité représente un écueil majeur pour les enfants TDAH. Aujourd’hui, 66% des enfants TDAH sont en échec scolaire !

Concrètement, comment avez-vous réalisé votre webdoc ?

Lalie, élève de CE1 / "Plongez en nos troubles"

Lalie, élève de CE1 / « Plongez en nos troubles »

B.L : Pendant 8 semaines, nous sommes allés en classe avec 9 enfants TDAH. Ensuite, nous avons réalisé des entretiens individuels. Nous avons été bluffés par leur lucidité : ils sont très conscients de leurs difficultés, et en parlent facilement. Le webdoc propose 2h40 de vidéos, avec 4 parties : le primaire, le collège et le lycée (avec des témoignages d’enfants, de parents et d’enseignants), et une chaîne thématique, avec des interviews de professionnels de santé, autour de 6 thématiques : le “mode d’emploi” du TDAH, les troubles et profils associés, la médication et les remédiations, les addictions, les trucs et astuces pour aider l’enfant à l’école et à la maison, et l’estime de soi.

Selon vous, le TDAH est-il bien pris en compte par l’École et les enseignants ?

B.L : Nous avons rencontré de nombreux enseignants qui font des choses très bien, qui se sont auto-formés – je pense à deux profs d’anglais et d’italien, qui laissent les élèves TDAH se lever, bouger sur leur chaise, et qui réalisent une vraie pédagogie différenciée, au sein d’un PAP (plan d’accompagnement personnalisé) ou non. Un enfant TDAH qui gigote sur sa chaise ou joue avec son stylo ne le fait pas pour embêter l’enseignant, mais pour se concentrer, et le laisser faire n’est pas un aveu de faiblesse. Les enseignants doivent être formés sur le besoin de passer un vrai partenariat avec ces enfants, plutôt que de rester dans un rapport de force. Ils doivent comprendre qu’aider les enfants TDAH ne pénalise pas les autres. Mais avant cela, ils doivent comprendre le trouble lui-même, et être formés, de manière générale, aux troubles d’apprentissage et au handicap.

Du côté des parents, comment est vécue la scolarisation de leur enfant TDAH ?

Jules, élève de CP, et sa mère, Marie, au moment fatidique des devoirs... / "Plongez en nos troubles"

Jules, élève de CP, et sa mère, Marie, au moment fatidique des devoirs… / « Plongez en nos troubles »

B.L : D’abord, les parents doivent tout expliquer aux enseignants – le trouble et les aménagements possibles. Ensuite, à la maison, les devoirs créent des tensions, car il faut négocier avec des enfants épuisés par une journée à se concentrer. Les parents sont de vrais aidants : c’est un job à plein temps pour eux. Les difficultés sont leur lot quotidien. Obtenir des AVS (assistants de vie scolaire) auprès des MDPH (Maisons départementales des personnes handicapées) est très difficile… Il faut comprendre que les parents aiment leurs enfants et qu’ils veulent que ces derniers aient les mêmes chances que les autres. Car le TDAH est une perte de chances – c’est comme si l’enfant avait tout le temps un boulet accroché au pied : il est ralenti, mais doit arriver en même temps que les autres à la ligne d’arrivée.

Les relations avec les enseignants sont bien souvent conflictuelles…

C.C : La scolarité de ma fille de 19 ans, qui souffre d’un TDAH, a été un vrai parcours du combattant – tant pour elle que pour moi. J’ai d’abord dû comprendre son trouble, puis informer et convaincre les enseignants… Dès la maternelle, ces derniers me disaient qu’elle était très vive, mais passait d’une activité à l’autre, était dans la lune. Ces comportements se sont aggravés, au fur et à mesure que l’exigence scolaire est devenue plus grande. Suivre un cours, écouter l’enseignant… tout cela devenait compliqué. Les profs, de leur côté, n’étaient pas du tout formés. Il faut dire que le TDAH est méconnu : avant que le diagnostic soit posé, je n’avais moi-même jamais entendu parler de ce trouble. C’était un dialogue de sourd, chacun se renvoyant la balle. D’où l’importance de former les profs aux troubles de l’apprentissage et au repérage du TDAH en classe.

Matteo, élève de 5e, souffre d'un TDAH / "Plongez en nos troubles"

Matteo, élève de 5e, souffre d’un TDAH / « Plongez en nos troubles »

Une fois le diagnostic posé par une neuropsychologue, j’ai pris la décision de changer d’école. En CM1-CM2, la situation s’est améliorée, avec une enseignante bienveillante. Puis, au collège, retour à la case départ : face à une dizaine d’enseignants, j’ai dû expliquer une dizaine de fois ce qu’était le TDAH. Certains, bienveillants, ont adapté leurs cours. Mais pas tous.

Finalement, espérez-vous faire changer le regard des gens sur le TDAH ?

B.L : Le but du webdoc est de faire prendre conscience des difficultés de ces enfants – afin qu’on ne les voit plus comme des gamins mal élevés mais comme des jeunes en souffrance. Nous devons changer de regard. L’école inclusive est une richesse : en Italie, des études montrent que la présence d’un enfant en situation de handicap dans une classe rejaillit positivement sur tous. Les enfants autistes y sont presque tous scolarisés en milieu ordinaire : ils ne sont pas accompagnés par un AVS,  mais par un enseignant formé au handicap, qui est là en complément d’un autre prof. L’enfant handicapé n’est pas vu comme un élément perturbateur, mais comme le centre du projet éducatif.

C.C : Pas question de faire un procès aux profs : pour eux, s’occuper d’enfants avec des troubles de l’apprentissage est loin d’être simple, surtout quand les PAP se multiplient dans leurs classes. Nous avons conçu ce webdoc pour montrer que les enseignants peuvent être compréhensif et patients… et que réussir à l’école malgré un trouble de l’attention, c’est possible. Non, les enfants TDAH ne sont pas paresseux, insolents ou ingérables. Dans une classe où le professeur est bienveillant, le climat est différent… et l’enfant aussi.

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