Agrégation de grammaire : découverte d’un concours méconnu

L’agrégation de grammaire, une spécialité comme les autres ? Focus sur ce concours de lettres classiques considéré comme l’un des plus difficiles.

L’agrégation de grammaire est un concours uniquement externe et présente deux options : grammaire française ou grammaires grecque et latine.

Historique, débouchés, conseils : 5 questions à André Chervel, agrégé de grammaire et historien de l’agrégation.

© Alexi TAUZIN - Fotolia

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En quelle année est apparu ce concours ?

Pour l’année de création de l’agrégation, on peut hésiter entre quatre réponses :

– Le concours de l’agrégation est créé en 1766 par l’Université de Paris au moment de l’expulsion des jésuites. Il y a trois concours, pour les trois séries de classes : classes de grammaire (6e à 4e ), classes de belles lettres (troisième, seconde et « rhétorique »), classes de philosophie (qui durent deux ans). Ces concours ont lieu jusqu’en 1791, et tout s’arrête avec la Révolution.

– Les lycées sont créés en 1802, et reçoivent immédiatement des professeurs. Le décret du 17 mars 1808, qui crée « l’Université » (c’est-à- dire ce qu’on appellera plus tard « l’enseignement secondaire »), crée aussi la catégorie des agrégés (qui
signifie « remplaçants », et pour lesquels on envisage un concours de recrutement).
Les premiers agrégés sont nommés dès 1809, mais pas encore recrutés par concours (trop difficile à organiser), et ces nominations vont durer jusqu’en 1820.
– Les concours d’agrégation prévus par le règlement sont organisés à partir de 1821, mais ce sont des concours « académiques » : chaque académie met en place ses concours, et recrute ainsi ses agrégés. L’agrégation n’est donc pas encore un concours national.

– Les premiers concours nationaux de l’agrégation sont mis en place en 1830. Il y en a quatre : philosophie, lettres, grammaire, sciences, rejoints dès l’année suivante par l’histoire et géographie.

Quels sont les débouchés de l’agrégation de grammaire ?

André Chervel © Editions Retz

André Chervel © Editions Retz

L’agrégation de grammaire permet traditionnellement de recruter les professeurs des classes de grammaire (de la 6ème à la 3ème ). Telle est du moins la théorie. La pratique est souvent différente. Nommé au lycée de Bastia en 1955 après ce concours, j’ai reçu
immédiatement la responsabilité de deux classes de première.

Y a-t-il beaucoup de postes accessibles par ce concours ?

L’histoire des concours d’agrégation fait apparaître au cours des décennies une démultiplication constante des disciplines concernées. Il a fallu créer des agrégations féminines dans les années 1880 au moment de l’installation des lycées de filles ; il a fallu créer des agrégations de lettres modernes, de langues vivantes (toujours plus nombreuses), dédoubler les agrégations scientifiques, rajouter la musique, l’éducation physique, les arts, distinguer les concours internes (pour les professeurs déjà en service) et les concours externes, etc. Cette évolution n’a pas été favorable à la vieille agrégation de grammaire, où le nombre des postes mis au concours n’a pas cessé de diminuer (11 en 2017).

Comment expliquez-vous la réputation de ce concours, perçu comme très difficile ?

Cette réputation date de l’époque où les nominations par l’administration (1809-1820) ont cédé la place au recrutement par concours (1821,puis 1830). Longtemps (au XIXe siècle) tous les professeurs des lycées étaient agrégés. Avec l’augmentation des effectifs, puis la démocratisation du secondaire, il a fallu recruter en dehors de l’agrégation, qui a gardé le prestige du mode de recrutement le plus difficile.

Quels conseils donneriez-vous à des élèves souhaitant préparer ce concours ?

Un seul conseil à l’intention de ceux qui sont décidés à travailler sérieusement : ne pas se laisser impressionner, se porter candidat aussi vite que possible (après une première préparation) et envisager le succès pour une seconde ou une troisième tentative.

Les épreuves

Les épreuves se déroulent en deux étapes. Dans un premier temps, il y a des épreuves écrites d’admissibilité :

-Une composition française sur un sujet en lien avec un programme d’auteurs indiqué à l’avance (durée : sept heures ; coefficient 9) ;

-Un thème latin (durée : quatre heures ; coefficient 5) ;

-Un thème grec (durée : quatre heures ; coefficient 5) ;

-Une épreuve à option de grammaire et de linguistique (sur les textes du programme réduit) comportant deux compositions : une composition principale où le candidat a le choix entre l’option “français ancien et moderne” et l’option “grec ou latin” (Durée : quatre heures trente ; coefficient 8). Une composition complémentaire ((Durée : deux heures trente ; coefficient 4) s’ajoute ensuite, avec les mêmes options.

-Une version latine (durée : quatre heures ; coefficient 5).

En cas de succès, le candidat passe des épreuves orales d’admission.

Avant ces épreuves, un tirage au sort précisera au candidat s’il doit, pour les épreuves de langues anciennes, faire une explication préparée latine et une explication improvisée grecque, ou inversement.
 Les épreuves orales sont :

-Une explication préparée d’un texte de français moderne tiré des auteurs du programme (durée de la préparation : deux heures ; durée de l’épreuve : trente minutes ; coefficient 12).

-Une explication préparée d’un texte latin ou grec tiré au sort parmi les auteurs du programme (durée de la préparation : deux heures ; durée de l’épreuve : trente minutes ; coefficient 9).

-Une explication improvisée, sans dictionnaire, d’un texte de latin ou de grec choisi hors du programme (durée de la préparation : quarante-cinq minutes ; durée de l’épreuve : quinze minutes ; coefficient 6).

-Un exposé de grammaire et linguistique sur un texte du programme. Cette épreuve est l’occasion pour le candidat d’exposer des questions de linguistique et/ou de grammaire ainsi que ses connaissances générales de la langue. Il y subit obligatoirement l’épreuve orale correspondant à l’option choisie à l’écrit  :

Option A : français ancien ou français moderne ;

Option B : grec ou latin.
(Durée de la préparation : deux heures ; durée de l’exposé : trente minutes ; coefficient 9).

Chaque explication est suivie d’une interrogation de grammaire (durée : dix minutes pour les épreuves 1° et 2° et cinq minutes pour l’épreuve 3°) consacrée à des questions simples de grammaire normative ainsi que d’un entretien entre le jury et le candidat consacré à l’ensemble de l’épreuve (durée : dix minutes). Seul l’exposé est suivi d’un entretien de 20 minutes.

Source pour épreuves : www.devenirenseignant.gouv.fr

1 commentaire sur "Agrégation de grammaire : découverte d’un concours méconnu"

  1. Jaffré Jean-Pierre  6 novembre 2017 à 10 h 09 min

    Malgré tout le respect que l’on peut avoir envers ceux qui réussissent un tel concours, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur l’intérêt qu’il présente pour l’enseignement. Ne serait-il pas temps de mettre en place des concours de recrutement adaptés aux élèves de notre époque ?Signaler un abus

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