La musique à l’école pour apprendre à vivre ensemble (Revue de Sèvres)

La 75e Revue internationale d'éducation de Sèvres (CIEP) porte sur la musique à l'école. Des études montrent ses effets bénéfiques pour l'apprentissage et la socialisation.

La rentrée en musique à La Réunion, les 17 et 18 août 2017 / Ministère de l'Education nationale

La rentrée en musique à La Réunion, les 17 et 18 août 2017 / Ministère de l’Education nationale

Pour son numéro 75 d’octobre 2017, la Revue internationale d’éducation de Sèvres éditée par le CIEP s’intéresse au lien entre musique et éducation. Quels sont ses effets sur l’apprentissage ? Quels sont ses bienfaits pour les enfants ?

Professeur de psychologie cognitive à l’Université de Bourgogne et chercheur à l’Institut universitaire de France, Emmanuel Bigand a coordonné le numéro. Citant des recherches en neurosciences, dont ses propres études sur l’apprentissage de la musique, il décrit les effets de cette dernière sur le cerveau, afin de démontrer ses effets bénéfiques chez les enfants : « elle active tous les processus mentaux, dès le plus jeune âge. Les ateliers musicaux sont aussi stimulants qu’une séance d’orthophonie : ils facilitent l’acquisition du langage et favorisent même l’apprentissage de la lecture ».

La musique, instrument de communication

Selon le professeur de psychologie cognitive, lui-même contrebassiste, les enfants en situation d’échec d’acquisition du langage, notamment les Dys, peuvent être « rattrapés » grâce à la musique, qui s’avère avoir également des effets positifs sur la mémoire et sur le développement du Q.I, mais qui est surtout un outil de socialisation.

« La pratique collective de la musique booste la capacité de l’enfant à être en relation avec les autres. La synchronisation rythmique stimule les synapses (dont dépend l’apprentissage), mais crée aussi, au sein d’un groupe, une cohésion sociale », indique Emmanuel Bigand. Des ateliers musicaux permettent ainsi, remarque le scientifique, d’apprendre aux enfants à mieux communiquer – essentiel pour construire une école du vivre ensemble.

La Revue de Sèvres propose  d’observer plusieurs expériences illustrant le pouvoir de la musique, dans 7 pays : l’Inde, Trinité-et-Tobago, le Sénégal, le Danemark, la France, l’Afrique du Sud et le Venezuela. Apprentissage de la citoyenneté, instrument de communication et enjeu de socialisation : « les cultures sont différentes selon les pays, mais les résultats sont les mêmes : la musique et son pouvoir sont universels », indique Emmanuel Bigand.

Un outil de socialisation et de citoyenneté

"Pan in the classroom" : des ateliers musicaux autour de l'apprentissage du steel-drum, organisés dans les écoles de Trinidad-et-Tobago / Pan On The Net

« Pan in the classroom » : des ateliers musicaux autour de l’apprentissage du steel-drum, organisés dans les écoles de Trinidad-et-Tobago / Pan On The Net

A Trinité-et-Tobago, l’apprentissage du steel-drum, un instrument de percussion, lors d’ateliers organisés à l’école est décrit comme un outil de socialisation et d’apprentissage de la citoyenneté. En jouant dans un « steelband » – un orchestre, constitué de steel-drums de différents registres – , les musiciens en herbe apprennent à « partager la musique », afin de jouer en rythme.

En faisant attention à l’instrument de son camarade, la musique développe l’empathie envers l’autre, au sein d’un « jeu politique ». « Être membre d’un steelband, c’est apprendre à fonctionner à 100, prendre sa place dans un complexe social, dans une école de la vie », écrit Aurélie Helmlinger, chercheuse au CNRS. L’intégration dans un groupe de musique développe ainsi chez le musicien, des compétences cognitives, mais aussi sociales, « car la musique se réalise en une forme de sociabilité », ajoute-t-elle.

A Copenhague, au lycée Saint-Anne, foyer d’une « intense tradition chorale » (une école de chant réunit tous les lycéens), la musique joue un rôle prépondérant auprès des élèves : ces derniers la décrivent comme la base de leur communauté. « Plus qu’un savoir spécifique, elle renforce la discipline intellectuelle, promeut la culture générale, et offre un répit à la pression scolaire », note Henrik Reeh, professeur d’études urbaines et de culture moderne à l’université de Copenhague. Selon lui, la musique nourrit la culture générale des élèves, et permet de créer une  « communauté musicale » soudée.

Orchestre à l’école : des retombées positives

En France, la revue s’attarde sur le dispositif « Orchestre à l’école ». Déployé en Mayenne, ses retombées sont positives,  en termes de développement de compétences solides et variées chez les élèves. Selon Denis Waleckx, DASEN (directeur académique des services de l’Éducation nationale), « au-delà des compétences musicales, ce sont les compétences sociales et civiques, ainsi que l’autonomie, qui sont reconnues comme des marqueurs forts du dispositif de classe-orchestre ». Ainsi, participer à un projet collectif et travailler en autonomie concourt à créer un groupe, à favoriser une « intégration sociale transférable », mais permet aussi de renforcer l’estime de soi et la motivation.

Outre cet exemple inspirant, Emmanuel Bigand déplore, en règle générale, la place très restreinte de la musique dans l’école française. Alors qu’en maternelle, beaucoup d’activités sont musicales, « et permettent d’aider au développement de l’enfant, tout est cassé ensuite par les programmes », regrette le scientifique. Au collège et au lycée, la musique est ensuite cantonnée à une seule discipline dédiée. « Sa place dépend du prof. En outre, il n’y a pas assez d’heures », remarque Jean-Charles Léon, professeur agrégé de musique au collège de Saint-Germain-sur-Morin (77). L’enseignant plaide ainsi pour une « diffusion de la musique dans les autres matières », qui permettrait de donner à chaque cours une « entrée rythmique ».

« Il faut réintroduire une éducation musicale à l’école »

« Il faut réintroduire une éducation musicale à l’école, le plus tôt possible (dès la maternelle), de façon stable et non ponctuelle, avec une vraie réflexion disciplinaire », estime Emmanuel Bigand. Selon lui, les musiciens qui interviennent à l’école primaire devraient notamment être formés à la psychologie du développement, ainsi qu’aux besoins de l’enfant. Et de conclure : « sans activités musicales, on perd un outil de socialisation, qui permettrait notamment de  récupérer des élèves en difficulté, surtout dans les écoles difficiles »

Depuis son arrivée rue de Grenelle, Jean-Michel Blanquer affirme son envie de développer l’éducation artistique et culturelle à l’école, au collège et au lycée. Un travail réalisé avec le ministère de la culture devrait se concrétiser en 2018 par des mesures visant à « développer l’ensemble des pratiques culturelles, du primaire au secondaire, avec une insistance toute particulière sur la musique ».

La musique peut être utilisée dans d’autres matières – exemple avec cette chanson de rap d’Issaba, prof de maths.

 

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