Antoine Prost : « La semaine de 4 jours prépare des générations d’analphabètes »

Pour la rentrée 2017, les maires ont pu choisir la semaine de 4 jours à l'école primaire. Antoine Prost, historien de l'éducation, a signé, avec d'autres universitaires, une tribune dans Le Figaro les exhortant à ne pas faire ce choix.

Antoine Prost, historien spécialiste de l'éducation

Antoine Prost, historien spécialiste de l’éducation

Vous avez signé le 10 octobre une tribune dans Le Figaro appelant les maires à refuser la semaine de 4 jours. Pourquoi ?

L’un des principaux problèmes que pose la semaine de 4 jours, c’est qu’elle laisse penser que toutes les heures se valent. Or raisonner ainsi c’est ne pas tenir compte des capacités d’apprentissage des enfants. Remplacer le mercredi matin par des heures de fin de journée c’est oublier qu’ils apprennent mieux le matin. On remplace donc des heures propices à l’apprentissage par des heures où les enfants sont fatigués et n’apprennent plus. Dans les faits, cela revient à diminuer le temps d’enseignement. Et nous n’en avons pas besoin.

Etes-vous aussi pour la réduction des vacances scolaires ?

Absolument, et pour faire un peu de provocation j’irais même jusqu’à dire que je suis pour la semaine des quatre jours, à condition qu’on enlève un mois de vacances scolaires. Il faut être cohérent : si on tient absolument à ne faire que 4 jours, pourquoi la seule solution serait-elle de rallonger les journées ?

S’il n’y a aucun avantage pédagogique à maintenir la semaine de quatre jours, pourquoi la pratique-t-on toujours ?

Parce que, pour les enseignants, venir travailler cinq fois par semaine c’est très contraignant socialement. Prenons l’exemple de la région parisienne : le salaire d’un professeur des écoles ne permet plus d’y habiter, il est donc soumis à la migration pendulaire et passe deux heures dans les transports. C’est un vrai problème! Mais ce sont les intérêts des enseignants qui sont entendus avant tout avec cette possibilité de retour à la semaine de quatre jours, pas ceux des enfants. Ma position est de dire que, malgré tout, l’Etat doit prendre ses responsabilités et imposer les 4,5 jours.

Comment expliquer qu’au contraire l’Etat se désengage sur cette question en laissant le choix aux maires ?

Je ne l’explique pas, mais je le constate. Et le déplore. Autoriser des semaines de 4 jours et d’autres de 4,5, c’est instaurer une inégalité entre les élèves. Or l’égalité entre les citoyens étant un grand principe constitutionnel, j’irais jusqu’à dire que cette mesure est antidémocratique.

Les élèves qui iront dans une école qui pratique la semaine de quatre jours seront donc défavorisés?

C’est plus compliqué que cela. Les classes favorisées ne souffrent pas de la semaine de quatre jours. Dans leurs milieux sociaux, leurs enfants ne cessent d’apprendre. Ils apprennent avec les copains, ils apprennent à table, où l’on parle de sujets variés, avec un vocabulaire riche. Mais ce n’est pas le cas pour les familles défavorisées, pour elles, pas d’école le mercredi cela signifie les gamins plus longtemps dans la rue. Cela n’a rien de nouveau, au début du siècle il y en avait déjà beaucoup, mais ils y étaient moins longtemps parce qu’ils avaient école tous les jours sauf le jeudi et le dimanche.

Depuis le début du siècle, on assiste donc à une réduction du temps scolaire ?

Globalement oui, de 1960 à aujourd’hui on est passé de 30h à 24h d’école par semaine. On a donc enlevé un cinquième du temps scolaire. A titre comparatif, comme l’école primaire dure cinq ans, c’est comme si on faisait, en 2017, le programme des années 1960 en un an de moins. Les élèves d’aujourd’hui ont tous sauté une classe. A cela s’ajoute le fait que leurs enseignements se sont diversifiés : langues vivantes, code de la route… Je ne le déplore pas, mais il faut arrêter de faire croire aux gens que l’on peut faire plus avec moins. A ce rythme-là nous sommes simplement en train de préparer des générations d’analphabètes.

42 commentaires sur "Antoine Prost : « La semaine de 4 jours prépare des générations d’analphabètes »"

  1. LALLEMAND  19 octobre 2017 à 18 h 03 min

    Quel culot ! L’intérêt des enseignants serait plutôt d’être suffisamment bien payés pour pouvoir vivre à Paris !Signaler un abus

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  2. profencolère  19 octobre 2017 à 22 h 21 min

    « Mais ce sont les intérêts des enseignants qui sont entendus avant tout avec cette possibilité de retour à la semaine de quatre jours, pas ceux des enfants. »

    Ceci est complètement faux, l’intérêt des enseignants passent toujours en dernier ! Comme si nous décidions de quelque chose dans les rythmes… Dans mon école à 4,5 jours, le maire veut faire passer des questionnaires aux parents pour avoir leur avis. Il veut aussi tenir compte de l’avis de Conseil d’école.
    Si l’Etat a fait cette proposition de revenir à 4 jours, c’est uniquement pour faire des économies et ne plus donner de subventions aux mairies.

    « A ce rythme-là nous sommes simplement en train de préparer des générations d’analphabètes. »

    Rien que ça ! L’éducation nationale n’a pas attendu la semaine de 4 jours pour fabriquer de « mauvais » élèves ! Chaque génération a eu son lot depuis Jules Ferry. Et pour information, on ne dit pas analphabète pour quelqu’un qui est allé à l’école, mais illettré. Je vais pouvoir me dire aussi spécialiste de l’éducation, on dirait… 🙂Signaler un abus

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    • Melba  20 octobre 2017 à 16 h 52 min

      Vous êtes enseignant, mais vous ne maîtrisez visiblement pas l’accord sujet-verbe !Signaler un abus

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      • profencolère  30 octobre 2017 à 22 h 29 min

        Effectivement, l’intérêt des enseignants passE… vraiment désolée pour cette erreur qui vient à la fin d’une journée épuisante de 11 h après une journée de classe + un RDV de parents pas commodes + un conseil d’école… et sans relecture de mon texte.

        J’aurais préféré une attaque sur le fond…Signaler un abus

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  3. julia  20 octobre 2017 à 7 h 41 min

    Je suis d’accord d’une certaine facon mais le probleme est que l’état a donné libre droit aux mairies, du coup, certains avaient école le samedi d’autres le mercedi. Certains terminaient plus tot un jour, les autres tous les autres jours à 15 h45 C’était inégal. De plus, l’organisation des t.a.p pour le jour où il n’y avait pas cours l’aprés-midi, était inégalitaire. Les villes riches avaient d’excellents t.a.p les autres non. Si on change les choses autant le faire avec des regles nettes et valables pour tous. sinon autant revenir a’ l’ancien syst’eme. (dsl pour les accents)Signaler un abus

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  4. le moal andrée  20 octobre 2017 à 12 h 37 min

    Ce monsieur a t il déjà enseigné?
    Par expérience , j ‘ai constaté que les enfants arrivent fatigués lorsque les cours commencent avant 9h,voilà un problème à soulever!Signaler un abus

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  5. Densi  20 octobre 2017 à 16 h 34 min

    Je suis globalement d’accord avec A. Prost (j’irai même plus loin avec davantage de temps le matin ayant moi-même travaillé dans l’expérimentation ap-midi sans cartable) sauf que
    1- rien n’a jamais été évalué, on se base sur des observations + ou – farfelues de chrono biologistes
    2- ce qui est valable en élémentaire ne l’est pas obligatoirement en maternelle
    3- Nombre de 4,5 jours supprimaient le vendredi ap-midi sans raccourcir la journée
    4- lorsque l’on voit la répartition actuelle des vacances, on voit que ce n’est pas le seul problème…Signaler un abus

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