Restauration et architecture scolaires : des inégalités et des espaces encore inadaptés (Cnesco)

Le Cnesco s'est penché sur la qualité de vie scolaire, dans le secondaire. Il souligne une disparité d’accès à la restauration, et des espaces inadaptés à la pédagogie différenciée.

51% des cantines proposent du bio (Copyright : B.Larvol - CG72)

Restaurant scolaire / B.Larvol – CG72

Le Cnesco (Conseil national d’évaluation du système scolaire) publie un rapport sur la qualité de vie scolaire, destiné à répondre à la question suivante : « l’école propose-t-elle un cadre de vie favorable aux apprentissages et au bien-être des élèves ? »

L’enquête du Cnesco se penche sur deux champs jusqu’ici peu étudiés par les chercheurs : la restauration et l’architecture scolaires, dans les collèges et les lycées.

Des cantines devenues des restaurants scolaires

“En France, un service de restauration scolaire est proposé dans la quasi-totalité des établissements du second degré, alors que d’autres pays (Norvège, Danemark…) ne proposent pas systématiquement de repas à leurs élèves”, remarque le Cnesco. Selon son étude, la cantine traditionnelle a cédé la place, dans 93% des collèges / lycées, à des “espaces plus modernes” (self-service, buffets, îlots).

Comme le note Nathalie Mons, présidente du Cnesco et sociologue, “les espaces de restauration se sont modernisés, les menus diversifiés, les activités extrascolaires sur la pause méridienne multipliées. 70 % des collégiens s’y restaurent, soit une fréquentation en très forte progression (en 1996, seuls 55 % étaient inscrits à la cantine)”.

Une progression du « slow food », mais le bio reste marginal

Children eating school meals / USDA / Flickr / Licence CC

Children eating school meals / USDA / Flickr / Licence CC

Selon le rapport, 63% des restaurants scolaires proposent des « plats principaux multiples », avec des produits frais et locaux « très présents ». Pour Nathalie Mons, il s’agit de « progrès significatifs très positifs, puisque la recherche montre le lien entre des repas équilibrés, la santé mais aussi la qualité des apprentissages ». Alors que dans beaucoup de pays, comme l’Autriche ou les Pays-Bas, les enfants « amènent leur lunch box », la France « s’impose comme le pays du slow food jusque dans ses écoles », indique-t-elle.

Toutefois, les produits bio restent “marginalisés” : ainsi, seuls 8 % des établissements proposent plus de 25 % de produits bio dans leurs repas. En outre, les restaurants scolaires « proposent rarement une alternative végétarienne » (un établissement sur quatre déclare avoir été interpellé sur le manque de diversité des repas), et ne mettent pas toujours en place un dispositif de tri sélectif, indique le rapport.

Une « réelle disparité d’accès » à la restauration scolaire

Selon le Cnesco, malgré les progrès de la restauration scolaire, émerge une « réelle disparité d’accès selon les catégories socioprofessionnelles des parents ». Si 29 % seulement des collégiens ne sont pas inscrits à la cantine, c’est le cas de près de 59 % d’entre eux en éducation prioritaire.

Dans les collèges classés en REP+, notamment, seul un élève sur quatre est inscrit au restaurant scolaire. En outre, au collège, les élèves issus de familles défavorisées sont deux fois plus nombreux (40 % d’entre eux) à ne pas manger à la cantine que les élèves issus de familles favorisées (22 %) et très favorisées (17 %).

Face à cette disparité d’accès à la restauration scolaire, le Cnesco constate que des politiques tarifaires liées aux ressources des familles « ne sont pas systématiquement mises en place par les collectivités territoriales » pour adapter le prix du repas aux ressources des familles. Ainsi, 55 % des établissements du second degré n’ont pas de politique tarifaire pour leurs élèves « les plus démunis ».

BYOD : utiliser smartphone et réalité augmentée en cours d’anglais / Reportage VNI

BYOD et AR en cours d’anglais / Reportage au collège de Saint-Julien-en-Genevois.

Un environnement « propice au travail »

« Pour la majorité des collèges et lycées (72 %), l’aménagement des espaces participe à créer un environnement propice au travail », indique le Cnesco. « Mais ce n’est pas toujours le cas », ajoute-t-il : en effet, 5 % d’entre eux affirment que le cadre de leur établissement est vétuste, surtout en REP+.

En outre, note le Cnesco, de nombreux établissements continuent d’être interpellés sur la température, la luminosité et l’insonorisation des salles. Beaucoup déclarent aussi « ne pas avoir suffisamment de sanitaires », avec des difficultés d’approvisionnement en produits hygiéniques (papier, savon).

Des lieux réservés au travail en autonomie

Selon Nathalie Mons, « le bâti s’est amélioré » depuis 30 ans, « sous l’impulsion de la décentralisation ». Les établissements français ne sont plus, estime-t-elle, « des enceintes austères uniquement centrées sur l’enseignement. » Ainsi, les élèves bénéficient d’espaces pour y conduire un travail personnel, dans des lieux variés (CDI, salles d’étude, salles de classe, salles informatiques) ; ainsi que de « lieux de détente et d’expression ».

« Des efforts, notamment au lycée, sont faits pour permettre aux élèves de s’approprier, voire de co-gérer des lieux comme les foyers ou les cafétérias des établissements (présentes dans 35 % des lycées) », écrit le Cnesco. La quasi-totalité des établissements offre aussi des activités extrascolaires dans leur enceinte (sport, musique, théâtre).

La "classe mutuelle" de Vincent Faillet

La « classe mutuelle » de Vincent Faillet, au lycée Dorian, Paris XI.

Des espaces « peu adaptés à la pédagogie différenciée »

« Les pratiques pédagogiques évoluent et demandent plus de modularité des espaces, afin de pouvoir faire varier les situations d’apprentissage. Ces évolutions doivent être accompagnées par la mise à disposition d’un mobilier spécifique, plus léger et facilement déplaçable. Pourtant, le mobilier scolaire semble encore assez peu adapté », indique le Cnesco. Selon son enquête, deux établissements sur trois déclarent ne pas disposer de mobilier adapté facilitant la modularité des espaces de travail.

« L’enseignement différencié est valorisé – à juste titre –, mais le mobilier des classes ne permet pas facilement d’aménager les classes pour faire travailler les élèves en ateliers par exemple. Ces espaces modulables n’existent pas encore », explique encore Nathalie Mons, pour qui « le bâti, les aménagements architecturaux, et jusqu’aux mobiliers de classe se révèlent être aujourd’hui autant de freins aux nouvelles orientations pédagogiques ».

Concernant les besoins numériques, les établissements se révèlent en majorité « peu adaptés », avec une connexion internet (WiFi) inaccessible aux élèves dans 22 % des collèges et lycées. Comme le remarque le Cnesco, seuls 36 % des établissements du second degré disposent d’une connexion accessible aux jeunes et aux enseignants.

Peu d’espaces dédiés à la collaboration entre enseignants

« Le travail en équipe est encouragé au sein de l’Education nationale. Mais les configurations des espaces au sein des établissements ne sont pas encore totalement adaptées à ces nouvelles orientations », indique enfin le Cnesco. Ainsi, si la quasi-totalité des établissements du second degré disposent d’une salle des professeurs permettant à l’équipe pédagogique de se réunir, les enseignants « ne peuvent se retrouver dans une salle de réunion que dans la moitié des établissements, ou plus rarement, dans une salle de classe disponible (27 %) », conclut l’étude.

1 commentaire sur "Restauration et architecture scolaires : des inégalités et des espaces encore inadaptés (Cnesco)"

  1. Dean Corso  3 octobre 2017 à 22 h 33 min

    le pain mou.la polenta bloc trop sèche, le rosbeef dur , les tomates rouges tres claires .un camembert emballé et un yaourt aromatisé.
    On ne peut pas parler de la restauration. on peut juste parler comme toujours de la CantineSignaler un abus

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