Allemand : la réparation est amorcée

En pleine rentrée 2017, qu’en est-il de la situation de l’allemand, discipline lourdement fragilisée par la réforme du collège ? Thérèse Clerc, présidente de l’ADEAF, nous répond.

Thérèse Clerc

Thérèse Clerc

L’enseignement de l’allemand a été fragilisé par la réforme du collège. Un an après son application, quelles sont les répercussions sur cette discipline ?

Effectivement, notre discipline a été fortement ébranlée par la réforme du collège. A la rentrée 2016, le nombre d’heures attribuées à l’allemand dans les dotations horaires des collèges a connu une baisse importante et la situation des enseignants d’allemand en collège s’est dégradée avec la suppression de nombreuses sections bilangues et toutes les sections européennes. En ce qui concerne les effectifs d’élèves, la situation est également inquiétante. Les chiffres de la rentrée 2016, récemment publiés par la DEPP, confirment nos observations sur le terrain. Le nombre d’élèves de 6e apprenant l’allemand est en baisse de 25% ce qui correspond à la fermeture de nombreuses bilangues à la rentrée 2016. Alors que l’apprentissage de la  LV2 débute désormais en classe de 5e et qu’une classe d’âge supplémentaire est concernée, l’augmentation du nombre d’élèves apprenant l’allemand au collège a été très faible, tandis que la progression de l’espagnol est très importante (respectivement + 0,9 % et +15,45 %, +0,9 % pour l’italien). L’écart entre les langues va se creuser et la diversité linguistique régresser. En plus de l’anglais, que tous les élèves apprennent, 5 % d’une classe d’âge apprend l’italien au collège, 75 % l’espagnol et 18 % l’allemand. Ce n’est pas à la hauteur de la coopération franco-allemande dans les domaines politiques, économiques et culturels. L’allemand est un vrai plus pour les élèves. Il faut une politique volontariste pour promouvoir son apprentissage.

En juin dernier, des premières mesures ont été prises par le ministère de l’Éducation nationale en faveur de l’allemand. Qu’en pensez-vous ?

Ces mesures sont positives. Nous nous réjouissons de l’assouplissement de la réforme du collège concernant les langues. Ces premières dispositions, publiées le 18 juin 2017, répondent en grande partie aux demandes de l’ADEAF avec notamment :

– la suppression de l’exigence de continuité pour l’apprentissage d’une autre langue que l’anglais en enseignement facultatif en 6e à raison de 6 heures hebdomadaires pour les deux langues ;
– un enseignement facultatif de complément dans une LV à partir de la 5e dans la limite de 2 heures qui peut permettre le rétablissement des sections européennes ;
– la possibilité d’enseigner une autre discipline en langue vivante dès la 5e.

Le gouvernement a ainsi permis aux collèges qui le souhaitaient d’ouvrir dès cette rentrée des sections bilangues et européennes. C’est une bonne chose de pouvoir offrir plus de temps pour apprendre les langues. Mais cette possibilité n’est pas accompagnée de moyens spécifiques et nous nous interrogeons sur leur mise en œuvre réelle.

classes bilangues allemand

Sergey Novikov – Shutterstock

Qu’attendez-vous concrètement de la part du nouveau ministre de l’Éducation nationale ?

Nous attendons bien évidemment la réparation de ce qui a été dégradé ainsi qu’une action volontariste pour soutenir et développer l’enseignement de l’allemand. Cela passe par la promotion de l’ouverture de sections bilangues allemand-anglais, la définition d’un parcours bilangue à parité horaire de la 6e à la 3e avec des moyens dédiés, des dotations horaires spécifiques, pour que l’enseignement de l’allemand ne soit pas mis en concurrence avec d’autres enseignements facultatifs ou des dispositifs de soutien aux élèves.

Il faudrait aussi limiter à 2 le nombre d’établissements d’exercice afin que les enseignants puissent  assurer correctement les échanges de classes ou individuels, les certifications, la journée franco-allemande,… Il faut envoyer des signaux positifs aux enseignants et aux futurs enseignants d’allemand et rendre la profession attractive.

Le 29 août, l’ADEAF a lancé une enquête auprès de ses enseignants sur la situation de l’allemand. Quel en est l’objectif ?

Cette enquête vise à collecter des informations sur l’évolution de la situation des enseignants d’allemand du second degré depuis 2015 ainsi que sur  la situation de l’allemand dans les collèges lors des différentes rentrées scolaires (avant la réforme, pendant et après son aménagement). Nous aurons des éléments pour voir dans quelle mesure l’assouplissement de la réforme a été effectivement utilisé par les chefs d’établissement à cette rentrée 2017. Au-delà des chiffres, l’ADEAF veut recueillir les témoignages des enseignants d’allemand sur la façon dont ils vivent leur situation et son évolution.

cours de collège

© Monkey Business – Fotolia

Disposez-vous des premiers résultats ?

L’enquête est toujours en cours. Il est encore trop tôt pour dresser un bilan chiffré. Néanmoins, à la lecture des  premières réponses, on voit que le terme le plus fréquemment employé par les enseignants pour décrire leur situation à la rentrée 2016 est « dégradée ». Pour 2017, c’est « amélioré » et « stable » mais on trouve aussi « précaire » et « difficile », « fragile », « incertain ». Il y a bien les prémices d’une évolution positive mais tout n’a pas été réparé à cette rentrée…

En résumé, pour vous, où en est-on avec l’enseignement de l’allemand ?

Les enseignants d’allemand ont retrouvé des raisons d’espérer. Ils vivent toutefois une situation dégradée et attendent une reconstruction de leur discipline. Des mesures volontaristes doivent être proposées pour faire en sorte que l’allemand se développe dans le plus de collèges possibles et que cette langue trouve une place à la hauteur de l’intérêt des jeunes. Ces derniers doivent pouvoir bénéficier de tous ce que propose l’apprentissage de l’allemand (études franco-allemandes, stages, mobilité à l’étranger…). Il ne faut pas oublier que l’allemand reste la deuxième langue la plus demandée sur le marché du travail ! Des signaux positifs ont été émis par le président de la République et par le ministre de l’Éducation nationale. Nous attendons une manifestation concrète de cette volonté dans tous les établissements scolaires.

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