“Il est temps de sortir de l’école du baratin” (Francette Popineau, SNUIPP)

Pour le SNUIPP, "tout est encore trop flou". A quelques jours de la rentrée, le syndicat du primaire ne cache pas ses inquiétudes face aux annonces de Jean-Michel Blanquer, et l'incite à "donner des orientations claires".

Régis Metzger, Francette Popineau et Arnaud Malaisé, co-secrétaires généraux du SNUIPP / 28 août 2017

Régis Metzger, Francette Popineau et Arnaud Malaisé, co-secrétaires généraux du SNUIPP / 28 août 2017

“Il est temps de sortir de l’école du baratin”. Lors de la conférence de rentrée du syndicat des profs des écoles, le 28 août, Francette Popineau, co-secrétaire générale du SNUipp-FSU, ne mâchait pas ses mots, incitant Jean-Michel Blanquer à “donner des orientations claires”, et ne cachant pas ses inquiétudes face à plusieurs mesures annoncées par le ministre. Après la conférence du ministre, le 29 août, son regard n’a pas changé : “tout est encore trop flou”.

“Non au jeu de yoyo”

Portant un projet de “réorientation” pour l’Education nationale, avec pour priorité la lutte contre les inégalités sociales et scolaires, le SNUIPP propose dans son dernier “Livre Blanc” de “s’appuyer sur les enseignants” – notamment en “reconnaissant leur investissement en terme de temps de travail”, en revalorisant leurs salaires et en “dégageant du temps d’accompagnement pour une véritable formation continue”.

Le syndicat préconise aussi d’investir davantage dans l’école, en direction de l’éducation prioritaire, de la scolarisation des moins de 3 ans, des contractuels non-enseignants, et des dispositifs d’inclusion scolaire. Or, pour Francette Popineau, “les réformes actuelles ne répondent pas tout à fait à ces enjeux”.

Dénonçant le “jeu de yoyo” qui s’opère selon l’alternance politique, alors que l’éducation “doit s’inscrire dans le temps long”, la porte-parole du SNUIPP estime que Jean-Michel Blanquer “démarre mal en ce qui concerne la fameuse confiance qu’il prétend rétablir dans l’École”. Ainsi, “en réveillant un vieux débat sur la méthode globale pour l’apprentissage de la lecture, et en remettant en cause la politique d’éducation prioritaire de Najat Vallaud-Belkacem à travers le dédoublement des classes de CP en REP+ au détriment du dispositif Plus de Maîtres que de Classes (PDMQDC), le ministre fait preuve de dogmatisme et envoie un message négatif à l’opinion”, explique-t-elle.

CP à 12 en REP+ et PDMQC : “un détournement de fonds”

Parmi les principales inquiétudes du SNUIPP, le devenir de Plus de Maîtres que de Classes. Quelque 4311 postes devraient être créés en primaire à la rentrée – une promesse initiale de Najat Vallaud-Belkacem. Mais, remarque le syndicat, “leur répartition a été profondément modifiée, en raison de la création précipitée des CP à 12 en REP+.” Ainsi, ces derniers sont “pris en grande partie sur la réserve de rentrée et sur les postes de PDMQDC”.

Selon une enquête du SNUIPP, sur les 4311 postes créés à l’origine pour abonder les remplacements, la scolarisation des moins de 3 ans et les REP en ‘maîtres Plus’, ainsi que pour aider les RASED, 633 postes de PDMQDC seront fermés et ré-affectés. Au lieu de 884 nouveaux postes PDMQDC comme prévus auparavant, le ministère devrait n’en créer que 251, “fragilisant et réduisant la portée du dispositif au profit des CP à 12”, note le syndicat.

Pour Francette Popineau, le dédoublement des classes de CP en REP et REP+ n’est qu’un “détournement de fonds”, puisque Jean-Michel Blanquer “n’a en fait créé aucun poste, mais s’est servi de la prévision de budget du ministère précédent”.

Pendant sa conférence de rentrée, Jean-Michel Blanquer a assuré que “les deux tiers du dispositif seront préservés, avec entre 2000 et 2300 postes ‘plus de maîtres’ à la rentrée”. Pour le ministre, pas question de supprimer le PDMQDC : “je lui laisse sa chance”, affirme-t-il.

“Nous aurions souhaité que le dispositif tel qu’il était soit maintenu, et que l’on ne retire pas un tiers des nouveaux postes originellement prévu, afin de pouvoir comparer réellement le PDMQDC et les classes à 12″, regrette Francette Popineau. “Si l’on voulait vraiment bâtir une École de la confiance, il ne fallait pas détruire ce que les enseignants avaient mis en oeuvre : il s’agit d’un mauvais signal pour les maîtres Plus”, maintient-elle.

Évaluation en début CP : “que fera-t-on de ce constat ?”

Les portes manteaux à l'école © kriss75

Les portes manteaux à l’école © kriss75

La co-secrétaire générale du SNUIPP ne cache pas non plus ses interrogations face aux évaluations qui devraient être mises en place au début du CP. “Nous nous posons la question de leur sens : il s’agit de faire un constat, très tôt dans l’année… mais qu’en fait-on ensuite ?”, questionne-t-elle.

“Les enseignants n’ont pas besoin de l’évaluation en tout début d’année pour voir ceux qui sont vraiment perdus et en grandes difficultés… Mais dans le cas d’un tel diagnostic, qu’auront-ils comme aide pour dépasser le stade du constat, et permettre aux enfants de progresser ?”, interroge encore Francette Popineau, pour qui Jean-Michel Blanquer n’est pas “allé au bout de ce qu’il allait apporter à l’école en matière de remédiation et d’aide concrète”.

Contrats aidés : “de nombreuses écoles déstabilisées”

Francette Popineau et le SNUIPP s’inquiètent aussi de la réduction des contrats aidés, dont 23.157 ne seront pas renouvelés pour l’Education nationale à la rentrée 2017. “Je ne vois pas en quoi il s’agit d’une mesure courageuse, puisque ces contrats permettent de fournir une aide administrative aux directeurs d’école (AADE) et d’accompagner les élèves en situation de handicap (assistants de vie scolaire – AVS)”, remarque la co-secrétaire générale du syndicat, faisant allusion aux propos tenus par Jean-Michel Blanquer dans Les Echos mi-août.

Pour Francette Popineau, la décision de réduire le nombre de contrats aidés risque de “déstabiliser de nombreuses écoles” et d’impacter l’inclusion scolaire. Et de remarquer qu’en Normandie, plusieurs écoles ont reporté la rentrée d’une semaine, faute de personnel d’encadrement suffisant. Selon la porte-voix des profs du primaire, deux autres communes menaceraient de joindre le mouvement dans le Gard et dans plusieurs autres régions, des établissements seraient “sous tension”.

Le 29 août, Jean-Michel Blanquer s’est voulu rassurant, promettant “des solutions” pour ces écoles. “Mais quelles solutions trouvera-t-il pour les directeurs qui se retrouveront à faire beaucoup de paperasse, au lieu de communiquer avec les familles ou de plancher sur des projets pour leurs écoles ?”, questionne la porte-parole du SNUIPP.

école primaire rythmes scolaires

Monkey Business Images – Shutterstock

Selon Jean-Michel Blanquer, les 50.000 contrats aidés d’AVS seront maintenus cette année. Mais le syndicat reste malgré tout inquiet : “le ministère nous dit que l’on supprimera d’abord des AADE, mais ce n’est pas si simple, car il faut attendre les fins de contrats pour les faire disparaître… or, si le contrat d’un AVS s’arrête avant celui d’un aide administrative, comment fait-on ?”

Lecture : “les méthodes ne suffisent pas”

Lors de sa conférence de rentrée, le ministre de l’Education nationale a assuré n’avoir “jamais dit que la méthode globale pure et absolue s’applique encore dans notre système éducatif ; mais qu’il en reste des traces, qui nuisent à l’apprentissage”, et qu’il ne s’agit pas d’un “faux débat”, visant ouvertement le SNUIPP, qui lui reprochait récemment d’avoir “déterré un vieux débat à quelques jours de la rentrée, brisant finalement la confiance dans l’école”.

Francette Popineau remarque que “ce n’est pas nous qui avons ouvert ce débat, mais bel et bien le ministre, en opposant les méthodes globales et syllabiques”. S’avouant “ravie de voir que Jean-Michel Blanquer reconnaît qu’il n’existe plus de méthode globale”, la syndicaliste souligne toutefois qu’il “laisse entendre que des choses néfastes persistent dans les classes, ce qui signifie qu’il pense que c’est l’affaire d’une méthode d’apprentissage, seule à même de résoudre les problème de l’École”.

Or, remarque-t-elle, “un certain nombre d’élèves peinent, ont des difficultés à rentrer dans la complexité des textes, et penser cela seulement en termes pédagogiques ne suffit pas – il faut apporter des aides complémentaires : enseignants spécialisés, effectifs abaissés, formation des maîtres…”

“Nous ne demandons pas une pluie de réformes, juste que l’on écoute les enseignants”

Alors que Jean-Michel Blanquer annonce une hausse du budget de l’Education nationale, qui devrait passer de 49,3 à 50,5 milliards d’euros, le SNUIPP demande au gouvernement d’être plus précis sur l’utilisation des sommes allouées, mais surtout “d’amplifier” ce budget, et de “créer plus de postes d’enseignants”. Francette Popineau ne cache pas, une fois encore, ses inquiétudes : “si l’on continue à dédoubler les CP et les CE1 en REP/REP+, cela coûtera à terme 12.500 postes. Or, le budget annoncé n’est pas suffisant dans cette optique”.

Finalement, conclut-elle, “nous ne demandons pas une pluie de réformes, mais simplement que l’on respecte, que l’on reconnaisse et que l’on écoute les professeurs afin de répondre à leurs besoins urgents ; et que soient menées des politiques allant réellement dans le sens de la lutte contre les inégalités scolaires”.

2 commentaires sur "“Il est temps de sortir de l’école du baratin” (Francette Popineau, SNUIPP)"

  1. Dean Corso  2 septembre 2017 à 13 h 41 min

    on connait Popineau. Plus polémique que pertinente. Pas grand chose à en attendre. Jean Michel Blanquer est au travail de façon rigoureuse. les mesures du gouvernement devraient produire leurs effets rapidement. On aura au moins des enfants qui sauront lire en 6e. Personne n’attend de Popineau des formules lancées en l’air pour faire leurs effets mais qu’elle soit enfin capable de sortir de ses caricatures pour réfléchir à l’intérêt des enfants.Signaler un abus

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  2. F.Cagniart  2 septembre 2017 à 14 h 28 min

    Monsieur le Ministre de l’Education Nationale a le mérite d’essayer de nouvelles pistes alors que nous sommes souvent dans des impasses.
    Il serait également utile d’évaluer ce qui est entrepris avant de mettre en place de nouvelles mesures éducatives.Signaler un abus

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