Amphi inversé : « le cours magistral traditionnel ne fonctionne plus »

La classe inversée fonctionne aussi à l'université. A Toulouse III, des enseignants utilisent “l’amphi inversé” pour transformer le cours magistral et le rendre interactif.

L'amphi "inversé" et "interactif" de Brahim Lamine / UPMC

L’amphi « inversé » et « interactif » de Brahim Lamine / UPMC

A l’université Paul Sabatier de Toulouse, Brahim Lamine, maître de conférences en physique et chercheur en astrophysique, voulait “redonner de la valeur ajoutée à l’amphi”- motiver ses très nombreux étudiants, attiser leur attention, afin de réduire “la faiblesse de leur compréhension des concepts de physique”, constatés en fin de L1.

Depuis 2014, grâce à la classe inversée, qu’il a rebaptisée dans son cas “l’amphi inversé et interactif”, les élèves ont davantage de temps pour “s’interroger sur les concepts, d’une façon différente”, constate-t-il. Selon l’enseignant, en cours magistral traditionnel, les étudiants (souvent une centaine) sont passifs : “ils se contentent de recopier sur leurs feuilles ce que nous écrivons au tableau – et ce que nous écrivons au tableau, on peut en fait le retrouver dans un livre… Il n’y a qu’un transfert d’information, du livre au tableau, du tableau à la feuille, sans que cela soit très efficace pédagogiquement”. En outre, constate-t-il, “bien souvent, les élèves s’ennuient, ou désertent l’amphi”.

Micro-débats et apprentissage par les pairs

Désormais, en amphi, les élèves ne se cantonnent plus à recopier un cours. “Ils se lèvent et participent, de façon active”, indique Brahim Lamine. Il leur fait visionner, au préalable, des capsules vidéo à la maison, selon le principe de la flipped classroom. Puis, une fois dans l’amphi, place au travail interactif.

Tout d’abord, après avoir abordé un nouveau concept (électromagnétisme, mécanique, etc.), l’enseignant interroge les étudiants afin de vérifier leur compréhension lors de QCM, grâce des boîtiers de vote et à un logiciel, Turning Point, qui lui permet de visualiser, sur un histogramme, ce que pensent les étudiants – et d’adapter son cours.

Un amphi devenu « interactif »

Un mini-débat, lors de l'amphi "interactif" de Brahim Lamine / UPMC

Un mini-débat, lors de l’amphi « interactif » de Brahim Lamine / UPMC

Afin de rendre son amphi interactif, le professeur organise une “instruction par les pairs”, en déclenchant, à partir des résultats obtenus grâce aux boîtiers de vote, une phase d’une dizaine de “micro-débats” (d’une durée de 3-4 minutes), entre étudiants : “l’idée est qu’étant donné qu’ils ne sont pas d’accord entre eux, ils devront essayer de convaincre leurs voisins qu’ils ont la bonne réponse, avec les bons arguments”, explique Brahim Lamine. Un nouveau vote est ensuite réalisé. “Bien souvent, les résultats changent, vers la bonne réponse”, remarque-t-il.

Selon l’enseignant, cet “apprentissage par les pairs” permet aux étudiants de “comprendre des concepts bien plus efficacement”, car bien souvent, “les professeurs expliquent avec leurs pré-requis et leur vocabulaire technique, tandis qu’entre eux, avec leurs mots, les étudiants s’expliquent souvent mieux les choses”. En outre, les étudiants, mis en activité, sont davantage motivés.

Mettre en place un tel enseignement interactif serait impossible sans l’inversion, et le visionnage de vidéos à la maison : “interroger les étudiants avant de lancer des mini-débats prend du temps. Il y a un certain nombre de choses que l’on ne peut plus dire en cours, mais que l’on peut dire avant, à travers des capsules vidéo, des fiches de synthèse ou des polycopiés”, explique Brahim Lamine.

De l’enseignant « transmetteur » au « pédagogue »

L'amphi interactif et inversé fait la part belle aux boîtiers de vote et à l'apprentissage entre pairs / UPMC

L’amphi interactif et inversé fait la part belle aux boîtiers de vote et à l’apprentissage entre pairs / UPMC

L’amphi inversé et interactif s’est désormais généralisé à Toulouse III, et est aussi utilisé par d’autres professeurs en L1 et L2 – en maths, en chimie, en anglais et en informatique. Enseignant-chercheur à l’IRIT (Institut de Recherche en Informatique de Toulouse) de l’université Paul Sabatier, André Aoun s’est ainsi lancé dans l’inversion des cours afin “d’accrocher” davantage les étudiants et de “s’assurer qu’à la fin, ceux-ci ont bien intégré ce que je leur ai expliqué”.

Le fonctionnement de son cours est proche de celui de Brahim Lamine. Après avoir visionné des vidéos chez eux, les étudiants (une cinquantaine) se rendent dans l’amphi et participent à un quizz en temps réel, portant sur le concept abordé dans les capsules. Ceux qui ont bien répondu doivent ensuite “expliquer le bon raisonnement à leurs camarades”, selon le principe de l’enseignement par les pairs.

“Mon métier n’est pas juste de transmettre un savoir qui peut être trouvé ailleurs, notamment sur Internet”, constate André Aoun. L’enseignant-chercheur a changé de posture : “je ne transmets plus uniquement, j’essaie d’accompagner les élèves, tel un pédagogue, qui anime les discussions et explicite les choses quand elles ne sont pas comprises. La partie transmissive est ainsi mise en ligne, et la partie présentielle, axée sur l’échange entre pairs”, note-t-il.

Pour le professeur d’informatique, “le cours magistral traditionnel ne fonctionne plus, car il ne permet aucune interaction… contrairement à la classe inversée, qui permet d’avoir davantage de temps pour accompagner et coacher les étudiants, qui s’investissent beaucoup plus et ont de meilleurs résultats”.

6 commentaires sur "Amphi inversé : « le cours magistral traditionnel ne fonctionne plus »"

  1. Roger merle  6 août 2017 à 16 h 22 min

    on voit mal pourquoi soudainement le cours magistral ne fonctionnerait plus. qu’est ce que c’est que cette histoire ? Comme ça, brutalement du jour au lendemain ? il y a surtout une mode à faire de  » l’inversé « . Au collège le cours inversé « , à la fac le cours inversé. C’est la nouvelle tendance. En 2017 on inverse tout .
    Jusqu’à maintenant on connaissait surtout le flan renversé .Signaler un abus

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  2. Raffenel  7 août 2017 à 14 h 40 min

    C’est vrai pourquoi changerait t-on un système qui fonctionnait très bien au 18ème siècle ? Les gens à former ont-ils changé ? Les modes de vie, de penser, le rapport au savoir ont ils évolué ? Et les outils de communication ?
    Non rien de tout ça …. donc surtout ne changeons rien….. 😉Signaler un abus

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    • Tranntoll  11 août 2017 à 14 h 55 min

      Présenter les éventuels critiques d’une méthode pédagogique « nouvelle » comme des réacs, c’est un procédé ringard, usé jusqu’à la corde depuis un bon demi-siècle. S’il vous plaît, analysons calmement les arguments des « pour » et des « contre », en se basant si possible sur des expériences sérieuses, avant de pondre un jugement qui pourrait obérer l’avenir de toute une génération. Or des arguments « contre », il y en a ! Il ne s’agit pas de bloquer, mais d’avancer prudemment.Signaler un abus

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  3. B.A.Jazet  8 août 2017 à 9 h 39 min

    Il y a régulièrement des profs, parfois assez nuls mais carriéristes, qui pensent « renverser la table » en succombant à une mode de préférence anglo-saxonne, qui, en peu de temps, apparait comme une chimère catastrophique.
    Souvenez-vous, dans les années 70, on prétendait faire de « l’enseignement programmé » ; cela revenait à « tayloriser » les profs en découpant l’enseignement comme une sorte d’algorithme, de programme ; le niveau de l’enseignant n’avait, soi-disant, aucune importance.
    Pfuittt, c’est complètement oublié, l’enseignement programmé a été mis à la déchetterie des fumisteries pédagogiques patentées …
    Sauf que certains ont réussi à se faire payer par l’UNESCO pour « vendre » cette forme « d’enseignement par des nuls » ou pour promouvoir les « PEGC » dans des pays d’Afrique. Autrement dit, on voulait économiser sur le niveau des profs et le limiter à « BAC+0,5 » …Signaler un abus

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  4. Maryem BELLALOUNA  8 août 2017 à 10 h 11 min

    Bonjour,
    Nous sommes intéressés par ce système de boîtiers, une adresse ? un N° de téléphone ?Signaler un abus

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  5. Gib  29 septembre 2017 à 18 h 20 min

    Les modes ne sont pas forcément mauvaises. Par contre, un cours magistral peut être vivant (encore faut-il le faire vivre) et le cours inversé profitable seulement à ceux qui ont bossé la veille sur les capsules (ce qui est loin d’être le cas pour beaucoup !).Signaler un abus

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