“Un intérêt pour la pédagogie est essentiel pour devenir formateur en IFSI”

Ils enseignent sans pour autant être enseignants : les formateurs en IFSI ont un statut particulier. Explications avec Régis Albespy, formateur à l’IFSI de Chaumont (52).

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Pouvez-vous décrire votre parcours ? Comment êtes-vous devenu formateur en IFSI ?

J’ai d’abord travaillé en qualité d’infirmier, avant de faire l’école des cadres (Institut de Formation des cadres de santé aujourd’hui). Il est obligatoire d’être cadre de santé pour enseigner en IFSI.

Diplômé cadre en 1990, j’ai exercé en services hospitaliers, avant de finalement intégrer l’Institut de formation en soins infirmier (IFSI) pour être formateur en 1993. J’ai enseigné de 1993 à 2002, et ensuite j’ai travaillé sur le terrain comme cadre supérieur de santé.

En 2009, j’ai réintégré l’IFSI où des nouveaux programmes avaient été mis en place.

Un formateur en IFSI enseigne t-il une seule matière ou plusieurs ?

Il faut être polyvalent ! Nous sommes infirmiers à la base, donc nous connaissons tout le cœur de métier grâce à nos expériences et à nos formations initiales. Ainsi, nous intervenons sur tous les sujets. Selon notre parcours professionnel, on peut avoir une expertise plus poussée dans certains domaines. Mon domaine de spécialité se situe dans le champ des sciences humaines et de la santé mentale, mais j’enseigne également d’autres matières.

Votre polyvalence vous permet-elle d’enseigner à toutes les années de formation ?

Oui, cette polyvalence nous le permet. Le métier d’infirmier se décline en 10 compétences que les étudiants doivent acquérir. Ces compétences doivent être acquises au terme de la formation, à travers des unités d’enseignement constitutives que les étudiants doivent valider durant les trois années de formation. Bien entendu, ces différentes compétences se valident également lors du parcours de stages de l’étudiant sur trois ans.

Comment un cadre de santé apprend-il à enseigner ?

En complément du diplôme traditionnel, les écoles de cadre de santé délivrent aux étudiants, en partenariat avec une université, un Master 1 qui peut être un diplôme en Sciences de l’éducation. Différents parcours universitaires sont conseillés pour devenir ensuite formateur en IFSI.

Selon vous, quelles sont les qualités requises pour être formateur en IFSI ?

Tout d’abord, il faut une expérience professionnelle assez solide, avec un parcours suffisamment long et varié pour avoir une vision élargie sur ce métier et son évolution. Ne pas devenir formateur trop tôt dans sa carrière est donc important, car cela nécessite un recul afin d’injecter son expérience dans la formation.

Bien sûr, il faut aussi avoir un intérêt pour la pédagogie. Avoir le goût de la transmission et aimer le travail en collaboration sont essentiels car nous sommes une équipe de formateurs qui travaillent avec un réseau de partenaires.

Selon vous, cet attrait pour la pédagogie est-il essentiel ?

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Bien sûr, c’est le moteur de notre métier. Forcément, il faut suivre l’évolution des méthodes pédagogiques et continuer à se former tout au long de sa carrière.

Nous ne sommes plus dans la transmission de connaissances purement théoriques. Les attentes ont changé. Nous voulons former des étudiants qui réfléchissent vite et qui arrivent à mobiliser les connaissances indispensables pour pouvoir traiter l’information.

Au sujet de l’innovation pédagogique, quelles expériences sont testées dans les IFSI ?

Depuis ces dernières années, les étudiants ont délaissé leurs stylos pour leurs ordinateurs qui sont admis dans toutes les salles. De plus, nous travaillons avec des supports de cours numériques projetés sur écran. Nous avons également de nombreux échanges avec nos étudiants par mail. De nouvelles modalités d’évaluations émergent sous forme de QCM comme Quizz Box.

Comme il est compliqué pour notre petit établissement de faire venir des enseignants-chercheurs, nous essayons de développer des cours en visio-conférence qui permettraient à nos étudiants d’en bénéficier pour l’obtention de leur grade licence.

Il est parfois compliqué, dans notre département, de faire intervenir des enseignants chercheurs. C’est pourquoi des enseignements en visio-conférence, en partenariat avec l’ESPE, sont une piste que nous étudions. Par ailleurs, nos étudiants infirmiers sont formés aux pratiques informatiques dès le premier semestre.

En tant que formateur à l’IFSI, avez-vous des formations en continu pour vous former aux nouvelles pratiques pédagogiques ?

Oui bien sûr, les formateurs en IFSI ont différents niveaux de formation. Tout d’abord, une individuelle et qualifiante, destinée en priorité aux jeunes formateurs qui doivent passer leur diplôme d’école des cadres.

Il y a un deuxième niveau, qui est une formation collective durant trois ou quatre jours que nous avons tous les ans. Cela permet d’avoir un regard extérieur sur nos pratiques, de réfléchir ensemble sur celles-ci et de les harmoniser. Tous les ans, nous abordons des thématiques différentes telles que l’évolution des méthodes d’évaluation ou l’accompagnement de l’étudiant lors de son mémoire de fin d’études.

Nous avons un dernier niveau de formation, en lien avec des groupes régionaux, comme le CEFIEC (Comité d’Entente des Formations Infirmières et Cadres). Tous les IFSI adhérent à cette association qui prévoit des formations auxquelles nous participons. La prochaine porte sur la place du jeu dans les pratiques pédagogiques de demain.

Avez-vous le même calendrier que des enseignants traditionnels, avec un planning de cours fixe et des vacances scolaires ?

Non, nous avons un statut de travailleur hospitalier, comparable aux cadres de santé qui exercent en service.

L’institut ne fonctionne pas sur le même calendrier que l’Education nationale, hormis les périodes de Noël et de printemps lors desquelles les étudiants sont en vacances.

Durant l’été, certains étudiants ont des épreuves de rattrapages ou doivent effectuer des stages complémentaires selon leurs résultats initiaux. L’été est donc une période où nous avons un travail important de bilan, de suivi des rattrapages et de préparation de la rentrée à venir.

Au sujet de la répartition des cours hebdomadaires, les semaines d’enseignement sont toutes différentes, car elles dépendent de la disponibilité de nos intervenants extérieurs, comme des médecins par exemple.

Nous élaborons ce planning en contactant les intervenants, mais également en tenant compte des évaluations à venir. C’est en sorte de la pédagogie indirecte, et cela fait partie de notre métier.

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