Des conflits réglés entre élèves : prévenir le harcèlement scolaire par la médiation par les pairs

Régler les petits conflits quotidiens entre pairs, avec des élèves médiateurs, permet de créer un meilleur climat scolaire. Un moyen de contrer, à la source, le harcèlement.

Harcèlement scolaire / Pixabay / Licence CC

Harcèlement scolaire / Pixabay / Licence CC

Face au harcèlement scolaire, des solutions existent – notamment la préoccupation partagée et la sensibilisation du groupe, ou encore les « ambassadeurs du respect ». Mais pour désamorcer le plus tôt possible les cas d’intimidation, un autre outil se développe : la médiation par les pairs.

Cette méthode de “résolution non violente des conflits” par les élèves eux-mêmes, a d’abord été développée au Canada, en particulier au Québec, avant de débarquer en France il y a 20 ans, sous l’impulsion d’associations comme Génération Médiateurs, Médi’Acteurs, ou la fédération des Aroéven (Associations Régionales des Oeuvres Educatives et des Vacances de l’Education Nationale), qui forment chaque année, dans chaque académie, dans des dizaines d’établissements (écoles, collèges, lycées), des adultes et des enfants, avec le soutien de la délégation ministérielle chargée de la prévention et de la lutte contre la violence en milieu scolaire.

Une résolution « non violente » des conflits

“C’est un dispositif d’éducation à la résolution des conflits, mais aussi au vivre- ensemble, basé sur l’écoute, la compréhension des sentiments de chacun, et la recherche d’un accord satisfaisant pour les deux personnes”, explique Léonore Berger, formatrice à l’Aroéven Bretagne. Selon elle, la “solution au problème” qui oppose deux élèves “doit venir d’eux-mêmes”, grâce à l’écoute et aux conseils d’un binôme de deux de leurs pairs.

En février 2017, au collège Jean Macé de Saint-Brieuc, l’Aroéven a formé une équipe de 9 élèves volontaires, de la 6e à la 3e ; ainsi qu’une équipe d’une douzaine d’adultes (CPE, principal, enseignants, infirmière, assistante sociale, agent d’accueil…), chargés de superviser les jeunes volontaires, d’en former de nouveaux, et le cas échéant, d’identifier des conflits plus graves que prévus, par exemple des cas de harcèlement.

Simulation d'une situation de médiation / collège Croix Maître Renault de Beaumont-le-Roger / Dgesco

Simulation d’une médiation / collège Croix Maître Renault de Beaumont-le-Roger / Dgesco

Les “élèves médiateurs” sont autonomes. Ils ont à leur disposition une salle, qui leur sert de bureau pour organiser leurs séances. “Dans cet espace de parole, ils reçoivent chaque élève (orienté par les adultes ou qui en ont fait la demande) un par un, puis ensemble, et recherchent avec eux des points d’accord, une solution”, explique Alice Quéchon, CPE du collège Jean Macé.

Réguler de petits conflits… avant qu’ils dégénèrent

Les médiateurs ne s’occupent que de “petits conflits” et d’incivilités “mineures”, qui sont souvent difficiles à traiter pour les adultes, car peu visibles ou “d’apparence peu importantes”. Il peut par exemple s’agir de moqueries, de bousculades, de désaccords, d’insultes, de rumeurs, de jalousies. “L’idée est de prévenir et de réguler tous ces petits conflits par l’intermédiaire des pairs, grâce à une écoute active et empathique, en dénouant les tensions, et en cherchant des solutions constructives, un accord gagnant-gagnant”, indique la CPE. Exemple, dans le cas d’un élève auteur de moqueries, s’engager simplement à “ne plus dire de mots qui blessent”.

Quand les litiges opposant deux élèves sont plus graves que prévus, et relèvent par exemple du harcèlement, “l’intervention d’un adulte est requise, car il s’agit de faits relevant de punitions ou de sanctions, et l’on sort du dispositif de médiation : ce n’est pas aux élèves médiateurs de s’en occuper, mais à nous”, explique Alice Quéchon. Ainsi, remarque-t-elle, “la médiation n’est pas un outil de traitement du harcèlement, mais un outil de prévention, qui permet aux élèves de prendre conscience qu’il est possible de mieux vivre ensemble, et qu’un conflit peut être facilement stoppé grâce à l’entraide”.

Harcèlement à l'école © K.- P. Adler - Fotolia

Harcèlement à l’école © K.- P. Adler – Fotolia

Principal du collège Jean Macé, Alain Dubreil a déjà mis en place le dispositif de médiation par les pairs dans son précédent collège, à Dinan. Selon lui, “les “élèves médiateurs préviennent l’amplification des petits conflits : leur action permet d’empêcher certaines situations, faciles à régler, de dégénérer jusqu’à devenir des faits de harcèlement scolaire avérés”. “L’idée est de désamorcer ce qui pourrait faire boule de neige et générer du harcèlement. C’est un outil de prévention, pour améliorer le climat scolaire à long terme”, confirme Léonore Berger.

S’attaquer au harcèlement à la source

Plutôt que de lutter contre le harcèlement a posteriori, “la médiation par les pairs permet de s’y attaquer à la source, en améliorant l’ambiance entre les élèves : s’ils sont habitués à résoudre pacifiquement des conflits, et à être bienveillants entre eux, automatiquement, cela joue sur le harcèlement”, ajoute la CPE.

Alain Dubreil, qui constate que dans son établissement précédent, les bagarres, les insultes et les cas de harcèlement scolaire ont diminué suite à la mise en place de la médiation par les pairs, renchérit : “il s’agit en fait d’une forme d’éducation à la citoyenneté. En apprenant à régler des conflits autrement que par la violence, mais par le dialogue, les enfants développent des compétences psychosociales à même de changer le climat scolaire”.

Constatant que la médiation par les pairs “peut très bien traiter les conflits qui se passent à l’extérieur de l’école, par exemple sur les réseaux sociaux et internet”, Alice Quéchon remarque qu’il ne s’agit pas “d’une méthode miracle, mais simplement d’un dispositif en plus, dans notre boite à outils, pour tendre vers un climat plus apaisé”.

“La médiation est une culture basée sur la communication, l’acceptation des différences de l’autre ; et plus on s’y habitue tôt, plus on dispose de moyens pour gérer les conflits tout au long de notre vie future”, conclut Léonore Berger, qui prône la “généralisation” de ce dispositif dans tous les établissements scolaires, comme c’est le cas au Québec, “où la médiation par les pairs se pratique de la maternelle jusqu’à la fin du lycée”.

La Fédération des Aroéven a réalisé un numéro spécial de son magazine, Talents éducatifs, consacré à ce thème. Véritable manuel pratique, le livret présente le « protocole » suivi par les élèves médiateurs et insiste sur « les valeurs et les principes qui guident une médiation ».

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