Classe inversée : « si l’on perd les bons élèves, c’est que l’enseignement est mauvais »

Pionnier de la classe inversée, Olivier Quinet refuse l'idée selon laquelle la flipped classroom ne conviendrait pas aux bons élèves. Tout se jouerait dans la différenciation.

Les élèves d'Olivier Quinet pendant le temps de classe.

Les élèves d’Olivier Quinet pendant le temps de classe.

Professeur d’histoire-géographie au collège Jean Rostand, à Montpon-Ménéstérol (Dordogne), Olivier Quinet s’est lancé en 2012 dans la classe inversée. Son objectif était de rendre ses élèves (4e et 3e) davantage autonomes, en les faisant construire eux-mêmes leurs connaissances et leur savoir-faire.

L’activité en classe est le point essentiel du dispositif. La pédagogie inversée d’Olivier Quinet s’accompagne d’une « pédagogie active » au sein de la classe, principalement axée sur des tâches complexes effectuées en petits groupes.

Pionnier de la classe inversée en France, l’enseignant a souhaité réagir à l’étude menée pendant un an par Vincent Faillet, prof de SVT au lycée Dorian (Paris XI). Ce dernier a mesuré l’impact de la classe inversée sur les résultats des élèves. Selon ses constatations, la flipped classroom ne convient pas à tout le monde, « le rendement étant nettement meilleur pour les élèves en difficulté, et nettement moins bon pour les bons élèves ». Ainsi, il constate qu’avec la classe inversée, « l’on risque de perdre des bons élèves ».

Chez Olivier Quinet, qui pratique la pédagogie inversée depuis 5 ans, le son de cloche est radicalement différent. « Je n’ai pas mené d’étude, mais mon ressenti de praticien n’est pas du tout le même, concernant le postulat selon lequel cela ne correspondrait pas aux bons élèves », indique-t-il.

Différenciation : « pousser les bons élèves à aller plus loin »

Les élèves de 4e d'Olivier Quinet pendant une tâche complexe scénarisée.

Les élèves de 4e d’Olivier Quinet pendant une tâche complexe scénarisée.

Pour l’enseignant, attention d’abord à ne pas généraliser, car « il n’existe pas une, mais des classes inversées, chaque prof ayant sa façon de faire », et les modèles mis en place au lycée Dorian par les collègues de Vincent Faillet « ne sont pas les seuls modèles possibles ». Ainsi, estime-t-il, même s’il existe un « principe de base », ces conclusions « ne s’appliquent qu’à ces deux classes inversées, et si l’on avait examiné celles d’autres collègues, l’on aurait obtenu d’autres résultats ».

Selon le prof d’histoire, le principe de la flipped classroom étant de libérer du temps pédagogique pour l’enseignant, « l’objectif, c’est de pouvoir différencier, ce qui signifie apporter aux élèves en difficulté les aides nécessaires, mais également pousser les bons élèves plus loin ». Ainsi, « l’idée que ces derniers ne s’y retrouveraient pas ne tient pas, à partir du moment où l’on différencie, et où l’on s’adresse à tout le monde ».

« Le plus important, c’est le temps libéré en classe »

D’après Vincent Faillet, « on  peut très bien faire de la pédagogie active sans inverser le cours ». Or, pour Olivier Quinet, « ce qui a été oublié dans son étude, c’est précisément ce qui se passe en classe, qui est essentiel, et qui est difficilement quantifiable ». Ainsi, explique-t-il, « l’inversion des cours, ce n’est pas le plus important. Le plus important, c’est le temps qui est libéré en classe, et ce que l’on en fait ».

Pour Olivier Quinet, « il n’y a pas de classe inversée sans pédagogie active. On peut certes faire de la pédagogie active sans classe inversée, mais souvent, il faut disposer de temps pour cela… »

Le cours sur la Première Guerre mondiale d’Olivier Quinet : une capsule à visionner à la maison, avec un quizz et des documents.

Le cours sur la Première Guerre mondiale d’Olivier Quinet : une capsule à visionner à la maison, avec un quizz et des documents.

Revenant au postulat de Vincent Faillet selon lequel la classe inversée ne conviendrait pas aux bons élèves, « adaptés au cours magistral », Olivier Quinet observe que l’étude n’a eu lieu que durant un an, les 5 derniers mois seulement étant inversés.

« Or, l’on ne fait pas la même chose la première année, et au bout de 2-3 ans ! Les débuts sont très difficiles, le temps que les élèves comprennent et s’adaptent », remarque-t-il. Selon lui, les jeunes étudiés par Vincent Faillet « ont sûrement commencé à s’habituer au système quand l’étude a été achevée ».

Pour le prof d’histoire-géo, « il est tout à fait logique que les élèves soient perdus parce qu’on change leur paradigme. Mais les bons, à la différence de ceux qui sont en difficulté, ont des capacités d’adaptation plus importantes et ont des facilités à rebondir. Il leur faut juste un peu de temps ». Ainsi, l’enseignant raconte que lors de sa première année de pédagogie inversée, « il a fallu 3 mois avant que le système soit assimilé » par ses élèves, et « commence à fonctionner ».

« L’enseignant ne doit pas se centrer uniquement sur les élèves en difficulté »

Selon le professeur, la première année de classe inversée est toujours « rude ». Ainsi, il se souvient s’être remis en question plusieurs fois. « Il y avait beaucoup de choses à régler, notamment mes capsules, et ça ne marchait pas forcément très bien », raconte-t-il.

L'activité en autonomie, une fois en classe. / Olivier Quinet

L’activité en autonomie, une fois en classe. / Olivier Quinet

« Que les élèves aient du mal au début, c’est évident, mais ils finissent par s’adapter… au bout de 3 ou 4 mois », remarque Olivier Quinet. Et de constater, après 5 ans de pratique, que « la classe inversée a permis de pousser les bons élèves beaucoup plus loin », en leur permettant de réaliser des exercices plus difficiles, d’effectuer des recherches complémentaires et d’apprendre plus de choses.

« Mais pour que cela soit possible, l’enseignant ne doit pas se centrer uniquement sur les élèves en difficulté et oublier les bons, en différenciant réellement, et en faisant du temps en classe un temps d’apprentissage, le temps passé à la maison n’étant qu’une préparation », estime Olivier Quinet. Les capsules peuvent notamment être différentes selon le niveau – le contenu à visualiser à la maison et les niveaux de difficultés n’étant par exemple pas les mêmes pour les bons élèves.

« Ce n’est pas une révolution pédagogique »

Le travail en classe, lui aussi, peut être différent selon le niveau. Une partie du temps passé à l’école peut aussi être magistrale, durant laquelle l’enseignant reprend sa capsule, l’explique et permet aux élèves de poser des questions. Davantage disponible ensuite, durant les activités, le prof peut aussi s’occuper de ceux qui sont désorientés, lors d’interactions individuelles. « Si l’on perd véritablement les bons élèves, c’est que l’enseignement est mauvais. On peut faire de la mauvaise classe inversée, tout comme on peut faire du mauvais Freinet, ou un cours traditionnel très mauvais », estime Olivier Quinet.

Selon l’enseignant, la classe inversée n’est pas une recette magique. « Ce n’est pas une révolution pédagogique, mais cette pédagogie donne de bons résultats, en supprimant le problème du travail à la maison, qui met en difficulté certains jeunes. Les bons élèves restent bons élèves, et les élèves moyens-faibles (entre 8 et 12/20) progressent. J’ai toujours, en revanche, des difficultés avec ceux qui sont en très grande difficulté… et dont la problématique est parfois tellement lourde, en dehors, que cela échappe un peu à l’école », conclut-il.

La ‘flipped classroom‘ concerne le primaire comme le secondaire, et peut faire l’objet d’un grand nombre d’applications pédagogiques. Cet article fait ainsi partie d’un vaste dossier sur la classe inversée, à découvrir !

1 commentaire sur "Classe inversée : « si l’on perd les bons élèves, c’est que l’enseignement est mauvais »"

  1. Martial Gavaland  11 mai 2017 à 21 h 06 min

    Le seul problème de la classe inversée est sa dénomination même ! Même le Journal Officiel, la considére comme une simple mise en ligne d’un cours sous forme de petites vidéos…
    Lorsque vous creusez un peu la question, chacun peut constater qu’il est peut être un inverseur qui s’ignore…il faut en prendre conscience, car chacun de nous a sans doute modifié sa posture d’enseignant, malgré l’image d’Epinal qu’attendent encore parfois les parents et le « système » scolaire lui-même. S’interroger sur sa posture, c’est écouter Dominique Bucheton (et les 6 postures enseignantes), ça suffira.
    S’interroger sur le rôle de l’Education, c’est lire John Dewey « Education et démocratie ». LE philosophe qui en a tant inspiré d’autres en Science de l’Education.Signaler un abus

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