Enseignants, pour qui comptez-vous voter et pourquoi ?

A deux jours du premier tour des élections présidentielles, quel bulletin les profs glisseront-ils dans l’urne ? Entre enseignants indécis ou sûrs de leur choix, sept d’entre eux nous répondent.

Crédit Image : AFP et Montage RTLNET

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Aurélien, professeur de mathématiques en lycée à Rouen :

« Mon vote est encore indécis, mais il est certain que je ne voterai par pour la droite : après avoir constaté les promesses rétrogrades et inhumaines de François Fillon et de Marine Le Pen, entre autres, mon choix se portera sur Benoît Hamon ou Jean-Luc Mélenchon. Je suis plus convaincu par B. Hamon et son programme global, mais le fait qu’il semble vouloir prolonger ses réformes (et celles de Najat Valaud-Belkacem) dans l’éducation m’inquiète ; je ne suis toujours pas convaincu par celles-ci, sans compter l’attitude hautaine des ministres de l’éducation dans le gouvernement de François Hollande. A quelques jours du premier tour, je ne sais donc toujours pas pour qui voter… »

J’aime son côté ‘président normal’

Guillaume, professeur des écoles en Charente :

« Après mûres réflexions, je vais voter Benoît Hamon. Cela fait des années que je vote contre. Perdu pour perdu, cette fois, je vote pour. Je voterai sûrement utile le 7 mai. Benoît Hamon, j’aime sa réflexion sur le revenu universel, sa prise en compte de l’écologie, sa volonté de redonner envie de l’Europe (c’est d’ailleurs cet aspect qui fait que je ne voterai pas pour Jean-Luc Mélenchon). En ce qui concerne l’éducation, j’apprécie sa position sur la formation des enseignants… Même si son passage au ministère ne m’a pas marqué… Enfin, j’aime également son côté « Président normal »! »

Le népotisme est totalement opposé à mes valeurs

Marc, professeur des universités, normalien, agrégé :

« Mon intention est de voter Macron. Mais j’ai beaucoup fluctué depuis trois mois. Je suis en général réformiste, très modéré et raisonnable. Je souhaiterais que la France s’inspire des modèles qui marchent : scandinaves ou anglo-saxons. Il n’y a à mon avis que 2 candidats qui ont des programmes économiques raisonnables (Fillon et Macron). J’avais donc voté Fillon aux 2 tours de la primaire. Mais le népotisme est totalement opposé à mes valeurs. Je suis en effet favorable à la sélection au mérite, selon la tradition républicaine. L’abstention favorisant les extrêmes (droite ou gauche), auxquelles j’ai toujours été opposé, il ne reste plus qu’un seul candidat possible. »

Julie, professeure en sciences physiques en collège dans le Nord :

© Olivier Tuffé - Fotolia

© Olivier Tuffé – Fotolia

« Professeure depuis une quinzaine d’années, je suis en désarroi depuis que la réforme dite Collège 2016 est venue chambouler mon travail. Ce n’est pas que je sois opposée au changement ni que je considère que l’Éducation Nationale ne doive pas évoluer. Je pense que depuis toutes ces années, si je n’avais pas su faire évoluer ma façon de faire, je me serais enfoncée dans un ennui mortel. Pour mon DASEN : « les objectifs nationaux et, au-delà, européens nous imposent de réduire les inégalités sociales ». La traduction que nous donnons à ce genre de propos en salle des profs : « tous les élèves doivent obtenir le brevet », « mettez le paquet sur les élèves en difficulté », « laissez tomber les élèves ayant des facilités car elles découlent directement du fait qu’ils appartiennent à des CSP favorisées ». Ce collège 2016 dans cette union européenne-là n’a pas fini de faire souffrir les professeurs… et les élèves. Heureusement pour moi, la phase sympathique de ma schizophrénie assumée consiste à militer pour l’UPR de François Asselineau. Quel bonheur d’œuvrer par ce biais à retrouver, par le frexit, une réelle démocratie en France ! Une démocratie où l’Éducation nationale ne sera pas un marché à conquérir ou à privatiser… »

 C’est le candidat qui défend le mieux le service public d’éducation

Bastien, titulaire sur zone de remplacement (TZR) en histoire-géo en lycée dans les Deux-Sèvres :

« J’envisage très fortement de voter pour Jean-Luc Mélenchon, malgré des désaccords forts en ce qui concerne sa politique étrangère, notamment européenne. Toutefois, en matière de politique éducative, je me retrouve très fortement dans les idées portées par Paul Vannier de la « France Insoumise ». Je ne cache pas que ma sensibilité de gauche ne se retrouve ni chez Macron, ni chez Fillon ou encore chez Le Pen, et que les politiques éducatives menées par le PS au pouvoir de 1997 à 2002 puis de 2012 à aujourd’hui m’ont déçu, en affaiblissant, peut-être sans en avoir l’intention, le service public d’éducation au profit de boîtes privées qui voient l’Education nationale comme un futur marché à se partager. Quant aux soi-disant « petits candidats », Lassalle, Dupont-Aignan, Cheminade et Asselineau ne m’attirent pas, trop ancrés à droite pour moi, tandis qu’Arthaud et Poutou ne me satisfont pas assez au niveau éducatif, malgré des choses intéressantes par ailleurs. À mes yeux donc, Mélenchon, sans être parfait, est le candidat qui défend le mieux le service public d’éducation. »

Elodie, professeure de philosophie en lycée dans l’académie de Toulouse :

« J’ai voté aux primaires de la gauche, pour Hamon au 1er et au 2nd tour. Je trouve ses idées très intéressantes, notamment le revenu universel, qui a le mérite à mes yeux de remettre en question la valeur du travail. Beaucoup de candidats se proposent en effet de lutter contre le chômage, quand c’est à mon avis contre la pauvreté et la précarité qu’il faut lutter. De plus, Benoît Hamon comprend selon moi très bien les enjeux actuels de l’économie, prenant en compte l’automatisation et la robotisation croissante. Je ne suis pas non plus insensible à ses idées en terme d’écologie, un thème que je trouve bien trop absent des débats. Mais je suis effrayée par les sondages et la perspective d’un second tour Macron/Le Pen. Mon vote est donc encore en suspens pour le moment. Je n’exclue pas de voter pour Mélenchon s’il a vraiment plus de chances d’être au second tour, même si je n’aime pas trop le personnage et ne me retrouve pas dans tout ce qu’il dit. Je n’exclue pas non plus Poutou, qui, même s’il représente plus un vote de contestation qu’un véritable président potentiel, me touche par sa sincérité et ses idées. »

Si l’extrême droite arrivait au pouvoir, je n’hésiterais pas à démissionner

Sylvie, professeure de lettres modernes au collège dans l’académie d’Orléans-Tours :

« Je compte voter pour Jean-Luc Mélenchon ou Benoît Hamon, je ne sais pas exactement encore, en tout cas à gauche. Ce n’est pas spécifiquement le programme lié à l’éducation qui m’y pousse mais l’idée générale de revenir à une politique de l’humain. Par ailleurs, certaines questions d’éducation sont rédhibitoires, par exemple l’envie d’Emmanuel Macron d’interdire l’utilisation du téléphone portable en classe, le programme éducatif réactionnaire du Front National, le retour à l’élitisme de François Fillon. J’ai très peur de voir mes conditions de travail dégradées. Une chose est certaine cependant, si l’extrême droite arrivait au pouvoir et que mes nouvelles missions ne correspondaient pas à mon éthique, je n’hésiterais pas à démissionner, même si j’aime énormément mon métier. »

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