Tomber et se faire mal, moins dangereux que la télé !

À l’occasion des Parcours du cœur 2017, la Fédération Française de Cardiologie alerte sur le manque d’activité physique et la trop forte sédentarité des jeunes. Entretien avec Paul Menu, chirurgien cardiaque au CHU de Poitiers.

Paul Menu

Paul Menu

À l’occasion du lancement des Parcours du Cœur 2017, la Fédération Française de Cardiologie s’est intéressée au niveau d’activité physique chez les enfants et les adolescents. Quels constats faites-vous aujourd’hui ?

Le niveau d’activité physique des jeunes est alarmant et très insuffisant. Plusieurs travaux de scientifiques l’ont démontré. Depuis 40 ans, les jeunes de 9 à 16 ans ont perdu 25% de leur capacité physique, c’est-à-dire qu’ils courent moins vite et moins longtemps ! Pour que les adolescents renforcent leur capital santé cardio-vasculaire, il faudrait qu’ils fassent du sport au moins 1h par jour. Aujourd’hui, un seul enfant sur deux atteint ce niveau en France.
A 15 ans, seulement 14% des garçons exercent une activité physique volontaire tous les jours. Les filles ne sont que 6% ! De plus, près de la moitié des jeunes pratiquent une activité physique uniquement en cours d’EPS. C’est effrayant ! Pour vous donner une idée, au niveau de l’activité physique des adolescents, la France est aujourd’hui à l’avant dernière place des pays européens, soit 26ème sur 27… Le cœur de nos enfants est en danger !
Autre constat : avec l’arrivée du numérique, des smartphones, des tablettes, des consoles… Les enfants de 3 à 17 ans passent environ 3 heures par jour devant des écrans, une moyenne qui monte à 4h30 par jour chez les 13-18 ans en semaine et à 6h le week-end. Il serait bien meilleur de dépenser cette énergie sur un terrain ou en plein air avec des crampons. Malheureusement, ce n’est pas le cas… La sédentarité des adolescents, soit le temps passé assis, est donc en forte augmentation.
S’ajoute à ces constats le fléau du tabagisme. 1 élève de 3ème sur 2 a déjà fumé du tabac. À 17 ans, ce chiffre augmente considérablement, puisqu’ils sont 7 jeunes sur 10 à avoir déjà fumé une cigarette. Et 32% d’entre eux, à cet âge, fument quotidiennement. Or, l’adolescence est un âge où le cerveau est particulièrement fragile face aux risques d’addiction. Et plus on fume tôt et donc longtemps, plus les risques de maladies cardio-vasculaires sont importants.

jeux vidéo manette télé

© tomispin – Fotolia.com

Cette diminution de l’activité physique a-t-elle augmenté le surpoids et l’obésité chez les jeunes ?  

Oui, bien évidemment. Le fait de dépenser moins augmente logiquement le poids des adolescents. D’autant qu’en plus de jouer à la console ou d’être devant l’ordinateur, ils ont tendance à grignoter des gâteaux, des chips ou des bonbons. Il n’est pas question d’interdire les écrans, mais il faut savoir faire la part des choses et trouver un moment dans la journée pour aller courir, faire du vélo, de la marche à pieds… Les risques ne sont pas où l’on croit : un enfant se met davantage en danger à rester assis plutôt qu’à bouger ! D’autant que c’est un cercle vicieux qui s’auto-entretient : moins ils font d’activité, plus ils prennent du poids et plus ils prennent du poids, plus il est difficile de faire du sport. Et dans cette situation, les enfants se retrouvent logiquement en risque pour leur santé. Il y a aussi cette notion de représentation du corps. Dès qu’ils sont obèses, ils ont moins envie d’aller en salle de gym et de prendre leur douche avec tout le monde… par honte de leur corps et de l’image qu’ils renvoient.

parcours-coeurQue propose donc la Fédération Française de Cardiologie pour faire de la prévention ou quand l’enfant est en risque pour sa santé ?

L’une des premières missions de la Fédération est d’informer les jeunes sur les risques pour leur santé en leur rappelant par exemple de ne jamais fumer la première cigarette… Même si la sanction pour leur santé n’est pas immédiate mais s’étale sur le long terme, il faut prendre les bonnes habitudes dès le plus jeune âge. La transmission d’information est donc primordiale. Nous organisons aussi des campagnes pour rappeler aux parents que les enfants sont faits pour bouger. Avec le film « Les chutes », par exemple, la Fédération Française de Cardiologie souhaite rompre avec le cercle vicieux de la sédentarité. Il s’agit d’un spot TV de 30 secondes qui est diffusé sur les chaînes des groupes France TV, Canal + et de la TNT depuis le 18 mars, et cela pendant un mois.
Nous essayons aussi de favoriser des parcours du cœur, de consacrer des heures pour faire de la prévention dans les établissements scolaires via des conseils d’experts, par exemple, et avons également réalisé, avec des profs d’EPS, de SVT, des sportifs et des médecins, un kit pédagogique pour motiver les jeunes à exercer une activité physique à l’extérieur.

Des parcours du cœur pour se mettre en mouvement sont organisés du 18 mars au 14 mai, dont certains spécifiquement pour les établissements scolaires : « les Parcours du cœur scolaires ». En quoi consistent-ils concrètement ?

cours de sport

highwaystarz-fotolia

Les Parcours du Cœur existent depuis une vingtaine d’année. Nous savons que le principe d’activité physique n’est positif et efficace que par la pérennité. Nous avons commencé par une journée du cœur puis on a finalement développé cet événement sur 5 semaines entières. Cette année, les Parcours du Cœur se déroulent du 18 mars au 14 mai. Plus de 800 villes partout en France y participent, à travers des propositions d’activités physiques et des conseils de prévention-santé. Dans les établissements, nous avons mis en place les Parcours du Cœur Scolaire suite à la montée de la sédentarité chez les enfants. Plus de 8 000 classes, de 1 700 établissements scolaires, regroupant près de 250 000 enfants participent au Parcours du Cœur Scolaire. Dans le cadre de cet évènement, plusieurs actions sont menées : rencontre avec des sportifs de haut niveau ou des professionnels de la santé, avis d’experts sur le tabagisme, conférence sur la nutrition, activités sportives en extérieur…

Par ailleurs, il faut savoir qu’une activité physique à partir de 8 ans favorise l’activité intellectuelle chez l’enfant. Un élève sportif apprend mieux, réfléchit plus et est davantage concentré en classe car il s’oxygène quotidiennement le cerveau. Les enquêtes prouvent que les performances en géométrie, en algèbre et en français sont bien meilleures pour les élèves sportifs. Si l’on souhaite améliorer nos scores PISA, ce n’est pas en mettant des enseignants hyper-qualifiés ou en donnant plus de devoirs aux élèves mais c’est en augmentant leur activité physique. C’est incontestable !

Quels messages souhaitez-vous transmettre aux parents et aux enseignants pour les faire réagir ?

Il est difficile d’amener vers l’activité physique un adulte qui n’a jamais éprouvé le goût de celle-ci durant son enfance ou sa jeunesse. Tout comme il est très compliqué d’arrêter le tabac vers 40-45 ans, sous la pression du médecin ou de l’entourage, quand on fume depuis 20-25 ans. L’enfance et l’adolescence sont des moments clés pour prendre de bonnes habitudes pour lutter efficacement contre les maladies cardio-vasculaires. C’est donc aux parents et aux enseignants de transmettre, le plus tôt possible, cette culture de l’activité physique en plein air. De leur côté, les jeunes doivent adopter une attitude positive et garder en tête la notion de plaisir. On trouve l’énergie quand on fait ce qu’on aime !

Parcours du coeur scolaires : 0 – 5 – 60

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