La sophrologie à l’école, pour moins stresser et mieux apprendre

Entre méditation, relaxation et hypnose, la sophrologie s'invite à l'école. Des enseignants invitent ainsi leurs élèves à "souffler pour mieux apprendre", en particulier sans stress.

Une classe en pleine séance de sophrologie / MindShift / Licence CC

Une classe en pleine séance de sophrologie / MindShift / Licence CC

Dans une interview au Nouvel Obs, le pédopsychiatre Marcel Rufo décrit une “école qui rend les enfants malades”, faite de stress et de pressions familiales. Dans ces conditions, comment apprendre sereinement ?

Pour Louis Musso, prof d’EPS à la retraite, la réponse pourrait être d’évacuer les tensions en pratiquant la sophrologie, une technique de relaxation à la croisée entre l’hypnose et la méditation, basée sur des exercices de respiration et de gestion de la pensée.

Sophrologue expérimenté, Louis Musso organise des stages de formation pour les professeurs, et intervient dans des lycées toulousains. Fondateur, avec d’autres enseignants, de l’APRESS (Association pour la réussite des élèves sans stress), il prône les vertus de la sophrologie face à l’échec scolaire, à la “démotivation” et aux “blocages” de certains élèves.

Selon lui, “si un élève est en échec, c’est parce que ses capacités sont inhibées par le stress”. Dans une société “de plus en plus stressante et speed”, avec “des parents énervés, et des élèves paniqués, il est difficile de gérer ses émotions, afin d’apprendre correctement”, indique-t-il.

« Apprendre à gérer ses émotions et travailler son intériorité »

Pour l’ex-prof d’EPS, l’intérêt de la sophrologie, qui permet de “rentrer en soi”, c’est justement “d’apprendre à gérer ses émotions, et à rester calme.” L’idée est de travailler son “intériorité”, de se recentrer sur soi, “afin de prendre conscience de ses capacités”.

Séance de relaxation / sophrologie dans une école élémentaire de Los Angeles / Crédits : UCLA

Séance de relaxation / sophrologie dans une école élémentaire de Los Angeles / Crédits : UCLA

Durant 3 ans, Louis Musso est intervenu au lycée de Tournefeuille, près de Toulouse, auprès d’une classe “difficile”. Il a animé, une heure par semaine, des séances de sophrologie. “Au fur et à mesure, l’ambiance de classe s’est apaisée, les élèves se sont métamorphosés : ils étaient plus ouverts, moins agressifs, avec davantage l’envie de réussir”, indique-t-il. Et d’ajouter que “85% des élèves ont décroché le Bac en fin de lycée, alors que presque personne ne croyait en eux à l’origine”.

Les élèves dont il a recueilli les témoignages se décrivent comme “plus détendus, plus calmes, plus concentrés, plus ouverts aux autres, et aussi plus solidaires entre eux, dans l’entraide et le vivre ensemble”. Certains jeunes “disent qu’ils ont appris à se connaître, et d’autres qu’ils ont compris lors des séances, qu’ils travaillaient pour eux-mêmes”, ajoute Louis Musso. Globalement, “le stress évacué, il ne reste chez les élèves que le plaisir d’apprendre”.

Pour Louis Musso, cette méthode de relaxation et de méditation “a des bases scientifiques, et n’est pas une mode”. Elle peut aider les élèves, mais aussi les professeurs, “car elle apprend à mieux se connaître… et pour bien enseigner, il faut d’abord bien se connaître”.

« Souffler », pour « mieux entrer » dans les apprentissages

Professeure des écoles à Lyon, Elodie Swezy a pratiqué la sophrologie à titre personnel pendant un an et demi, avant de mettre en place, en 2016, des séances avec ses CM1. “Je trouvais que ça m’aidait à gérer mon stress et mes émotions. J’ai constaté ensuite que cela pouvait être profitable aussi pour mes élèves”, se souvient-elle.

Des écoliers de Denver, Colorado, en pleine méditation / Chalkbeat / Licence CC

Des écoliers de Denver, Colorado, en pleine méditation / Chalkbeat / Licence CC

Ses séances de sophrologie ont lieu en début d’après-midi, une à deux fois par semaine, pendant 20 minutes. “Les volets sont fermés, je les guide à la voix, je leur demande de fermer les yeux, d’imaginer que leurs soucis s’évacuent dans une bulle flottant au dessus de leur tête, que tout leur corps se détend, ou encore de visualiser un lieu où ils se sentent bien, et d’y passer un peu de temps”, décrit l’enseignante.

Selon la prof des écoles, “les élèves sont très réceptifs, au point que beaucoup s’endorment pendant les séances !” Pour ses CM1, qui sont “pas mal stressés et angoissés, peut-être parce que leurs parents leur mettent la pression, ou parce qu’ils veulent trop bien faire”, il s’agit d’un “moment dans la semaine où ils peuvent évacuer leurs problèmes du quotidien”.  Même si certains élèves “ne sont pas forcément très réceptifs”, en règle générale, constate Elodie Swezy, “la plupart se sentent apaisés, davantage sereins pour attaquer l’après-midi”. L’enseignante remarque ainsi que ses élèves “apprennent mieux” après ce “temps qui leur a permis de souffler avant d’entrer dans les apprentissages”.

En tant qu’enseignante, “la sophrologie m’a appris à titre personnel à peser un peu plus les choses, et à prendre un peu plus de recul ; par exemple, quand je suis confrontée à une situation difficile avec un élève, je prends moins de décisions hâtives ou impulsives”, note-t-elle encore.

Des élèves « plus calmes » et moins stressés

De son côté, Elise Alexandre, professeure des écoles à Montpellier, qui a elle aussi mis en place des séances de sophrologie deux fois par semaine entre midi et 14h, décrit celles-ci comme un moyen d’apporter à ses élèves de CP, stressés par “la vie citadine”, une “petite bulle de bien-être, loin des soucis familiaux, par exemple” – en plus de les rendre “plus concentrés”.

Au cours de la journée, quand l’enseignante “sent que ça s’agite”, de mini-séances permettent aux élèves de se recentrer. “C’est alors comme un coup de baguette magique. On ne peut pas mesurer cela en résultats scolaires, mais leur capacité à travailler est plus grande ainsi”, indique-t-elle. Et de remarquer que “la sophrologie permet à certains élèves, de faire abstraction de ce qui les entoure, pour se focaliser davantage sur les apprentissages”.

Enseignante en collège à Auriac, en Corrèze, Stéphanie Valentin pratique la sophrologie en début de cours, avec ses 6e. En “travaillant sur leur respiration” et en se centrant sur eux, les élèves “se recentrent rapidement quand leur attention se perd”, sont aussi “plus calmes”, et sortent du “zapping permanent dans lequel ils baignent”. Au point que “certains demandent d’eux-mêmes à pratiquer, afin de se canaliser”. Et de conclure que “pour l’enseignant aussi, la sophrologie permet d’être plus serein… afin d’être plus serein avec ses élèves.”

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