François Hollande : son bilan pour l’Education nationale

François Hollande a-t-il tenu sa promesse de faire de l’éducation une priorité ? Revue de ces cinq dernières années de politique éducative.

François Hollande © Polytechnique

François Hollande © Polytechnique

Création de postes

Le candidat socialiste promettait en 2012 de créer 60 000 postes dans l’éducation. Selon les chiffres du ministère, cet objectif est bel et bien atteint. La loi de finances de 2017 prévoit en effet la création de 12 842 postes, qui viennent s’ajouter aux 47 158 postes créés entre 2012 et 2016. Au total, 54 000 postes ont été créés dans l’éducation nationale, 5 000 dans l’enseignement supérieur et 1 000 dans l’enseignement agricole.

Malgré cette bonne dynamique, certains syndicats regrettent que ces créations de postes n’aient pas de réel impact sur le terrain : « dans le quotidien de l’école, les collègues ne voient pas de changements », indique Francette Popineau, porte-parole du SNUipp.

Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU salue ces créations de postes mais déplore que les effectifs ne soient de nouveau pas « au niveau d’avant 2008 ».

Refondation de l’école

C’est le premier chantier enclenché par Vincent Peillon, ministre de l’éducation nationale de 2012 à 2014. La loi du 8 juillet 2013 pour la refondation de l’Ecole a pour but de réduire les inégalités entre les élèves, et de favoriser la réussite de tous. Concrètement, cela se traduit par de nombreuses mesures, comme la création des ESPE, une priorité renforcée au primaire, ainsi qu’une utilisation accrue du numérique dans l’éducation.

Réforme des rythmes scolaires

C’est l’une des réformes majeures de ce quinquennat. Les écoliers français subissaient des journées de classe trop longues et trop chargées, c’est pourquoi Vincent Peillon a décidé de mettre fin à la semaine de 4 jours. Afin de favoriser le rythme d’apprentissage, la semaine de 4,5 jours a été généralisée dès la rentrée 2014.

Francette Popineau, porte-parole du SNUipp-FSU, regrette que la mise en application de cette réforme ait été « dans les mains des municipalités, qui ont fait comme elles ont pu avec les transports scolaires, les personnels et les associations dont elles disposaient autour d’elles, et ce sont donc les mairies qui ont décidé de comment on allait penser le rythme de l’école ».

« On a pas eu de directives de chronobiologistes, pour pouvoir améliorer le rythme et réussir, car il faut se rappeler que ces rythmes scolaires avaient vocation à permettre la réussite des élèves, et on est passé à côté de cela » estime-t-elle.

« Il faut se rappeler que ces rythmes scolaires avaient vocation à permettre la réussite des élèves, et on est passé à côté de cela » estime-t-elle, « les enseignants observent plutôt une plus grande fatigue des enfants, et une plus grande difficulté à travailler ensemble ».

Réforme du collège

La réforme du collège, présentée en 2015 par la ministre Najat Vallaud-Belkacem, a été l’un des faits les plus controversés de ce quinquennat. Cherchant à rompre l’ennui supposé des collégiens, cette réforme met notamment en place des Enseignements pratiques interdisciplinaires (EPI). Parmi les inquiétudes des enseignants, le sort réservé aux langues anciennes, qui sont désormais abordées dans des EPI mêlant ces dernières avec de l’histoire.

La réforme du collège est entrée en vigueur à la rentrée 2016, malgré une très forte opposition des personnels.

Frédérique Rolet, secrétaire générale du Snes-FSU, déplore le fait que « c’est une réforme qui, parce qu’elle est mal pensée et qu’elle a été imposée, n’améliore rien en terme d’égalité entre les établissements et entre les élèves. En même temps, elle a désorganisé le travail dans plusieurs établissements ». Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa, se montre plus positif et espère qu’une éventuelle alternance politique « laissera le temps à cette réforme systémique de s’inscrire dans la durée ».

Refonte de l’éducation prioritaire

Evoquée lors de la loi de refondation de l’école, la carte de l’éducation prioritaire a été entièrement retravaillée à la rentrée 2015. Cette refonte comprend également une hausse de 25% du budget consacré à l’éducation prioritaire (qui est de 1,54 milliards d’euros).

Marc Douaire, président de l’Observatoire des zones prioritaires, salue « une politique volontariste, qui correspond à ce que nous attendions ». Il remarque pour la première fois « une continuité dans l’action engagée » des ministres de l’éducation de ce quinquennat, qui ont pris en compte les constats provenant du terrain. Des avancées ont été faites sur la formation et l’accompagnement des enseignants. « L’orientation nous semble positive mais il y a encore des progrès à faire » conclue Marc Douaire.

Numérique dans l’éducation

En mai 2015, François Hollande dévoile le plan numérique pour l’éducation, qui a pour objectif de permettre aux élèves et aux enseignants de pouvoir exploiter toutes les opportunités pédagogiques offertes par la technologie. Ce dispositif se décline en quatre axes : une formation approfondie des enseignants, la publication de ressources pédagogiques en ligne, un meilleur équipement pour les établissements scolaires et la valorisation d’innovation pédagogique (telles que la classe inversée ou la twictée).

A la rentrée 2016, 1 256 écoles et 1 510 collèges ont été équipés en tablettes. Le gouvernement espère qu’à la rentrée 2017, la moitié des collèges français en seront équipés.

PPCR

Annoncé en juin 2016, le protocole Parcours Professionnels, Carrières et Rémunérations (PPCR) dans la fonction publique sera applicable à 820 000 fonctionnaires de l’enseignement.

Ce protocole se traduit par une revalorisation globale de tous les salaires, dès le début de carrière.

Les syndicats ont salué unanimement cette annonce, regrettant seulement le fait qu’elle intervienne si tardivement.

Lutte contre le harcèlement

Globalement, les syndicats approuvent les efforts faits par le ministère en matière de combat contre le harcèlement scolaire, en particulier avec l’instauration chaque année d’une journée nationale de lutte contre ce phénomène.

Pour Christian Chevalier, du SE-Unsa, « ce qui est intéressant ici, c’est la prise de conscience. La question du harcèlement à l’école était au fond un sujet très largement ignoré, par l’institution et les enseignants car le harcèlement ne se voit pas ».

Frédérique Rolet, du Snes-FSU, ajoute :« il y a eu un effort de sensibilisation. Il n’y a pas eu de mesures nouvelles mais une idée d’une meilleure sensibilisation ». Francette Popineau, du SNUipp, estime que les enseignants doivent être davantage formés sur ce sujet : « Pour lutter contre cela, il faut être un petit peu formé, et je pense que l’on a manqué d’analyse et d’outils concrets sur le terrain ».

Lutte contre le décrochage

François Hollande promettait en 2012 de diminuer de moitié le nombre de décrocheurs. Ils étaient 140 000 en 2012, ils sont près de 110 000 aujourd’hui.

« On voit que les premiers résultats portent leurs fruits » se réjouit Christian Chevalier, « là encore il y a eu une prise de conscience, puis derrière des orientations et des choix budgétaires, et on voit bien que lorsqu’il y a des continuités dans les politiques éducatives, cela fonctionne ! » s’exclame-t-il.

Enseignement de la laïcité

Sur le devant de la scène après les attentats de 2015 et de 2016, l’enseignement de la laïcité a été l’un des enjeux de la fin du quinquennat, avec la « Grande mobilisation de l’école pour les valeurs de la République ».

Les syndicats regrettent que les enseignants n’aient pas été suffisamment accompagnés sur ce sujet : « les collègues se sont tout de même retrouvés relativement seuls si l’on reprend la séquence post-attentats » relève Frédérique Rolet du Snes-FSU, « il y a eu des documents fournis mais les collègues ont dû répondre aux interrogations des jeunes et on voit qu’il y a toute une série de débats instrumentalisés par les politiques sur ce qu’est la laïcité, qui complique les choses ».

Même constat pour Christian Chevalier, du SE-Unsa : « lorsqu’il y a un problème de société, on fait appel à l’école. La laïcité était ignorée, car tout le monde pensait que ce principe allait de soit, et il est revenu sur le devant de la scène, car c’est un des fondamentaux de l’école publique, mais il faut renforcer la formation continue des enseignants à ce sujet, car cette matière ne s’improvise pas ».

Francette Popineau du SNUipp-FSU partage cet avis, ajoutant qu’aujourd’hui « il faut réinterroger la notion de laïcité, remettre tout cela sur le devant de la scène pour que l’on puisse contrecarrer les idées reçues ». Selon elle, la laïcité est « une garantie du vivre ensemble, et il faut travailler avec les enfants pour construire cette notion de laïcité, il n’y a que l’école qui peut le faire, mais il faut que les enseignants y soient accompagnés ».

4 commentaires sur "François Hollande : son bilan pour l’Education nationale"

  1. Loys Bonod  20 mars 2017 à 14 h 03 min

    Plus de 12.000 postes créés en 2017 ? On peut douter qu’un objectif aussi ambitieux (plus de la moitié des 21.000 postes titulaires promis à la création depuis 2012) puisse être atteint compte tenu de la crise des vocations qui frappe l’éducation. L’effet d’annonce jour à plein, comme pour le Capes de lettres classiques (500 postes ouverts aux deux concours de 2014… pour 192 admissions, soit 38% d’admis et moins encore de postes pourvus). Rappelons que, chaque année, des milliers et des milliers de postes ne sont pas pourvus : les créations des années précédentes étaient pourtant bien moins nombreuses.

    Rappelons également que sur les 48.000 « postes » d’enseignants promis à la création depuis 2012, 27.000 correspondent en réalité à des carrières allongées d’une année de stage (à mi-temps dans les classes).

    Bref, avec la hausse démographique dans les établissements, on est loin des promesses tenues en 2012 et du moindre changement dans les classes.Signaler un abus

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  2. Dean corso  21 mars 2017 à 21 h 19 min

    le bilan est mauvais.
    les élèves de 6e ne comprennent même pas ce qu’ils lisent.
    on se demande ce qu’ont fait les professeurs des écoles avant d’expédier ces élèves dans le secondaire avec un niveau aussi faible.
    le nombre des inspections et recadrages pédagogiques est devenu très insuffisant.
    Ces derniers temps ,les enseignants réclament souvent de l’argent alors qu’ils sont déjà très correctement payés
    le priorité n’est pourtant pas de savoir comment ils vont se constituer une épargne bancaire mais plutôt de voir comment ils vont relever le niveau des élèves.
    ces prochaines années, ils vont devoir davantage faire leurs preuves.Signaler un abus

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  3. BOSSEZ  24 mars 2017 à 17 h 56 min

    Le précédent propos est purement blasphématoire.

    D’abord si l’école française laisse de côté près de 20% des élèves, elle permet la réussite de 80% d’entre eux. Merci aux professeurs !

    Ensuite, avant de condamner le travail des professeurs des écoles il faudrait se pencher sur les raisons de l’échec à faire progresser tous les élèves.
    Oui, les enseignants ont une part de responsabilité, mais elle est, à de rares cas près, non intentionnelle. La formation initiale est très hétérogène entre ESPE (et au sein d’un même ESPE) ou déconnectée des réalités de terrain car là aussi il n’existe pas (ou très peu) de (vraies) formations de formateur : on demande par exemple souvent à des universitaires de donner des conseils sur des situations qu’ils n’ont jamais vécues. A l’inverse on fait appel à des enseignants, choisis sur dossier par les inspections car « bons élèves » de l’institution, mais peu nombreux sont ceux qui maîtrisent les sciences de l’éducation ou la science de la didactique de leur discipline.
    Une fois en poste, l’enseignant est livré à lui même. Les inspections sont peu fréquentes, c’est vrai mais c’est aussi car les inspecteurs sont peu nombreux. Et de toute manière, que peuvent-ils proposer ? Puisque la formation continue est quasi inexistante et le peu qui existe est rarement adapté. Ce sont des formations qui se bornent à initier une partie des professeurs aux derniers dispositifs à la mode.
    Et puis il y a les conditions de travail : les effectifs sont nombreux, les profils d’élèves très variés.
    Contrairement aux croyances, et aux affirmations de certains politiques, le taux d’encadrement réel des élèves français (je parle des personnels sur le terrain avec les élèves) est faible. Et l’OCDE le souligne régulièrement, l’école primaire française est très mal lotie. Et il y a le contexte familial pas toujours propice à la réussite scolaire de l’enfant. Quant aux dispositifs de type RASED ils sont en voie de disparition. Conclusion : le professeur est bien seul dans sa classe à gérer l’instruction des élèves mais aussi à cogérer (avec les familles) l’éducation à la vie en collectivité.

    Les élèves les moins en réussite sont issus des milieux les plus défavorisés. L’école ne parvient plus à réduire les inégalités sociales. Elle reste pourtant le moyen le plus efficace d’ascenseur social. Il faut donc aider l’école, en pensant son évolution au regard des résultats issus des recherches sur la question, en investissant fortement dans la formation des enseignants.

    Mais ce ne sera pas suffisant. C’est un problème qui concerne toute la société et non simplement ceux qui font ce qu’ils peuvent, chaque jour.

    Quant au salaire … Je rappelle qu’un professeur du primaire est maintenant titulaire à minima d’un MASTER (bac + 5). Il débute à 1324 € net. Formidable !
    Après 10 ans il parvient à un 2000€ et en fin de carrière autour de 2500 €.
    D’ailleurs il y a actuellement une crise de recrutement. Les jeunes ne veulent pas devenir enseignant. Le métier est financièrement peu attractif, lorsqu’on a un niveau d’étude bac+5 … et si en plus il faut encaisser les propos tels que ceux du précédent intervenant qui bien évidemment ferait beaucoup mieux à leur place.

    Un peu de considération, madame, ou monsieur, pour des gens qui s’occupent au quotidien de la totalité de la jeunesse française.Signaler un abus

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  4. pierre  27 mars 2017 à 10 h 06 min

    Rien dans cet article sur l’enseignement des langues (sauf pour le latin et le grec dont l’enseignement disciplinaire est purement et simplement supprimé.)
    Rien sur la disparition des classes bilangues et Européennes. (sauf dans certaines villes comme à Paris.)
    Rien sur le fait que le nombre d’heures hebdomadaires d’enseignement des langues au collège va passer à moins de trois heures.
    Cette réforme du collège va aggraver encore la faiblesse du niveau en langue des plus défavorisés.Signaler un abus

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