Rentrée 2017 : les mesures de Najat Vallaud-Belkacem risquent-elles d’être remises en cause ?

Lors de la présentation de la circulaire de rentrée, la ministre a défendu son bilan. Elle en a aussi profité pour critiquer Emmanuel Macron, qui veut revenir sur plusieurs réformes.

"Préparer la rentrée" : conférence de presse de Najat Vallaud-Belkacem présentant la circulaire de rentrée 2017 / Capture Dailymotion

« Préparer la rentrée » : conférence de presse de Najat Vallaud-Belkacem présentant la circulaire de rentrée 2017 / Capture Dailymotion

Alors que la circulaire de rentrée, qui fixe les grandes orientations en matière d’éducation pour l’année 2017-2018, a été publiée au Bulletin Officiel,  Najat Vallaud-Belkacem défend ses réformes – passées et encore à venir.

Lors de sa dernière conférence de presse du quinquennat, le 8 mars, la ministre de l’Education nationale a indiqué « ne rien ignorer » des échéances. Pour elle, s’il est tout à fait possible « qu’un futur ministre amende la circulaire », son successeur potentiel ne devrait pas oublier que « l’institution scolaire a besoin qu’on lui laisse du temps ». Et de « faire le vœu que l’effort pour la refondation de l’école soit poursuivi ».

11.662 postes d’enseignants supplémentaires

Rappelant les réformes déjà effectuées (revalorisation des salaires, augmentation du budget éducation, refonte de l’éducation prioritaire, réforme du collège), Najat Vallaud-Belkacem a insisté sur l’une des réalisations du quinquennat : la création de 60.000 postes d’enseignants.

Selon la ministre, cet engagement a été « tenu », puisqu’à la rentrée, 11.662 postes supplémentaires seront créés –  dont 4311 en primaire (soit 23.639 postes créés dans le premier degré en 5 ans), et 4650 en secondaire (soit 21.809 postes créés sur l’ensemble du quinquennat). Seront également créés, en septembre, 1351 postes d’accompagnants d’élèves en situation de handicap (AESH).

Emmanuel Macron dans le collimateur de N. Vallaud-Belkacem

Après ce rappel, Najat Vallaud-Belkacem a critiqué, sans le nommer, Emmanuel Macron, candidat du mouvement En Marche ! à l’élection présidentielle, qui  propose notamment de revenir sur la réforme des rythmes scolaires, en laissant la liberté aux communes d’en sortir, et « d’organiser le temps périscolaire sans contrainte ».

« Ça veut dire quoi ‘laisser le choix aux communes?’ Où est l’Education nationale ? », a interrogé la ministre. Pour elle, revenir à 4 matinées d’enseignement au lieu de 5, reviendrait à « renvoyer les enfants des classes populaires devant la télévision », et à « mettre au chômage 300.000 animateurs ».

Salle de classe- Capture d'écran

Salle de classe- Capture d’écran

La circulaire passera-elle l’été ?

Une question se pose, toutefois : la circulaire de rentrée, qui prévoit notamment la poursuite des EPI (Enseignements pratiques interdisciplinaires) et de l’accompagnement personnalisé au collège, ainsi que la reconduction du dispositif des activités pédagogiques complémentaires en lien avec les rythmes scolaires, pourrait-elle être remise en cause en cas de nouveau gouvernement ?

En ce qui concerne les postes d’enseignants, il ne « devrait pas être possible » pour un nouveau ministre de revenir sur la création de 11.662 postes, celle-ci ayant déjà été budgétée, indique Christian Chevalier, secrétaire national du SE-Unsa, au journal 20 Minutes.

Quant à la réforme des rythmes scolaires, que Najat Vallaud-Belkacem considère comme « une réussite », « il est possible de prendre un décret dès juin pour décider, par exemple, de supprimer les activités périscolaires », note le syndicaliste. « Mais, politiquement, ce serait risqué, car il faudrait dire aux parents de s’organiser pour venir chercher leurs enfants plus tôt à l’école et supprimer des postes d’animateurs », ajoute-t-il.

Enfin, concernant la réforme du collège, que François Fillon comme Emmanuel Macron prévoient de détricoter, il risque d’être difficile de revenir dessus, en tout cas dès 2017. « Supprimer les EPI aurait une incidence sur les emplois du temps des enseignants. Ce n’est pas jouable », explique Christian Chevalier à 20 Minutes.

Pour Claude Lelièvre, historien de l’éducation, les enseignants « non favorables » aux EPI pourraient toutefois « profiter d’une remise en cause de la réforme pour mettre la pédale douce sur ce dispositif, car ils n’en craindront pas les conséquences ». Comme l’indique Christian Chevalier au quotidien gratuit, « si le futur ministre de l’Education décide de revenir sur tout ou partie de la réforme, cela peut avoir un effet psychologique fort sur les enseignants et casser la dynamique ».


8 commentaires sur "Rentrée 2017 : les mesures de Najat Vallaud-Belkacem risquent-elles d’être remises en cause ?"

  1. Paolo  10 mars 2017 à 16 h 34 min

    Je suis toujours impressionné par le manque d’humilité de nos ministres et non des moindres.

    Mme Vallaud-Belkacem croit encore que la réforme dont elle a porté la mise en œuvre est exceptionnelle et ne pourra que difficilement être remise en cause.

    L’institution scolaire a besoin qu’on lui laisse du temps … Mais bien entendu.Laissons le gouffre des inégalités se creuser !

    C’est pourquoi, cette réforme, construite dans une urgence peu compréhensible, fabriquée en patchwork par une D.G.E.S.C.O démagogue – pilotée par une directrice carriériste qui a construit son petit avenir de haut fonctionnaire sans réellement protéger ceux qui doivent l’être – ne fonctionne pas.
    La rectrice la plus rapide de l’Ouest qui ne fit que deux ans dans chaque académie pilotée mais qui demandait à ses cadres de faire 5 ans et plus en poste … Ben oui, faites ce que je dis mais pas ce que je fais … Paroles et paroles … N’a pas été à la hauteur de l’enjeu !

    Pensez-vous franchement que la réforme est appliquée partout de manière équitable ?

    Si tel est le cas, alors continuez de rêver ! Cette réforme est injuste.
    Casser une dynamique ? Mais de quelle dynamique parle-t-on ? La mort de l’Allemand ? Du Latin ? Des E.P.I que l’on peut imposer et qui se font sur la bonne volonté de chacun ?

    Allons, soyons sérieux, les établissements parisiens ont gardé des privilèges que les autres académies n’ont pas ! Est-ce là une logique de démocratie ?

    Et si en 2017, notre France se réveillait avec la gueule de bois Lepenisée ? Et si une grande partie des français en avait marre de ces politiques qui dirigent sans s’impliquer réellement en ne pensant qu’aux lendemains sans construire le présent ?

    Et si tout cela ne voulait plus rien dire après les élections présidentielles ?

    Que sera l’école de la République dans une guerre civile ? Un lambeau de chair démocratique abandonné par tous ces incapables qui oublient qu’ils installent chaque jour un peu plus le clou de l’intolérance dans nos établissements scolaires !Signaler un abus

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  2. Batignes André  10 mars 2017 à 18 h 52 min

    J’ai soutenu et continue de soutenir la ministre Najat pour son action courageuse et lucide à son poste de ministre de l’E.N.
    Revenir sur les rythmes scolaire en primaire serait une grave erreur ( retour aux 4 demi-journées = NON !). Supprimer les EPI au collège = NON, ils sont une amorce et un gage fort pour développer l’interdisciplinarité qui profite aux élèves les moins favorisés ! J’espère que le candidat MACRON reviendra sur ces inepties ….
    André Batignes
    proviseur honoraireSignaler un abus

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    • Renault Elie  13 mars 2017 à 17 h 19 min

      Vous ne donnez pas d’argument pour garder les EPI ? Votre intervention est insuffisante !
      Du coup, je continue de penser que, comme les TPE, les EPI sont une invention d’illusionnistes pour préparer des réductions d’horaires et vider les programmes des « vraies disciplines », maths, français, etc. Ce fut exactement le rôle pervers des TPE.
      Chef d’établissement signifie parfois, et même souvent, « déconnecté de toute exigence » et porté sur « l’antiprofisme », même si c’est au détriment de l’avenir de l’élève. J’en ai connu de destructeurs, au point de presque arriver à saborder un lycée avant d’être replacés dans un collège campagnard …
      C’est bien joli, les EPI, mais ils laisseront les enfants de condition modeste encore plus désarmés devant les études en lycée et dans le supérieur, à cause de l’appauvrissement catastrophique des enseignements de base.

      Vive Macron s’il nous débarrasse de cette escroquerie « anti-gosses d’origine modeste » que constituent les EPI !!! Vivement un retour à une école exigeante, mais efficace !
      Un bon chef d’établissement ne doit pas être un béni-oui-oui prêt à approuver n’importe-quelle ânerie proférée par ses supérieurs, fût-elle néfaste aux enfants.

      Un agrégé retraité.Signaler un abus

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  3. martine  10 mars 2017 à 19 h 54 min

    Sans vouloir être méchante, rien que le « Elle en a aussi profité pour critiquer Emmanuel Macron, qui veut revenir sur plusieurs réformes », me donne envie de voter pour M.Macron.Signaler un abus

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  4. Corinne Sylve  10 mars 2017 à 21 h 13 min

    Je ne comprends pas en quoi « supprimer les EPI aurait une incidence sur les emplois du temps ». Petit rappel : les EPI sont censés être réalisés pendant le temps de cours des enseignants…Signaler un abus

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  5. T.RANTOLL  11 mars 2017 à 21 h 54 min

    Je suis un électeur du centre-gauche. Je ne voterai ni pour l’extrême-gauche démago, ni pour l’extrême-droite. J’ai voté Hollande. Professeur scientifique retraité en 2016, je me permets d’exprimer humblement ce que je pense être bon pour le futur de l’EN.
    Les politiques sérieux feraient bien de consulter les professeurs sensés. Il faut absolument remettre à plat les mesures destructrices prises sous NVB et Luc Chatel. …
    1) Reconsolider les exigences à tous les niveaux et remonter les résultats PISA. Exclure les dangereux « pédagogistes » de toute décision au MEN. Arrêter les âneries du genre “EPI”.
    2) Renforcer les enseignements de français, de maths et physique et « squeezer » les enseignements baratinologiques qui, en gros, sont de la sociologie délayée à l’eau tiède.
    3) Rétablir la discipline, supprimer les mesures qui permettent aux perturbateurs d’être maintenus éternellement dans un établissement tout en martyrisant leurs camarades.
    4) Revoir toute la politique de l’enseignement des langues en se concentrant mieux sur les élèves motivés (classes euro ou internationales), revivifier l’enseignement de l’Allemand, du Chinois, de l’Italien et du Russe, si utiles à l’emploi des jeunes diplômés, rendre facultative la 2e langue aux élèves insuffisamment motivés et limiter la place de certaines langues sans intérêt pour l’emploi, mais choisies par facilité.
    5) Introduire la sélection à l’Université et fermer 70% des « facs-à-chômeurs » qui délayent un enseignement creux et baratinologique déconnecté du marché de l’emploi et de toute recherche exportable. Le lecteur en fera lui-même l’énumération.
    Bon, je sais bien que ces facs obèses font plaisir à l’UNEF, si bien représentée parmi les socialistes frondeurs, mais l’intérêt de l’UNEF n’est pas celui de la France.
    6) Limiter drastiquement le recrutement dans les filières de lycée aux débouchés limités. Par exemple, ne pas permettre plus d’une seule classe de L par lycée permettrait de ne recruter que de vrais littéraires motivés et pas une majorité « d’élèves incomplets » qui fuient les filières techniques et scientifiques. Au passage, signalons que les classes de L sont probablement les plus coûteuses par élève.
    7) Je pense qu’il faut fusionner d’urgence les filères ES et STMG. La voie ES n’est qu’une « STMG pour petits-bourgeois », et, A CONTRARIO, beaucoup d’élèves se retrouvent en STMG par effet de relégation sociale, « STMG = ES pour les enfants de prolos ». Cette discrimination scandaleuse doit cesser. Cela reviendrait à muscler les exigences « générales » en STMG (maths, français, culture générale), et à rajouter un volet technologique à la filière ES, en allégeant son côté « baratinologie-pseudo-Sciences-Pipo ».
    8) Il faut, dès la classe de première, diversifier les parcours des filières scientifiques en « Sciences+bio+informatique », « Sciences+PC+informatique » et « Sciences+Maths+Physique+informatique ».
    9) Il faut réviser complètement les programmes de seconde, et recréer une filière de seconde mieux à même de préparer aux études scientifiques, si fécondes en débouchés et en emplois.
    10) Il faut une politique solide et sensée de recrutement d’enseignants sur le long terme. Entre autres, on doit cesser de recruter les instits parmi les étudiants déficients en sciences. Pour cela, un système de pré-recrutement intelligent doit, entre autres, inciter des bacheliers solides et réellement généralistes à choisir le métier d’instituteur.
    Etc., etc.Signaler un abus

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