Expo « Shoah et bande dessinée » : la force des images pour raconter l’indicible

Jusqu’au 30 octobre 2017, le Mémorial de la Shoah fait découvrir, notamment aux collégiens et lycéens, comment l'Holocauste a été représenté par le 9e art.

Jacques Olivier David, coordinateur pédagogique du Mémorial de la Shoah, lors d'une visite guidée / Exposition "Shoah et BD"

Jacques Olivier David, coordinateur pédagogique du Mémorial de la Shoah, lors d’une visite guidée / Exposition « Shoah et BD »

L’idée d’une exposition sur la représentation de la Shoah à travers la BD, portée par Didier Pasamonik, éditeur de bandes dessinées, et Joël Kotek, historien, était dans les cartons du Mémorial de la Shoah depuis une bonne dizaine d’années. Jusqu’au 30 octobre 2017, les visiteurs pourront découvrir 190 planches, pour la plupart originales, abordant la question du génocide (juif, mais aussi arménien, tutsi, tzigane…).

Au total, les oeuvres de 90 auteurs sont exposées au Mémorial de la Shoah, à Paris. Elles permettent de découvrir d’une façon pédagogique, comment le “9e art” a représenté l’Holocauste.

Shoah et bande dessinée” retrace l’historique de la représentation de l’indicible dans la BD : au départ, au lendemain de la guerre, les artistes dessinent la Shoah d’une façon réfractée (à travers des métaphores, ou d’une manière très fugace), puis ils décident de la montrer clairement à partir de 1955, avec “Master Race”, de Bernard Krigstein, jusqu’à l’oeuvre la plus connue : “Maus”, d’Art Spiegelman (1986).

Toutes ces oeuvres sont à retrouver lors de l’exposition, au milieu d’une multitude d’autres bandes dessinées de grande qualité, qui permettent de se plonger dans l’Histoire à travers le dessin. De la BD franco-belge aux Comics, en passant par les mangas, le visiteur constatera à quel point la Shoah a marqué la narration graphique, longtemps considérée comme réservée aux enfants.

Master Race, de Bernard Krigstein / "Shoah et BD"

« Master Race », de Bernard Krigstein

Un support pédagogique pour les enseignants

Pour les enseignants, “Shoah et bande dessinée” est l’occasion d’exploiter la force des images, afin d’étudier autrement le génocide avec leurs élèves. Chaque année, le Mémorial de la Shoah reçoit 150.000 visiteurs, dont 50.000 élèves de secondaire, venus en groupes pour assister à des visites guidées.

L’exposition est, selon Jacques Olivier David, coordinateur pédagogique du musée, “un formidable outil pour les profs, car la BD constitue un détour intéressant pour incarner cette période sombre, et peut être exploitée en histoire, mais aussi en français, en anglais (beaucoup d’oeuvres sont américaines) et en arts plastiques, dans une approche transdisciplinaire”.

Véritable support pédagogique, la bande dessinée se retrouve dans les manuels d’Histoire, “et des profs l’utilisent pour enseigner l’indicible”, explique Jacques Olivier David. C’est ainsi qu’en octobre dernier, nous avions croisé, aux Journées de l’Histoire et de la Géographie d’Amiens, une enseignante venue présenter une séquence entièrement dédiée à l’étude de l’univers concentrationnaire nazi à travers la bande dessinée. Prof au lycée Cassini de Clermont, Emmanuelle Demaille utilise en effet le 9e art, et plus particulièrement « Maus », comme support pour expliquer à ses élèves le “processus de déshumanisation” dans les camps de la mort.

"La Bête est morte", d’Edmond-François Calvo (dessin), Victor Dancette et Jacques Zimmermann (scénaristes), Éditions Gallimard, novembre 1944, collection particulière. /©Mémorial de la Shoah.

« La Bête est morte », d’Edmond-François Calvo, Gallimard, 1944, collection particulière. /©Mémorial de la Shoah.

De « La Bête est morte » à « Maus »

La visite de “Shoah et bande dessinée” permet de s’arrêter sur des oeuvres percutantes, à commencer par “La Bête est morte !”, d’Edmond-François Calvo (1944), qui représente la guerre sous la forme d’une satire animalière, et qui est la toute première mention de la Shoah dans une BD.

A l’époque, la représentation du génocide est discrète et pudique, mais frappe déjà les esprits, avec des dessins montrant par exemple comment les femmes étaient séparées de leurs enfants à leur arrivée dans le camp.

L’exposition met aussi en valeur une BD emblématique : “Master Race” de Bernard Krigstein. Parue en 1955, il s’agit de “la première représentation, extrêmement explicite, de l’histoire du nazisme et du génocide des Juifs”, indique Jacques Olivier David. La planche présentée relate la façon dont un rescapé d’un camp croise, dans le métro new-yorkais, son ancien bourreau – elle montre ensuite, dans un flash-back, d’une façon très réaliste, les fours crématoires et l’univers concentrationnaire.

"Maus", d’Art Spiegelman (1986)

« Maus », d’Art Spiegelman (1986)

Autre oeuvre marquante, le roman graphique “Maus”, d’Art Spiegelman (1986), qui s’est inspiré de “Master Race” pour raconter en dessins l’histoire de son père, survivant de l’Holocauste. Comme dans “La Bête est morte”, les êtres humains sont représentés par des animaux – les nazis sont des chats, les Juifs, des souris. Il s’agit cette fois de la première BD à représenter la Shoah d’une façon documentée et ultra-réaliste (en se basant notamment sur les témoignages de rescapés).

Comics, mangas et autres génocides

La BD a de nombreux visages – et les visiteurs peuvent aussi découvrir la façon dont le nazisme et la Shoah ont été traités dans les Comics et les aventures de super-héros (comme les X-Men, Superman ou Captain America), mais aussi dans les mangas, avec “L’histoire des 3 Adolf”, d’Osamu Tezuka, dont une planche originale est exposée.

L’histoire des génocides ne se limitant pas à la Shoah, l’exposition présente d’autres oeuvres, qui abordent le sort des Tziganes, des Arméniens ou des Tutsis. Une planche de “Manouches” (2016), de Kkrist Mirror, montre ainsi le destin des Gitans de France, eux aussi victimes des nazis pendant la Seconde guerre mondiale.

“Rwanda 1994”, de Pat Masioni

“Rwanda 1994”, de Pat Masioni

De son côté, Varto, de Gorune Aprikian et Stéphane Torossian (2015) se penche sur le génocide arménien, longtemps resté tabou, à travers le regard d’enfants innocents. Enfin, avec Déogratias, de Jean-Philippe Stassen (2000), la couverture de “Rwanda 1994”, de Pat Masioni (2005), illustre d’une façon poignante le destin tragique des Tutsis.

A destination des enseignants, le catalogue de l’exposition, dirigé par Didier Pasamonik, est publié chez Denoël Graphic. Des visites guidées (durée : 1h30 environ) sont proposées aux groupes scolaires (collège, lycée). Après une présentation de chaque oeuvre, les élèves sont invités à en débattre avec leurs enseignants et les animateurs du Mémorial.

Shoah et bande dessinée
Jusqu’au 30 octobre 2017 au Mémorial de la Shoah
17 rue Geoffroy-l’Asnier, 75004 Paris

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