La classe inversée en école d’infirmière, pour apprendre de façon plus concrète

Formatrice en IFSI, Delphine Canzian utilise la classe inversée pour rendre son cours plus interactif. Ses étudiants infirmiers sont "plus autonomes et plus acteurs".

DarkoStojanovic / Pixabay / Licence CC

DarkoStojanovic / Pixabay / Licence CC

Formatrice à l’IFSI (Institut de formation en soins infirmiers) de Périgueux (Dordogne) depuis 15 ans et infirmière cadre de santé, Delphine Canzian enseigne à des étudiants de 18 à 46 ans, sortis du lycée ou en reconversion professionnelle.

Depuis 2015, elle s’occupe d’une classe de 3e année (la formation infirmière, universitaire, dure 3 ans), et enseigne la cancérologie via la classe inversée. “Il y a deux ans, j’ai souhaité faire un Master 2 en sciences de l’éducation à Bordeaux, afin de sortir de la routine. Un jour, notre formateur nous a parlé de cette méthode pédagogique innovante”, se souvient-elle.

Après réflexion, avec l’envie de sortir de la “posture transmissive classique en amphi, avec des étudiants cachés derrière des écrans, et qui n’écoutent pas toujours”, Delphine Canzian décide de se pencher sur la “flipped classroom”, pour rendre ses cours plus interactifs. “J’ai fait de la classe inversée mon sujet de mémoire (“apporte-t-elle plus d’autonomie aux étudiants et améliore-t-elle leurs apprentissages ?”), j’ai mené quelques tests avec mes élèves, puis je me suis lancée”, explique-t-elle.

« Ils co-construisent ensemble leurs apprentissages »

L’enseignante fait visualiser des capsules vidéo (qu’elle repère sur YouTube ou parmi les tutoriels produits par des hôpitaux) à ses élèves chez eux, 15 jours à trois semaines à l’avance. Ensuite, une fois en présentiel, en TD (travaux dirigés), ceux-ci travaillent en îlots (groupes de 4 ou 5), autour de situations professionnelles. “Il s’agit de situations cliniques, et ils doivent puiser dans les vidéos que je leur ai envoyé, ainsi que dans leurs connaissances et dans leurs propres expériences professionnelles de soins (lors de leurs stages), pour résoudre une problématique. Ainsi, ils co-construisent leurs apprentissages”, indique Delphine Canzian.

IFSI / Centre Hospitalier de Périgueux / CH-Perigueux.fr

IFSI / Centre Hospitalier de Périgueux / CH-Perigueux.fr

Par exemple, lors de sa dernière séquence (DOC, 80 Ko), les étudiants ont visionné, trois semaines avant le TD, une dizaine de vidéos (témoignages, émissions) très courtes abordant le cancer du sein. Au moment du TD, la formatrice leur a proposé une situation professionnelle fictive : une femme de 44 ans, mariée, active, subit une chimiothérapie – charge aux élèves de réfléchir à un diagnostic infirmier et à un “projet de soin” adapté (lié par exemple aux effets secondaires de la chimiothérapie, comme la perte de poids ou la perturbation de l’image corporelle).

Un cours « beaucoup plus interactif »

Pendant que ses élèves travaillent en groupe, en autonomie, la formatrice circule entre les îlots, en support. “A la fin, je fais une ‘synthèse’ de leurs travaux, et je crée le débat, en les poussant à argumenter et à défendre leurs idées… Et je trouve qu’ainsi, ils amènent une qualité de réflexion que je n’avais jamais vue avant”, remarque-t-elle.

Delphine Canzian décrit un cours “beaucoup plus interactif” qu’autrefois : “les étudiants qui étaient autrefois passifs, se sentent désormais obligés de parler avec les autres car ils sont en petits groupes. Il y a des mini débats entre eux au sujet des capsules vidéos, et ils mobilisent leurs connaissances d’une façon bien plus efficace et qualitative”.

L’enseignante parle “très peu”, car ce sont les élèves eux-mêmes qui “fabriquent leurs apprentissages”. Selon elle, beaucoup d’étudiants “apprécient de venir en cours avec un petit bagage, avec déjà un peu de savoir” et se considèrent comme “plus autonomes et acteurs”. S’ils ne visualisent pas les vidéos avant de venir, pas possible pour eux de travailler avec leurs collègues pour produire quelque chose (les réponses aux questions posées se trouvent dans les capsules). “C’est un contrat de confiance : ils s’engagent à les regarder, sans quoi ils ne feront pas avancer leur groupe”, explique Delphine Canzian.

Des élèves infirmiers qui aiment « le côté concret » du cours

Centre Hospitalier de Périgueux / IFSI / Agence MBA

Centre Hospitalier de Périgueux / IFSI / Agence MBA

“Pour les étudiants infirmiers, la classe inversée change des méthodes traditionnelles, où l’on est dans quelque chose de très passif, avec un enseignant délivrant simplement son savoir”, remarque-t-elle. Ses élèves se sentent ainsi, le plus souvent, “plus armés, pour être professionnels plus rapidement”. Ils apprécient “le côté concret et pratico-pratique du cours”, et indiquent surtout “ne jamais s’ennuyer”.

Depuis qu’elle s’est lancée dans cette méthode pédagogique, Delphine Canzian a toutefois constaté qu’il était important de laisser une place aux méthodes d’enseignement traditionnelles : “les élèves très scolaires sont un peu perturbés par la flipped classroom et le fait d’être aussi autonomes.” Ainsi, la formatrice en IFSI n’a pas totalement abandonné le cours “magistral”.

L’enseignante se sent de son côté davantage épanouie depuis qu’elle a adopté la classe inversée : “je ne suis plus statique, je bouge dans les îlots, et je peux rencontrer quasi-individuellement chacun des 95 étudiants de ma promo, pour les aider à trouver leur propre savoir plutôt que de leur en délivrer un”.

La classe inversée, « un défi »

A l’adresse de ses collègues formateurs – cadres infirmiers intéressés, elle tient à les prévenir : “la classe inversée est un défi – car l’on ne sait jamais vraiment ce que l’on va dire aux étudiants en arrivant en cours. Mais c’est justement cela qui est enthousiasmant et enrichissant !”

Au printemps 2017, dans le cadre d’une unité d’enseignement optionnelle, Delphine Canzian compte, avec un autre formateur, permettre aux étudiants de 3e année de produire eux-mêmes des vidéos sur des gestes techniques (poser une perfusion, etc.) pour leurs cadets de 2e et 1ere année.

“Je n’ai jamais réalisé de montages. Mais nous allons essayer de produire avec eux des vidéos à partir de smartphones et de logiciels gratuits. C’est un nouveau challenge !”, lance-t-elle. Les ressources produites devraient être proposées aux étudiants des promotions précédentes… et pourquoi pas, au sein d’une “banque de données de capsules”, aux infirmiers de l’hôpital de Périgueux désireux de disposer de piqûres de rappel.


Une vidéo visionnée par les étudiants de Delphine Canzian, plusieurs semaines avant le TD.

1 commentaire sur "La classe inversée en école d’infirmière, pour apprendre de façon plus concrète"

  1. cathy  24 janvier 2017 à 21 h 07 min

    vraiment très intéressant cet article,ça me donne envie de ma lancer car je suis aussi formatrice en IFSISignaler un abus

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