La MLDS, une seconde chance pour les décrocheurs

Qu’est-ce que la Mission de Lutte contre le Décrochage Scolaire ? Laurent Guillemin, coordonnateur de la MLDS dans l’académie de Besançon, nous présente ce dispositif.

Laurent Guillemin

Laurent Guillemin

Pouvez-vous nous expliquer ce qu’est une Mission de Lutte contre le Décrochage Scolaire ?

La mission de lutte contre le décrochage scolaire (MLDS) n’est pas un dispositif spécifique mais une des missions de l’Ecole qui concerne l’ensemble des acteurs du système éducatif. Cette mission, mise en place en 2013 pour remplacer la ‘mission générale d’insertion’ (MGI) contribue à la réalisation de trois objectifs majeurs : prévenir le décrochage scolaire, faciliter l’accès au diplôme et à la qualification et contribuer à la sécurisation des parcours de formation. Elle s’adresse à l’ensemble des élèves de plus de 16 ans soit sortis depuis moins d’un an d’un établissement scolaire, sans solution de poursuite d’études ni de possibilité d’insertion professionnelle soit scolarisés et en situation de rupture scolaire, absentéistes et souhaitant abandonner leurs études. Au-delà de son activité menée au titre de la prévention, en lien avec les établissements scolaires, la MLDS travaille en étroite collaboration avec les responsables des « plates-formes de suivi et d’appui aux jeunes décrocheurs » et des réseaux FOQUALE  (Formation QUALification Emploi).

Comment est née la nécessité de créer la MLDS ?

En raison du fort taux de décrocheurs, il est apparu évident de créer un dispositif pour aider ces jeunes à reprendre le chemin de l’école ou à s’insérer professionnellement. Mais cela est très ancien ! A l’origine, nous avions ce que l’on appelait un DIJEN (dispositif d’insertion des jeunes de  l’Education nationale), puis nous sommes passés à une MIJEN (mission d’insertion des jeunes de l’Education nationale). Peu à peu, les choses ont évolué pour arriver à une mission générale d’insertion (MGI). Le terme « mission générale » était une manière de dire que la notion d’insertion et de prise en charge des jeunes concernent l’ensemble des acteurs de l’école et devait accompagner l’ensemble des jeunes qui quittaient l’école vers un projet d’insertion. Depuis 2013, elle porte le nom de mission de lutte contre le décrochage scolaire (MLDS). Cette nouvelle dénomination met en évidence l’objectif majeur assigné de prévenir le décrochage scolaire et de sécuriser les parcours pour l’accès à une qualification professionnelle.

Quel est le rôle des personnels impliqués dans la MLDS ?

Les personnels de la MLDS regroupent des experts dont la mission essentielle est de travailler prioritairement sur cette problématique de prévention du décrochage. Ils participent au repérage des élèves en risque de décrochage, interviennent en proximité auprès des établissements scolaires et des équipes éducatives pour travailler avec eux et assurent des activités de conseil et d’expertise en ingénierie de formation. Ils essayent de comprendre pourquoi l’élève ne souhaite plus travailler, pourquoi il ne se sent plus à sa place, d’identifier les différentes difficultés qu’il rencontre et perturbent sa scolarité. Ils cherchent aussi à déterminer ce qui a été entrepris pour l’élève, si des solutions ont été trouvées ou alors ce qu’on envisage pour qu’il ne se déscolarise pas. Dans le champ de la prévention, les personnels de la MLDS participent aussi à un certain nombre de dispositifs : les groupes de prévention du décrochage et les réseaux Foquale. En ce qui concerne le domaine de la remobilisation, les personnels de la MLDS conçoivent, coordonnent et peuvent assurer des séquences de formation et des séquences d’accompagnement personnalisé. Des temps d’immersion en entreprise, qui permettent de comprendre comment fonctionne un milieu professionnel, de donner du sens au projet professionnel des élèves, sont également prévus. Les jeunes participent enfin à des activités, mises en place par les personnels de la MLDS, qui ont pour objectif de retravailler la gestion des difficultés, l’estime de soi, la confiance en soi… L’idée est de reconstruire l’identité du jeune pour qu’il accepte ensuite de repartir en formation.

Enseignant

Enseignant © Estudi M6 – Fotolia.com

Justement, dans une circulaire, publiée au B.O. du 5 janvier 2017, il est indiqué que les professeurs peuvent, eux aussi, exercer « une partie ou la totalité » de leurs fonctions « au titre de la MLDS ». Concrètement, que font-ils ?

Oui, c’est la nouvelle circulaire que vient de publier le ministère. Les enseignants, de n’importe quelle filière (maths, histoire-géo, français…), pourront demander à intervenir sur un ou plusieurs dispositifs de lutte contre le décrochage scolaire. Cette mission sera intégrée dans leur temps de service. Ils auront la possibilité de choisir à ce que celle-ci soit exercée sur une partie ou la totalité de leurs fonctions. En général, les enseignants qui souhaitent y participer se sentent investis d’une mission et ont une certaine sensibilité pour les élèves « en difficulté ». Ils auront ainsi un rôle d’encadrement de proximité voire de formation auprès des élèves en décrochage. Par exemple, nous proposerons sûrement à un enseignant de lettres d’intervenir dans son champ, linguistique, sur des jeunes en rupture scolaire. Cet engagement fait l’objet d’une lettre de mission pluriannuelle, pour une durée de trois ans révisable annuellement, élaborée sur la base du référentiel national d’activité et de compétences, précisant les missions et les actions prioritaires qui sont attendues de la part de ces personnels. Enfin, cette lettre est signée par le recteur et fait état des orientations académiques, des moyens alloués et des marges de manœuvre dont disposent les enseignants pour mener à bien leurs missions.

La MLDS a-t-elle réussi à réinsérer un grand nombre de jeunes ?

Oui, bien sûr ! Les dernières annonces faites par la ministre de l’Education nationale le prouvent ! Nous sommes passés de 140 000 jeunes sortant du système de formation initiale chaque année à 98 000. Le travail de prévention a véritablement été renforcé. Nous agissons en amont pour limiter ces sorties et accompagner ceux qui sortent vers un parcours professionnel sécurisé. C’est avec un travail acharné que nous arrivons aujourd’hui à un bilan positif. Les jeunes sont de moins en moins en rupture scolaire, acceptent de modifier ou d’adapter leur parcours et de retravailler sur une réorientation. Cette mission porte ses fruits ! Mais les efforts réalisés doivent se poursuivre.

Décrochage scolaire © kolett - Fotolia.com

Décrochage scolaire © kolett – Fotolia.com

Existe-t-il d’autres dispositifs pour les jeunes qui ont décroché du système scolaire ?

Oui, les partenaires avec lesquels nous travaillons proposent aussi des dispositifs de lutte contre le décrochage scolaire. Nous avons, par exemple, la mission locale qui est un espace d’intervention au service des jeunes. Elle leur propose, selon leur niveau et leurs besoins, un suivi personnalisé pour établir un projet de formation et un objectif professionnel. Par ailleurs, comme cités précédemment, nous avons aussi les réseaux « Formation Qualification Emploi » (FoQualE) qui rassemblent les établissements et dispositifs relevant de l’Éducation nationale susceptibles d’accueillir les jeunes décrocheurs et de leurs offrir des solutions adaptées. Chaque décrocheur pris en charge dans le cadre de ces réseaux se voit proposer un « contrat formation qualification emploi ». D’autres dispositifs existent aussi. Ils offrent une prise en charge complémentaire ou différente de la MLDS : les centres d’information et d’orientation (CIO), les écoles de la deuxième chance (E2C), les Greta, 383 plates-formes de suivi et d’appui aux jeunes décrocheurs, les centres de formation d’apprentis, les bureaux d’information jeunesse (BIJ)…

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