Interviews Hamon/Peillon : leurs visions de l’éducation

Vousnousils a interrogé les principaux candidats à la primaire de la gauche sur leur vision de l’éducation. Focus sur Benoît Hamon et Vincent Peillon, qui ont été ministres de l’Éducation nationale lors du dernier quinquennat.

Peillon-Hamon

Peillon-Hamon © G.Garitan/Marion Germa

Selon vous, comment se porte actuellement l’Éducation en France ?

Benoît Hamon : En cinq ans nous avons fait sortir le système éducatif français des soins intensifs mais il n’est pas encore en convalescence.

Nous avons mis fin à 10 ans de saignée éducative par la droite. Mais redresser le système éducatif français, l’école la plus inégalitaire d’Europe, ne peut se faire qu’en dix ans.

Cependant il faut reconnaître que tout n’a pas été fait dans ce quinquennat. Notre manquement principal est que nous n’avons pas assez pris en compte la défiance des enseignants à l’égard de ce qui leur paraît imposé d’en haut par le ministère. On ne peut pas réformer contre eux et sans leur adhésion. Si je partage l’ambition de la réforme du collège, il y a eu une forme de brutalité dans sa mise en œuvre qui aboutit à son inefficacité.

Je regrette que la revalorisation des carrières des enseignants soit arrivée trop tardivement, alors que Vincent Peillon comme moi-même l’avions demandée dès le début du quinquennat.

Vincent Peillon : Je souhaite faire partager le diagnostic sur l’état de notre école.

Il n’est pas vrai que notre école tout entière va mal. Plus de 42 % des jeunes qui sortent aujourd’hui du système éducatif sont titulaires d’un diplôme de l’enseignement supérieur, c’est plus que nos voisins européens, c’est le double de la génération qui part aujourd’hui à la retraite.

Mais dans notre école les destins scolaires dépendent trop des origines sociales. Beaucoup plus que dans les autres systèmes éducatifs. 30 % de nos élèves, massivement issus des milieux populaires, sont en grande difficulté. Ce sont ces élèves qui ont le plus souffert des suppressions massives de postes et de la baisse scandaleuse des fonds sociaux  de 2002 à 2012. Mon choix c’est une école de l’insertion de toutes et tous et de l’émancipation. Une école qui a pour seul objectif  « la fabrique des meilleurs » conduit notre pays dans l’impasse.

Une fois élu, quelle mesure prendrez-vous en priorité pour l’école ?

B.H : Je veux une école « zéro échec » qui permette à chacun de réussir quelle que soit son origine sociale ou le quartier où il habite.

Tout d’abord nous renforcerons la priorité au primaire. Je limiterai à 25 élèves par classe le nombre d’écoliers en CP, CE1, CE2. C’est au primaire que la réduction des effectifs a le plus d’aspects positifs sur la réussite des élèves, et ce sont les élèves venant des milieux sociaux les plus défavorisés qui en bénéficient le plus.

Je veux rendre la scolarité obligatoire dès 3 ans, et garantir un droit à la scolarisation à 2 ans dans les REP. Nous consacrerons 2000 postes supplémentaires pour garantir l’immédiateté du remplacement des enseignants.

Nous mettrons également en œuvre un service public d’aide au soutien scolaire. Les enseignants, notamment à l’école primaire, pourront être payés en heures supplémentaires pour cette mission. Mon autre grande priorité sera de proposer un plan massif pour la formation continue des enseignants.

V.P : L’éducation a été, conformément aux engagements pris devant les Français, une des grandes priorités du quinquennat qui s’achève. Les priorités établies ces dernières années doivent donc être clairement réaffirmées et traduites concrètement au cours du prochain quinquennat.

Il faut amplifier le rééquilibrage des investissements en faveur du primaire, qui est moins doté, mais aussi favoriser la mixité sociale à l’école en élargissant les secteurs de recrutement à plusieurs collèges et en demandant à l’enseignement privé, par contractualisation, de prendre sa part dans le développement de la mixité scolaire.

Une amélioration de la formation initiale et continue des enseignants est également nécessaire, ainsi que la mise en place de pré-recrutements et de formations dès la première année universitaire avec de l’alternance, et consacrer une part importante des nouveaux moyens à la formation continue.

D’autres chantiers sont également à poursuivre, comme le passage à l’école numérique, la lutte contre le décrochage, ou encore la revalorisation des carrières.

Si vous êtes élu, quelle place donnerez-vous aux pédagogies innovantes (comme par exemple la classe inversée) et au numérique ?

B.H: Le pédagogue c’est celui qui fait travailler les élèves pour qu’ils apprennent. Je propose qu’un quart du temps en classe soit consacré à du travail encadré par l’enseignant. Il faut alterner de façon beaucoup plus systématique le passage du théorique à la pratique et au test répété des connaissances.

Le numérique est un outil, il n’est pas bon en soi. Il faut de le mettre au service des apprentissages et de la réduction des inégalités scolaires. Le numérique peut avoir des grands avantages car il désinhibe les élèves, il change le rapport à l’évaluation et à la faute qui est plus perçue comme une simple erreur que l’on peut aisément corriger, il favorise la participation de ceux plus en retrait, il permet la pédagogie différenciée.

Mais tout cela n’est possible que si les enseignants sont formés de façon permanente aux innovations. Le numérique implique encore plus de pédagogie de la part des enseignants.

V.P: Je suis particulièrement attaché à l’innovation et je soutiendrai toutes les démarches favorisant une meilleure réussite de tous les élèves et permettant la réduction des écarts de résultats liés à l’origine sociale, écarts devenus insupportables dans notre pays.

C’est pourquoi je prendrai appui sur la recherche en éducation et sur l’évaluation des pratiques pédagogiques car toutes les innovations ne favorisent pas nécessairement la démocratisation de la réussite.

Le numérique est un enjeu immense pour l’école. C’est pourquoi, j’ai fait du numérique un élément clé de la refondation de l’école. Pour moi, l’usage du numérique dans l’enseignement constitue un puissant levier de modernisation, d’innovation pédagogique et de démocratisation du système scolaire. Le numérique est également un formidable outil d’inclusion des enfants en situation de handicap.

Les amphithéâtres sont surpeuplés, le budget de la recherche est menacé : que proposez-vous pour l’Université de demain ?

B.H: Mon premier engagement est d’augmenter d’un milliard d’euros par an le financement de l’enseignement supérieur et de la recherche. C’est ainsi que nous pourrons recruter plusieurs milliers de postes. Il faudra également augmenter de 15% les salaires des enseignants-chercheurs en début de carrière.

La réussite en licence demeurera la priorité, et pour cela il s’agit d’œuvrer à une meilleure continuité bac-3/bac+3. Nous mènerons une réforme du premier cycle en créant des parcours adaptés à la diversité des étudiants qui suivent des études supérieures pour arriver à une véritable spécialisation progressive au cours du cursus.

La mise en place du Revenu Universel d’Existence pour les 18-25 ans permettra de conduire la réforme pédagogique en licence qui était difficile à mener avec l’importance du salariat étudiant. Les étudiants pourront enfin se consacrer pleinement à leurs études.

V.P : L’université et la recherche font face aujourd’hui à de nombreux problèmes qui nécessitent une action résolue. Si lors du quinquennat précédant, l’amélioration des bourses et des logements étudiants ont constitué des avancées importantes, il nous faut accélérer pour atteindre 60 % d’une classe d’âge diplômée du  supérieur, faire progresser la démocratisation, renforcer notre recherche et notre innovation et les échanges universitaires et scientifiques internationaux.

J’agirai par la création d’un Ministère de l’enseignement supérieur et de la recherche de plein exercice. Je proposerai une loi de programmation budgétaire, votée dès 2017, avec au moins un milliard d’euros supplémentaires par an.

8 000 postes d’enseignants dans les universités seront également créés durant mon quinquennat, et le doctorat sera reconnu dans la haute fonction publique et les conventions collectives ainsi que dans le conditionnement du Crédit Impôt Recherche.

3 commentaires sur "Interviews Hamon/Peillon : leurs visions de l’éducation"

  1. leprofmotivé  20 janvier 2017 à 18 h 55 min

    L’école numérique reste une vaste blague !

    Pour nos 3 salles d’histoire-géo nous avons 3 ordi qui fonctionnent sous Windows XP !!!
    Beaucoup de site internet ne marchent pas et je ne parle même pas des manuels numérique qui ne peuvent être projeté…
    Version de google earth sans street view etc etc etc.

    Dans notre collège, aucune tablette, aucun TBI ou VPI…
    Un réseau lent et ancien qui rame rame et bloque parfois tout…
    Des vidéoprojecteurs utilisés sur des draps blancs ou « tapis roulants » complètement inefficaces pour réellement travailler des textes, tableaux, schémas ou extraits de film…

    Alors oui, quand on regarde la France de l’Ecole numérique on voit beaucoup de gros ronds et quand on change d’échelle on voit que dans les 100 collèges du Bas-Rhin, un seul a 2 classes équipées de tablette et sur plus de 250 écoles, 3 sont équipées !

    Communication insupportable du ministère en comparaison de la RÉALITÉ du terrain.

    Langage ampoulé, ambitions grandiloquentes démesurées (les programmes d’Education civique et morale sont un exemple absolu avec seulement… 30 minutes par semaine au collège) verbiage pseudo-pédagogique dans des programmes qui donnent mal à la tête au bout de 10 lignes…

    Sans parler des parcours Avenir, santé, Art, citoyenneté, des remarques de compétences, d’EPI, d’AP, de remarques générales etc etc, des réunions de cycles, de socle, de compétence et j’en passe…

    STOOOOOP !

    Je veux travailler avec mes élèves, faire des sorties et projets utiles !
    Pas « faire du papier et du papier administratif »

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  2. Roger merle  21 janvier 2017 à 17 h 52 min

    Il faut abandonner ce college unique et revenir a une selection comme autrefois 6e1 les meilleurs puis 6e2 les bons 6e3 moins bons etc comme avant 1975.
    Je ne suis pas pour une revalorisation des enseignats de college sans qu »ils fassent leurs preuves.Signaler un abus

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  3. Andy  26 janvier 2017 à 12 h 57 min

    L’école numérique est l’avenir de l’éducationSignaler un abus

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