Interviews Montebourg/Valls : leurs visions de l’éducation

Vousnousils a interrogé les principaux candidats à la primaire de la gauche sur leur vision de l’éducation. Focus sur Manuel Valls et Arnaud Montebourg.

Montebourg - Valls

Montebourg – Valls © Le Web Paris 2013/Olaf Kosinsky/Skilsshare.eu

Selon vous, comment se porte actuellement l’Éducation en France ?

Manuel Valls : Malgré l’engagement et le professionnalisme des personnels de l’Éducation nationale, notre école ne donne pas à tous les mêmes chances de réussite : l’impact de l’origine sociale sur les performances des élèves reste beaucoup trop élevé. Il faut permettre à l’école républicaine de renouer avec sa mission première – la transmission, bien sûr, mais aussi l’émancipation ; de faire que la naissance et le milieu social ne dictent pas le destin de nos enfants. Ce quinquennat a permis d’engager la refondation de l’école, une réforme qui a été saluée par l’OCDE. Il faut maintenant aller plus loin, frapper plus fort contre les inégalités, permettre aux Français d’apprendre à l’école, pendant les études mais aussi tout au long de leur vie. C’est cela, la Nation éducative que je veux construire.

Arnaud Montebourg : Le système éducatif en France a de belles réussites à son actif avec une élévation globale du niveau d’instruction des hommes et des femmes et un accès toujours plus élargi aux savoirs, aux diplômes et aux qualifications. Force est cependant de constater que nous sommes confrontés depuis vingt ans à une stagnation éducative. Nos résultats dans les enquêtes internationales, confirmées par les enquêtes nationales, baissent régulièrement ; le nombre d’élèves en difficulté scolaire – par exemple en compréhension de l’écrit,  a selon PISA augmenté en quinze ans de 44 % passant de 15,2 % en 2000 à 22 % en 2015 !

Nous peinons également à élargir le nombre d’élèves en réussite – cela va ensemble d’ailleurs ; beaucoup de familles ne voient pas aboutir le projet personnel  de leurs enfants et les professionnels sont malheureux de ne pas pouvoir faire réussir tous leurs élèves.

Si vous êtes élu, quelle mesure prendrez-vous en priorité pour l’école ?

M.V : Je poursuivrai la revalorisation des salaires des enseignants initiée pendant ce quinquennat et je renforcerai les moyens humains et matériels accordés aux établissements qui concentrent les plus grandes difficultés. Il faudra aussi aller plus loin avec les collectivités pour lutter contre la ségrégation sociale qui gangrène nos écoles : les collèges doivent cesser de recruter seulement dans leur proximité immédiate et aller chercher des élèves aux profils plus diversifiés dans des secteurs plus larges.

A.M : La mesure prioritaire pour moi est de donner aux enseignants les moyens de la gestion de l’hétérogénéité des élèves tout le long de l’école commune, du CP à la 3ème. Il faut en finir avec les classes de niveau et avec l’externalisation de la gestion de la difficulté scolaire qui ont toutes montré leur inefficacité ! Il faut pour cela permettre aux enseignants de travailler régulièrement  avec leurs élèves en petits groupes de composition modulable d’une semaine à une autre pour qu’ils puissent adapter leur approche en fonction des besoins de leurs élèves, quels qu’ils soient.

Grâce au numérique, de nouvelles pédagogies innovantes émergent (comme par exemple la classe inversée). Pensez-vous que ces innovations soient l’avenir de l’éducation ?

M.V : Il faut soutenir et accompagner les équipes qui innovent en donnant davantage de moyens pour expérimenter, évaluer par la recherche, faire connaître et partager ces innovations. C’est aussi cela, l’autonomie : faire confiance à nos enseignants et à nos territoires. Il faut également poursuivre l’impulsion lancée par le plan numérique pour que notre école soit en adéquation avec le monde qui est le nôtre, développe de nouvelles compétences, mette l’accent sur la coopération. Le numérique, l’innovation pédagogique doivent aussi irriguer la formation initiale et continue des enseignants.

A.M : L’avènement du numérique est un fait indéniable qui doit nécessairement être pris en compte par l’École. Nous devons innover, évaluer et généraliser les bonnes pratiques à ce niveau.

Les amphithéâtres sont surpeuplés, le budget de la recherche est menacé : que proposez-vous pour l’Université de demain ?

M.V : Je veux que l’on consacre un milliard d’euros par an à nos universités avec deux priorités : améliorer l’orientation des élèves et des étudiants, qui ne doivent pas choisir leur cursus par défaut, et réunir universités et grandes écoles au sein de grands campus de rang mondial – 10 dans les 10 prochaines années. Nous devons soutenir aussi la recherche fondamentale et la recherche appliquée pour que la France soit le pays de l’innovation, soit pionnière dans le spatial, la santé, le big data… Cet effort financier doit s’accompagner d’une autonomie renforcée donnée aux acteurs de l’enseignement supérieur et de la recherche, d’un soutien à leurs initiatives.

A.M: Il est nécessaire  d’investir massivement dans l’enseignement supérieur et la recherche. Je refuse la paupérisation des étudiants, c’est pourquoi je propose le versement d’une allocation mensuelle de 450 euros pour tous, mais aussi de porter la dépense moyenne par élève à l’université à 15 000 euros par an, au lieu de 10 000 actuellement. Une refonte du système « Admission Post Bac » est également indispensable, afin d’offrir aux élèves « plus de transparence ». Je souhaite faire de l’accès à la culture une priorité pour les étudiants, cela passera par le biais de pass culturels gratuits et de partenariats noués entre les universités et des établissements culturels.

1 commentaire sur "Interviews Montebourg/Valls : leurs visions de l’éducation"

  1. BOURDIER Andrée  21 janvier 2017 à 15 h 42 min

    La première chose à faire et de toute urgence, est de supprimer complètement la méthode globale qui continue à sévir dans le primaire et faire des dictées en classe, corrigées par l’instituteur, et non par les parents: ce serait une véritable chance pour les familles dont les parents sont illettrés.
    Au lieu de flatter les élèves et leurs parents en leur faisant croire qu’ils travaillent bien, alors qu’on ne leur a pas appris à lire correctement.
    Quelle suite a eu le livre , pourtant effrayant de M. Le Bris: et vos enfants ne sauront pas lire ni compter, qu’il résume par: une catastrophe culturelle?
    D’après mon expérience, la méthode globale ne cesse d’augmenter et le niveau en orthographe de baisser.Signaler un abus

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