Sara Forestier : « dans ‘Primaire’, on réalise qu’on n’est pas prof qu’en classe »

Dans "Primaire", en salles le 4 janvier 2017, Sara Forestier interprète une professeure des écoles prête à tout pour aider un élève en difficulté, quitte à négliger sa vie privée. Interview.

sara forestier

©JC LOTHER

Beaucoup de films sur l’école ont été réalisés ces dernières années, en quoi Primaire se distingue-t-il ?

Primaire est vraiment entre le documentaire est la fiction. D’un côté, c’est un film centré sur une maîtresse, avec un aspect très documenté. Hélène, la réalisatrice, a passé presque un an dans les classes, avec des enseignants, dans la salle des profs, ce qui amène ce côté très véritable. Mais ce n’est pas non plus Etre et avoir ou Entre les murs parce qu’il y a aussi une part de fiction, un portrait de femme, celui de Florence. On la voit beaucoup en classe, mais on la voit aussi rentrer chez elle, et on voit qu’elle continue à travailler chez elle !

On réalise que ce métier est un vrai métier de vocation, et qu’on n’est pas professeur qu’en classe. C’est aussi un film qui parle de l’investissement, avec une héroïne passionnée par ce qu’elle fait, qui ne renonce pas, même si sa foi est parfois ébranlée.

film primaire

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Qu’est ce qui vous a plu dans le personnage de Florence ?

J’aime les personnages forts, comme dans Suzanne, Le nom des gens ou L’esquive. Mais j’aime aussi leurs fragilités, leurs faiblesses, et ce qui est beau dans le film, c’est que Florence va être ébranlée dans ses convictions. Elle ne va pas renoncer mais elle va apprendre à se positionner autrement. A un moment du film, elle pense avoir perdu la vocation, sa situation est tellement difficile et elle met tellement d’investissement et d’énergie dans le fait de s’occuper de ses élèves, qu’elle va presque abandonner l’enseignement. Mais de petites choses vont lui redonner la foi : par exemple, une de ses élèves va se mettre à lire, elle qui ne faisait jusqu’à présent que deviner les mots grâce à les méthode globale, mais était incapable de lire avec la méthode syllabique. Ce sont des petits miracles comme celui-ci qui vont lui redonner l’énergie de continuer.

Et puis elle a cet aspect très passionné, à tel point qu’elle va avoir du mal à mettre des limites sur sa vie privée. C’est une trajectoire commune à tous les métiers de passion, les limites sont difficiles à fixer. Moi par exemple, dans ma vie de comédienne, je pense qu’au niveau émotionnel et psychologique, je me suis aussi construite d’une manière fragilisante. Parce que les émotions prennent beaucoup de place et que j’ai parfois du mal à prendre de la distance. Forcément, ça empiète dans la vie privée. Et la vie privée, ce n’est pas juste le rapport aux autres. C’est le rapport à soi aussi.

Pour préparer le rôle, vous avez beaucoup été dans les classes avec les enseignants. Cela correspondait à l’idée que vous vous faisiez du métier ?

Sara Forestier dans Primaire

©JC LOTHER

J’y ai retrouvé tout l’aspect humain de mes souvenirs d’enfance. Les professeurs vous marquent, pas seulement par leurs capacités et compétences à enseigner, mais aussi par leur côté humain. On se rappelle de professeurs par ce qu’ils dégagent, s’ils sont chaleureux ou pas… J’ai aussi retrouvé toute cette vitalité, car c’est très vivant, une classe ! Par contre, j’ai découvert un aspect du métier, celui de l’exemplarité. Un professeur vous éduque autant dans ce qu’il vous transmet que par sa posture, un élève apprend aussi de lui simplement par sa présence, par ce qu’il est. Avec les enfants, il y a un mimétisme, donc par exemple un prof ne dit pas de gros mots. Ça a été un gros travail pour moi, qui aime beaucoup la poésie de l’argot !

Vous avez dit un jour que vous auriez aimé être prof des écoles. Qu’est ce qui vous a attirée vers ce métier ?

J’ai toujours éprouvé un besoin très fort de fusionner avec les autres.  Quand on est acteur, on fusionne avec un rôle, on l’incarne. On laisse un personnage entrer dans son corps, ce que je trouve assez similaire avec la volonté de transmission. J’avais envie de transmettre des émotions, et de me laisser pénétrer par des émotions. Et pour moi, prof, c’est un métier qui est au cœur de la transmission. C’est pour cela, je pense, que quand j’étais petite, j’avais envie de faire ce métier. Finalement, j’ai choisi actrice mais il y a des similitudes.

Parce que les enseignants doivent jouer un rôle devant leurs élèves ?

Oui, mais en même temps ils doivent être très vrais avec les enfants. Quand on est acteur, on ne peut pas tricher sur les émotions.

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