Etre avocat aujourd’hui

Avocate au tribunal de Toulouse, Judith Amalric Zermati revient sur ses études et son quotidien plutôt dense. Pour elle, le prestige de la fonction a fortement accentué la concurrence.

Judith Amalric Zermati

Judith Amalric Zermati

Vous êtes avocate à Toulouse. Pouvez-vous retracer brièvement votre parcours ?

C’est toute une histoire, une aventure extraordinaire ! Au départ, je voulais être actrice de cinéma mais finalement, je me suis orientée vers le droit. A partir de ma licence en droit, j’avais pour habitude d’aller assister à des procès d’assises : c’était très intéressant ! C’est à ce moment-là que j’ai trouvé ma vocation. J’ai donc poursuivi mes études et après mon master de droit administratif,  j’ai décidé de passer l’examen d’entrée au Centre régional de formation professionnelle des avocats (CRFPA). Cet examen, très sélectif, permet d’intégrer l’une des écoles d’avocats (EDA). Au sein de cette école, la formation durait 2 ans (aujourd’hui 18 mois) et était entrecoupée de cours théoriques (enseignements fondamentaux transmettant les connaissances de base du métier) et de stages pratiques dans des cabinets d’avocat (actuellement il y a aussi un travail sur un projet pédagogique individuel (PPI)). A l’issue de la formation, nous passons le Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat (CAPA). Celui-ci couronne la formation dispensée par l’Ecole et permet ainsi d’exercer la profession d’avocat.

A la fin de votre formation vous avez passé le CAPA. En quoi consiste-t-il actuellement ?

Le Certificat d’Aptitude à la Profession d’Avocat est composé de 7 épreuves : une épreuve écrite de rédaction d’une consultation et d’un acte juridique ou de procédure, une plaidoirie portant sur un dossier au choix : droit civil, pénal, commercial, social, administratif ou communautaire, une épreuve orale portant sur le statut et la déontologie des avocats, une épreuve de langues vivante, un oral d’exposé sur un rapport de Projet Pédagogique Individuel (PPI), une soutenance de rapport de stage en cabinet et enfin la note du contrôle continu (moyenne des notes issues des exercices de contrôle continu dans les modules d’enseignement, appréciations éventuelles des intervenants…). A l’issue de la scolarité et une fois le CAPA obtenu, le diplôme peut être retiré directement auprès de l’école. Les diplômés doivent ensuite prêter serment, lors d’une cérémonie au cours de laquelle chacun s’engage solennellement à respecter les principes essentiels de la profession d’avocat.

© AlcelVision

© AlcelVision

Selon vous, est-il aujourd’hui difficile de devenir avocat ?

La concurrence est plus rude actuellement. A mon époque, nous étions 25 étudiants tandis qu’aujourd’hui nous en comptons près de 250-300 par promotion. Le prestige de la fonction attire de plus en plus de monde ! Mais je ne suis pas sûre que dans le lot des personnes que nous recrutons actuellement, compte tenu de la quantité des lauréats, ce soit des crus aussi bons qu’avant. Trop de monde s’engage dans cette voie : l’encadrement est sans doute moins personnalisé et la forte concurrence peut ainsi empêcher un jeune avocat de trouver du travail. A l’inverse, à mon époque, où il y avait peu d’étudiants, tous ont trouvé un travail et exercent, encore aujourd’hui, correctement leur métier.

Concrètement, comment est née cette vocation ?

En fac de droit, je prenais vraiment du plaisir à étudier cette matière. J’appréciais, en particulier, les cours de libertés publiques et ceux en lien avec les droits de l’homme. Très tôt aussi, dès l’âge de 15 ans, je me suis engagée dans des associations de lutte contre le racisme, la xénophobie ainsi que l’inégalité des chances et des sexes. J’appartenais également à une famille où l’engagement faisait partie de nos principales valeurs. Il est donc apparu évident que le métier d’avocat était fait pour moi. Il correspondait entièrement à ma personnalité et à mes attentes.

© emlilou21

© emlilou21

Vous exercez au tribunal de Toulouse. Pouvez-vous nous décrire votre journée type ?

En général, mes journées sont relativement bien chargées et commencent assez tôt. En tant qu’avocate, mon rôle est principalement de défendre mes clients, faire valoir leurs intérêts et les représenter devant la justice. Je peux très bien avoir des audiences en matinée ou en après-midi mais lorsque je traite une affaire pénale cela peut se prolonger très tardivement, jusqu’à 21h. Il n’y a pas de jours sans rendez-vous. En après-midi essentiellement, lorsque les procès se finissent assez tôt, je reçois chaque demi-heure entre 17h et 20h des clients qui viennent m’exposer une nouvelle affaire à traiter. En tant qu’avocate généraliste, avec des dominantes en droit du travail et de la famille, il y a une réelle diversité, aucun dossier ne se ressemble ! De plus, entre les audiences et les consultations, je dois aussi être capable d’élaborer des assignations et des conclusions (résumé écrit du litige) dans le but de convaincre le juge pour me faire gagner le procès.

A vos yeux, quelles sont les qualités essentielles pour exercer ce métier ?

Le métier d’avocat est très exigeant, il faut donc faire preuve de nombreuses qualités. Un avocat est avant tout un très bon orateur. Il doit convaincre son auditoire en usant d’argumentation et de logique. Il doit aussi avoir une forte capacité d’analyse et un esprit de synthèse développé. En plus de devoir être persévérant et déterminé, l’avocat doit se montrer digne de confiance et respecter le secret professionnel vis-à-vis de ses clients. Il doit également être organisé dans son travail et capable d’assimiler facilement une quantité très importante d’informations. Enfin, l’une des qualités essentielles d’un bon défenseur est la vivacité d’esprit et la réactivité pour savoir contrer les arguments de son adversaire.

Quels conseils transmettriez-vous à ceux qui veulent devenir avocat ?

Si vous souhaitez devenir avocat, c’est une grande aventure qui vous attend ! C’est un métier épuisant qui demande beaucoup d’énergie. N’hésitez donc pas à vous reposer ou à prendre des vitamines pour supporter ce rythme soutenu. Il faut aussi être prêt à travailler constamment, à se remettre en question régulièrement tout en restant humble, faire preuve d’humanité et savoir être à l’écoute des autres.

Partagez votre avis

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée .

Captcha *

Modération par la rédaction de VousNousIls. Conformément à la loi relative à l'informatique, aux fichiers et aux libertés, vous disposez d'un droit d'accès, de modification, de rectification et de suppression des données vous concernant. Pour exercer ce droit adressez-vous à CASDEN Banque Populaire, VousNousIls.fr, 91 Cours des roches, Noisiel, 77424 Marne La Vallée Cedex 2.

Recherche dans les archives

Vous