Blanche Lochmann : Les agrégés attendent « davantage de considération »

La présidente de la Société des Agrégés Blanche Lochmann aborde l’actualité éducative ainsi que le statut de l’agrégation, quelques mois avant les élections présidentielles.

Blanche Lochmann

Blanche Lochmann

L’agrégation reste-t-elle attractive en 2016 ?

C’est un contexte particulier : nous avons des postes qui ne sont pas tous pourvus mais en même temps il y a une augmentation progressive depuis 4 ans du nombre de postes offerts, sans politique de recrutement visible à long terme. Je dirai que l’agrégation reste attractive, en dépit d’une mauvaise prise en compte des conditions nécessaires au recrutement de personnes de haut niveau. L’agrégation peine moins à recruter que d’autres concours.

On pourrait prévoir de recruter plus d’agrégés, parce qu’ils ne représentent que 12% environ des enseignants du second degré public, mais pour cela il faudrait prévoir en amont une formation exigeante pour permettre le recrutement de professeurs de haut niveau. Je déplore qu’il n’y ait pas de politique de ressources humaines de recrutement des hauts potentiels avec une vision à long terme. Devant les « coups d’accordéons », de nombreux professeurs se demandent de quelle façon la publication des postes est faite, et sur quels critères la création des postes se fonde.

Comment la Société des Agrégés a-t-elle accueilli les nouvelles carrières PPCR ?

Les agrégés sont les grands perdants de ces nouvelles carrières, car leurs indices ne progressent pas énormément. L’écart indiciaire entre les agrégés et les certifiés diminue, alors que les agrégés sont la seule catégorie de personnel qui n’a pas, en tant que catégorie de personnel, été revalorisée depuis plus de 40 ans.

Ils ont moins bénéficié que d’autres de certaines mesures qui concernaient les salaires. Le tableau est moins positif que ce que le ministère veut dire.

L’an dernier, vous disiez que la réforme du collège « menace l’enseignement dans sa totalité ». Aujourd’hui, quel est votre ressenti ?

La Société des Agrégés a réalisé une enquête sur ce sujet. Ayant reçu beaucoup plus de réponses que prévu, nous n’avons pas encore eu le temps de dépouiller tous les résultats. Après avoir parcouru quelques réponses, on sent une certaine désorganisation dans la répartition des cours, ainsi qu’une grande fatigue et pour certains enseignants une diminution d’heures, les obligeant à être sur plusieurs établissements, ce qui est extrêmement inconfortable.

Vous étiez inquiètes du sort réservé aux langues anciennes…

À ce sujet, nous avons beaucoup travaillé avec d’autres associations, en particulier la CNARELA et Arrête ton char qui ont fait un travail considérable et ont dressé des bilans très précis.

Je reste persuadée que quelques heures de civilisation ne jouent pas le même rôle que l’apprentissage d’une langue. Nous estimons que cela ne sera pas suffisant pour donner aux élèves une connaissance du monde antique qui nourrisse vraiment leur parcours et leur scolarité. C’est très dommage parce que cela a des conséquences sur la filière littéraire au lycée, et que jamais nous ne sommes allés vers un renforcement de ces matières, qui permettent de donner à la filière littéraire une structure solide.

Quelles seront les actions de la Société des Agrégés en vue de la prochaine élection présidentielle ?

Nous sommes en train de préparer notre questionnaire qui sera remis aux candidats, comme lors de chaque élection présidentielle. Nous leur poserons un certain nombre de questions sur le système éducatif en général et sur les agrégés, pour que nos adhérents aient tous les moyens pour se faire leur propre avis. Nos interrogations vont porter sur l’avenir de la réforme du collège. Nous poserons également la question de l’affectation des agrégés, de leur place dans  l’enseignement supérieur et dans le système éducatif en général.

Se posera certainement la question de la vision des fonctionnaires. De tout côté, on a trop souvent tendance à considérer le fonctionnaire comme un « coût fixe », que l’on supporte avec difficultés, ou que l’on veut supprimer avec brutalité. C’est une vision à la fois dévalorisante et déplacée, dont le professeur souffre. Dans les discussions sur les coupes budgétaires, la suppression d’un certain nombre de fonctionnaire paraît dépassée et hors sujet pour l’Éducation nationale, où l’on peine à recruter.

Le problème de l’Éducation nationale, ce n’est pas de supprimer des fonctionnaires, c’est d’arriver à recruter de bons éléments. C’est le problème de l’attractivité, pas celui de la suppression des postes. La politique de ressources humaines actuelle dans l’Éducation nationale sera centrale dans notre questionnaire. Certains parlent de l’ « emploi à vie » des fonctionnaires en considérant que ce serait un privilège. Ils oublient qu’il est en réalité la contrepartie d’une rémunération assez faible par rapport au niveau d’étude et d’une absence totale de gestion de carrière.

Un agrégé aujourd’hui est laissé à l’abandon. Alors que certaines disciplines offrent beaucoup de débouchés hors de l’Éducation nationale, les agrégés restent parce qu’ils ont un sens profond de leur devoir vis-à-vis de l’État et une haute idée de leur mission. Ils méritent une plus grande considération.

Pensez-vous que l’agrégation puisse être menacée ?

Cela fait 250 ans que l’agrégation existe, et la Société des Agrégés fera tout pour qu’on la célèbre encore dans 250 ans !

L’agrégé ne doit pas être vu comme un coût, il doit être vu comme une valeur, qui a renoncé souvent à une carrière plus brillante pour se mettre au service de l’État et de ses élèves, avec un dévouement trop peu souvent récompensé. L’État doit se rendre compte qu’un agrégé n’est pas payé cher ! Pour un coût modique, l’Éducation nationale peut se targuer d’avoir des enseignants de très haute qualité.

En 2013, vous disiez que l’Éducation nationale « doit cesser de voir l’agrégation comme un problème ». Les choses ont-elles évoluées depuis ?

Nous avons réaffirmé ce point lorsque, lors de la célébration des 250 ans, nous avons remis à la ministre le « Manifeste pour l’agrégation », en lui disant que l’agrégation n’est pas un problème administratif, mais une solution pour la France et son expansion à l’international. C’est un concours de référence, c’est une certification nationale.

Beaucoup de pays paieraient cher pour avoir une institution de cette qualité, qui a une ancienneté et une stabilité, tout en parvenant à s’adapter à toutes les disciplines. C’est un concours qui a traversé les siècles et les régimes politiques, et qui a su se réinventer jusqu’à aujourd’hui. L’agrégation fait partie de l’avenir de la France.

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