« Faire des études de médecine, c’est prendre le départ d’un marathon ! »

Médecin et professeur au CHU de Tours, Emmanuel Lescanne retrace sa vie d’étudiant. Il revient aussi sur le déroulement de ses cours en tant qu’enseignant.

Emmanuel Lescanne, médecin, spécialiste en ORL et chirurgie cervico-faciale et professeur au CHU de Tours.

Emmanuel Lescanne, médecin, spécialiste en ORL et chirurgie cervico-faciale et professeur au CHU de Tours.

Vous êtes médecin, spécialiste en ORL et chirurgie cervico-faciale. Pouvez-vous nous retracer brièvement votre parcours ?

A la fin de mes 6 ans d’études de médecine à la faculté de Limoges, j’ai passé le concours de l’internat (l’ECN d’aujourd’hui) pour devenir spécialiste. Avec mon classement, j’ai pu devenir interne de chirurgie des Hôpitaux et choisir cette discipline enseignée au CHU de Tours par une équipe de 6 chirurgiens ORL dont 2 étaient professeurs d’université. Après 5 années d’internat à leurs côtés, je devenais docteur en médecine, spécialiste en ORL & chirurgie cervico-faciale.
J’ai pris mes premières fonctions d’enseignant en tant que chef de clinique ORL à la faculté. Après 3 ans à ce poste, j’ai validé le cursus de recherche (master de sciences chirurgicales, thèse de sciences de la vie) et visité trois services à l’étranger (Londres, Zurich et Nottingham). A mon retour, j’étais nommé praticien ORL, chirurgien des hôpitaux … soit quinze ans après mon entrée à la faculté.

Pourquoi avoir choisi cette spécialité ?

J’ai découvert l’ORL au cours de ma 3ème année de médecine. J’avais un job d’aide-soignant dans une clinique pour financer mes études. Un chirurgien ORL, le docteur René Champy, y excellait dans la chirurgie cervico-faciale de la thyroïde, des glandes salivaires (parotide) et du larynx. Il avait besoin d’un aide-opératoire pour ces interventions délicates tandis qu’il opérait seul la chirurgie ORL courante (amygdales, végétations, diabolos). Je suis devenu son aide attitrée pendant 4 ans. Il m’apprenait les premiers gestes du chirurgien : tenir les écarteurs, suturer. Je découvrais à ses côtés le stress du bloc… La chirurgie n’était certes qu’une des facettes de l’ORL mais j’aspirais déjà à « faire comme lui » !

Concrètement, comment est née cette vocation de devenir médecin ?

En première au lycée, le désir d’aider des malades, de soigner, m’attirait en observant ma mère exercer son métier d’infirmière. Mon père ingénieur m’orientait vers les études scientifiques « dures » mais mon dossier était insuffisant pour accéder aux prépas des grandes écoles. En terminale, un copain du lycée venait de s’inscrire à la faculté de médecine ; je l’ai rejoint l’année suivante sans trop de repères…
J’ai souvenir de ma « P1 » (l’actuelle PACES, Première Année Commune aux Etudes de Santé) à 16 ans comme une étape de transition : le matin les cours d’anatomie, de physiologie, de physique, de biochimie, d’embryologie et l’après-midi les révisions avec la difficile découverte de l’autonomie… En « co-loc » avec un autre P1, je n’avais jamais autant travaillé ! Nous avons tous deux échoué au concours avec un classement peu honorable. L’année suivante fut la bonne : je maîtrisais mes cours sur le bout des doigts au prix d’une année intense de travail et de stress.
Je passe en « P2 » avec un très bon classement, devenant véritablement étudiant en médecine, appartenant à ceux qui savent gérer leur agenda, savent (quant il le faut) dire non aux sollicitations multiples de la vie étudiante pour « bosser ». Le marathon démarrait véritablement…

Vous êtes également professeur au sein du CHU de Tours. Comment se déroulent vos cours que ce soit en amphi ou en salle d’opération ?

Enseignement au bloc ORL du CHU de Tours.

Enseignement au bloc ORL du CHU de Tours.

En médecine en général, en ORL en particulier, l’actualisation des connaissances est une exigence tant les progrès sont constants. Les méthodes diagnostiques et les modalités thérapeutiques d’une angine par exemple, d’une surdité, d’une tumeur du larynx ou encore de la thyroïde sont bien différentes de celles que l’on m’a enseignées quand j’étais étudiant. Aujourd’hui, les étudiants en santé sont plus nombreux qu’hier : à Tours il y avait 90 étudiants en P2 en 1996, ils sont 250 en 2016. Ainsi, mes cours évoluent en permanence pour s’adapter à la fois aux progrès de la médecine et aux innovations pédagogiques. Toutes nos ressources de cours sont accessibles en ligne et les étudiants ont accès à une multitude de ressources pédagogiques… bien plus que nous n’en avions à leur âge ! La cyberculture ne vide pas pour autant les bancs de la fac car les étudiants recherchent toujours le tutorat et ce médiateur que reste l’enseignant.

La formation clinique à l’hôpital est l’autre volet du cursus des formations en santé. Les étudiants qui sont en stage dans le service d’ORL acquièrent leurs compétences en m’assistant lors des consultations, des interventions au bloc opératoire ou bien au lit des malades. Mes collègues du service sont aussi très investis dans cette éducation clinique des plus jeunes. Nos étudiants participent aux réunions médicales du service et, pour les internes, aux réunions scientifiques ou pédagogiques en séminaires ou en congrès. Pas à pas, ces « apprenants » renforcent leur raisonnement clinique, leurs prises de décision et reproduisent nos gestes techniques jusqu’à les maîtriser. La formation par simulation (réalité virtuelle) est une innovation pédagogique à la faculté qui complète désormais les séances d’entraînement au laboratoire d’anatomie. Dans le service ORL, l’apprentissage diffère selon le parcours de l’étudiant et son futur métier (médecin, orthophoniste, audioprothésiste, infirmier) mais l’objectif reste identique : mettre en pratique les connaissances acquises à la faculté.

Combien d’élèves encadrez-vous et qu’est-ce que vous leur apprenez ?

Prenons l’exemple de mon cours sur la surdité de l’enfant que je donne à la faculté de médecine, à l’école de maïeutique et à l’école d’orthophonie. Le volume et le contenu du cours s’adaptent aux différents cursus. Les élèves orthophonistes de L1 et L2 (40/promo) vont rééduquer le langage d’enfants sourds, les élèves sage-femme de L3 (30/promo) vont organiser le dépistage néonatal de la surdité, les étudiants en médecine de M1 (250/promo) dépisteront la surdité à tous les âges de l’enfance et de l’adolescence. Chacun aura une formation adaptée à ses futures compétences. A l’hôpital,  j’encadre chaque année 12 étudiants de MM1 (4ème année de médecine), 4 étudiants de L2 d’orthophonie, 3 étudiants de L1 d’audioprothèse et 6 internes d’ORL inscrits au diplôme d’études spécialisées en ORL & chirurgie cervico-faciale. Ces derniers sont formés au diagnostic et à la réhabilitation de l’audition.

Quels conseils transmettriez-vous à ceux qui veulent devenir médecin ?

Faire des études de médecine, c’est prendre le départ d’un marathon : il faut être prêt à un effort de longue durée grâce à un bon équilibre physique et psychique. Il faut aussi avoir certaines dispositions : sens du contact et de l’écoute, être rigoureux et altruiste. J’ajouterai une certaine habileté manuelle pour être chirurgien.

2 commentaires sur "« Faire des études de médecine, c’est prendre le départ d’un marathon ! »"

  1. CHRESTIAN Pierre  21 octobre 2016 à 18 h 58 min

    Ayant été moi-même chirurgien et enseignant j’ai trouvé cet article très pertinent. Il résume bien tous les problèmes et est à faire lire à tout étudiant qui se destine à la chirurgie. La séquence d’apprentissage est bien décrite. Il faut insister sur la recherche d’un mentor qui facilite et simplifie grandement les différents temps de l’apprentissage.
    Il faut cependant insister sur la différence qui existe au sein des différents CHU. L’apprentissage est facilité dans les lieux où il y a peu d’étudiants si ils sont bien encadrés.la Chirurgie étant une discipline très pratique plus on voit de cas plus son expérience s’enrichit.Signaler un abus

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  2. pierre  24 octobre 2016 à 11 h 06 min

    Le marathon des études en médecine concerne aussi les parents. Il faut assumer matériellement et moralement l’étudiant qui peut passer par des phases difficiles.
    L’épreuve des E.C.N. et des choix est un moment très délicat.
    D’une façon générale, faire des études de médecine n’est pas une sinécure.Signaler un abus

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