Cécifoot : les aveugles aussi peuvent jouer au foot !

Le cécifoot est l'adaptation du football pour les déficients visuels. Lucas Ignatowicz, entraîneur de l’Equipe de France de cécifoot, qui intervient aussi en milieu scolaire, nous présente cette discipline.

Lucas Ignatowicz

Lucas Ignatowicz, sélectionneur et entraîneur de l’Equipe de France de cécifoot

Qu’est-ce que le cécifoot et quand est-il apparu ?

Le cécifoot est un handisport pratiqué par des athlètes avec des déficiences visuelles. Il regroupe deux catégories, celle des malvoyants et celle des non-voyants. Le cécifoot suit les règles du football en salle, avec des aménagements et des adaptations pour tenir compte du handicap des joueurs. Il est apparu en France en 1987 grâce au club As Cécifoot Saint-Mandé. Et en 2004, lors des Jeux paralympiques d’Athènes, il est officiellement devenu un sport paralympique. Il n’y a toutefois que la catégorie des non-voyants qui peut participer à cette compétition.

Comment les joueurs parviennent-ils à progresser sur le terrain sans voir et à éviter les contacts violents ?

Joueurs de Cécifoot en plein match @T.A.

Joueurs de cécifoot en plein match @T.A.

Chaque équipe compte cinq joueurs sur le terrain. Seul le gardien de but est valide. Il permet d’orienter la défense de son équipe et de leur donner des indications. Un entraîneur, sur la touche, supervise la partie centrale du terrain, donne des tactiques et aide les joueurs à se déplacer. La partie offensive est, quant à elle, gérée par un guide qui se situe derrière le but adverse pour donner des conseils aux attaquants. Ainsi, grâce à ces trois personnes valides, les joueurs peuvent progresser efficacement sur le terrain, en s’appuyant sur leurs autres sens, et en particulier l’ouïe.
De plus, le « Voy » est une règle incontournable du cécifoot. Afin d’éviter tout contact dangereux sur le terrain, chaque joueur doit signaler sa venue en criant haut et fort « Voy », signifiant « j’arrive » en espagnol, lorsqu’il se dirige vers le ballon ou qu’il défend sur un joueur. Vous pouvez donc imaginer qu’un match de cécifoot est très bruyant !

Quelles sont les différences avec le football classique ?

Les règles du cécifoot ressemblent à celles du football en salle mais des adaptations sont mises en place pour tenir compte des spécificités du handicap des joueurs. La règle du hors-jeu n’est par exemple pas appliquée, les longueurs du terrain sont bordées par une barrière gonflable pour assurer la continuité du jeu et les contacts sont autorisés, pourvu que les joueurs s’annoncent avec le « Voy ». Le ballon de cécifoot ressemble fortement à un ballon de football en salle. Mais pour pouvoir le détecter sur le terrain, des grelots sont placés à l’intérieur permettant aux aveugles de toujours savoir où se trouve la balle lorsqu’elle se déplace. Le temps de jeu est aussi inférieur à un match de football classique. Les équipes s’affrontent durant deux périodes de 20 minutes pour les non-voyants et de 25 minutes pour les malvoyants.

Peut-on faire pratiquer cette discipline en milieu scolaire à des élèves valides ?

Initiation au cécifoot

Initiation au cécifoot dans un établissement scolaire

Oui, le cécifoot peut s’adapter aux voyants en faisant porter un masque qui cache les yeux. Nous avons l’habitude d’intervenir dans des établissements scolaires pour faire découvrir la pratique du cécifoot aux élèves mais aussi pour utiliser cette discipline comme une sensibilisation au handicap. Les séances sont alors rythmées en deux temps : la compréhension du handicap et la découverte du cécifoot. Des activités sont ainsi mises en place afin de projeter au maximum l’élève dans la peau d’une personne en situation de handicap. Nous travaillons en effet sur des exercices de coopération, de confiance en soi et en l’autre, d’écoute et de concentration. La plupart du temps, ce sont les établissements scolaires qui font appel à nous pour intervenir auprès des élèves.

Quelles sont les premières réactions des élèves lorsqu’ils découvrent le cécifoot ?

Sur les premières minutes, les élèves prennent cette activité un peu à la rigolade puisqu’ils ont les yeux bandés. Mais rapidement, ils se rendent compte qu’on ne peut pas évoluer tout seul dans le noir mais qu’il faut être très attentif et à l’écoute. Les élèves découvrent alors qu’ils ont réellement besoin d’une personne pour les aider à se déplacer. Au bout d’une quinzaine de minutes, lorsqu’ils jouent vraiment le jeu et qu’ils se concentrent, ils prennent conscience de la difficulté et de la chance qu’ils ont de ne pas être atteints par ce handicap. Globalement, à la fin de la séance, les élèves restent marqués et sont vraiment touchés par ce qu’ils viennent de vivre.

Le cécifoot amène donc les jeunes à porter un regard différent sur le handicap ?

Oui, très certainement. Les élèves se rendent compte que même si les joueurs sont atteints de déficiences visuelles, ils peuvent tout faire d’un point de vue physique : tirer dans un ballon, sauter, courir… Ils font exactement la même chose que les voyants avec quelques adaptations. Leurs capacités sont mêmes décuplées par rapport aux valides : ils utilisent énormément leurs sens et font très souvent appel à leur concentration. C’est d’ailleurs pour cela que les joueurs de cécifoot sont beaucoup plus fatigués, que ce soit physiquement ou mentalement, à la fin d’un entraînement ou d’un match.

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