David Bouchillon, de la classe inversée à la « classe renversante »

Prof d'histoire, David Bouchillon mise sur la différenciation et rend ses élèves acteurs. En leur faisant produire le cours eux-mêmes, sa classe inversée est devenue "renversante".

Avec la classe inversée, les élèves de David Bouchillon sont "mis en activité"

Avec la classe inversée, les élèves de David Bouchillon sont « mis en activité »

Professeur d’histoire-géographie au lycée Alfred Kastler de Talence (33), David Bouchillon est l’un des pionniers français de la classe inversée.

C’est en 2011 qu’il découvre, sur Internet, cette méthode d’enseignement (inconnue en France), et qu’il la met en place, à l’époque au collège Aliénor d’Aquitaine de Salles (33). « Tout de suite, les choses ont changé : les élèves, en groupe, étaient mis au travail réellement », se souvient-il.

A la maison, les élèves visionnent des vidéos et répondent à des quiz. En classe, l’enseignant utilise très largement les tâches complexes, qu’il a été parmi les premiers à développer en France, avec Olivier Quinet, lui aussi prof d’histoire et adepte de la classe inversée. Cette scénarisation des activités de groupes permet de mettre « toujours plus les élèves au travail ».

Comparé à l’époque où il ne connaissait pas la classe inversée, et où il mettait en pratique le cours dialogué, avec une majorité d’élèves « qui dorment » et quelques uns « qui participent », la différence est radicale. « Les élèves s’impliquent, travaillent en groupe et s’entraident. Ils ne s’ennuient plus ! », s’exclame-t-il.

Différenciation : dans le cadre de sa classe inversée, David Bouchillon crée des parcours afin de permettre aux élèves d'avancer chacun à leur rythme.

Différenciation : dans le cadre de sa classe inversée, David Bouchillon crée des parcours afin de permettre aux élèves d’avancer chacun à leur rythme.

Une différenciation « toujours plus grande »

Depuis 2011, la classe inversée de David Bouchillon a évoluée – vers une différenciation toujours plus grande : « dans mes classes, tous les élèves ne font pas la même chose. Les exercices sont adaptés à leurs capacités, dans le sens pédagogique du terme, c’est-à-dire à leurs savoirs-faire sur telles et telles compétences ». Lors d’une séance, les élèves ont ainsi le choix entre 6 « parcours ».

Ceux qui ont « des difficultés pour apprendre et retenir » répondent à un « questionnaire de connaissances » en début de cours, avant une activité, afin de se remémorer ce qui a été vu précédemment. « A la fin du cours, je leur propose un 2e quiz, qui reprend ce qu’ils viennent de voir. Ce système permet, en permanence, de réactiver les connaissances acquises », note le prof.

Des travaux « adaptés aux difficultés » de chaque élève

L'évaluation sommative permet à D. Bouchillon de "voir les difficultés individuellement"

L’évaluation sommative permet à D. Bouchillon de « voir les difficultés individuellement »

D’autres élèves ont des difficultés pour rédiger, ou pour organiser leurs idées. « Je leur donne des travaux adaptés à leurs problèmes personnels. Quand on différencie, on a tendance à créer des groupes de niveau, mais on peut aller beaucoup plus loin en identifiant les difficultés de chacun, puis en donnant des travaux ciblés », affirme David Bouchillon.

Pour repérer les difficultés des élèves, l’enseignant mise sur une évaluation sommative, en fin de chapitre, basée sur des « items » précis. « Je vais par exemple demander aux élèves de présenter un document, d’en extraire une information, puis de rédiger un paragraphe », explique le prof. « En fonction de cela, je prend des notes dans un tableau récapitulatif très précis, qui me permet de savoir ce que l’élève a su faire ou pas », ajoute-t-il.

En classe, les élèves sont seuls responsables de la production de traces écrites. « S’ils ne travaillent pas, il n’y aura rien à la fin du cours. Ce sont donc eux qui produisent – des cartes mentales, des paragraphes, des schémas fléchés », note l’enseignant.

Le "teaser" d'une séance de la "classe renversante" de David Bouchillon

La « classe renversée », ou « renversante »

Depuis 2015, David Bouchillon a transformé sa classe inversée en « classe renversée », ou « renversante ». L’idée ? Faire en sorte que l’élève construise le cours.

Classe inversée, classe "renversante" : les élèves de David Bouchillon deviennent "acteurs de leur apprentissage"

Classe inversée, classe « renversante » : les élèves de David Bouchillon deviennent « acteurs de leur apprentissage »

Les élèves sont répartis dans 2 groupes, qui travaillent chacun sur un thème différent. « Chaque groupe produit une vidéo et une activité pour l’autre : là où dans le cadre d’une classe inversée traditionnelle, je proposais une vidéo et préparais l’activité, ce sont désormais les élèves qui produisent la vidéo », explique-t-il. Les vidéos produites sont utilisables (en amont du cours) avec un questionnaire, aussi conçu par les élèves. Chaque groupe, au terme d’une séance, aura étudié les 2 thèmes abordés.

« Finalement, l’élève devient prof… qui, lui, devient davantage un accompagnateur », remarque D. Bouchillon, qui envisage même de faire réaliser les évaluations et les corrections par les élèves eux-mêmes. « Le prof ne reste pas dans un coin à ne rien faire. Organisateur, facilitateur, il valide, il évalue et valorise le travail fourni », ajoute-t-il.

« Rendre les élèves actifs devant leurs vidéos »

S’estimant « très satisfait du résultat final », David Bouchillon décrit des élèves « qui ont énormément progressé et qui sont plus impliqués ». Si les « très bons élèves », bien adaptés au « système traditionnel », ont « parfois plus de mal », ils « y trouvent aussi un avantage », estime l’enseignant. « Ils deviennent encore meilleurs en acquérant ce qui leur manquait jusque là : l’autonomie ».

Cette année, avec ses Terminale S, qui se préparent déjà au Bac, l’enjeu est de préparer les élèves à la composition. La prise de notes a été accentuée… tandis que les prochaines vidéos produites devraient être moins « passives ». Avant la classe, l’élève sera « plus actif » devant sa vidéo, explique le prof : « davantage en activité, il pourra en sortir, en cliquant sur des liens apparaissant pendant le visionnage, par exemple. Il ne regardera plus passivement une capsule, et il en retiendra ainsi beaucoup plus de choses ».

La ‘flipped classroom‘ concerne le primaire comme le secondaire, et peut faire l’objet d’un grand nombre d’applications pédagogiques. Cet article fait ainsi partie d’un vaste dossier sur la classe inversée, à découvrir !

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