Clotilde Courau dans « Le Ciel attendra » : « un film nécessaire quand l’école doit prendre des mesures contre le terrorisme »

Dans le film "Le Ciel attendra", en salles le 5 octobre, Clotilde Courau joue la mère brisée d’une adolescente en voie de radicalisation. Interview.

GuyFerrandis

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Pour sa réalisatrice Marie-Castille Mention-Schaar, « il y avait urgence à faire ce film ». Le Ciel attendra, en salles le 5 octobre 2016, plonge le spectateur dans le quotidien de deux adolescentes ordinaires, dont la vie va basculer après avoir croisé le chemin de l’embrigadement. Clotilde Courau, qui interprète Sylvie, la mère d’une jeune fille radicalisée,  nous parle de ce film plus que jamais d’actualité.

Vous portez un rôle essentiel mais difficile, qu’est ce qui vous a poussée à l’accepter ?

Juste après les attentats au Musée du Bardo, à Tunis, j’avais été faire une lecture auprès de Modiano, accompagnée d’Abdennour Bidar, un philosophe qui traite en particulier de la problématique de la laïcité et de la spiritualité en dehors du dogme. Je m’interrogeais énormément sur cette problématique de l’extrémisme, dans les pays tels que l’Egypte, la Tunisie, le Liban ou Israël. Par contre, je ne connaissais pas forcément le phénomène de la radicalisation chez les jeunes. Quand Marie-Castille Mention-Schaar m’a fait lire le scénario, j’ai dit oui parce que c’est un des phénomènes nouveaux auxquels nous devons faire face, et qui nous concerne tous aujourd’hui. J’ai été convaincue par la qualité du scénario et l’engagement de Marie-Castille Mention-Schaar, avec son précédent film Les Héritiers. Je devais le faire, avant toute chose parce que c’est un beau film et parce que le cinéma constitue un langage universel qui répond au besoin qu’ont les hommes de comprendre.

Comment avez-vous préparé le rôle ?

J’incarne une femme qui, du jour au lendemain, est confrontée à la radicalisation de sa fille, qui l’appelle et lui annonce « ne t’inquiète pas maman, je suis en Syrie, je suis partie combattre ». Marie-Castille m’a d’une certaine manière mise dans la même situation que Sylvie, et pour m’y préparer, j’ai beaucoup lu : les livres de Dounia Bouzar(1), les livres écrits par certaines de ces mamans, ceux d’Abdennour Bidar sur les problématiques de la laïcité. J’ai lu aussi des livres sur l’adolescence, parce que c’est un film qui parle de la quête d’identité à ce moment de nos vies : le désir d’absolu, de pureté, d’un monde meilleur. Je me suis aussi intéressée à des livres politiques, et j’ai beaucoup écouté le juge Trevidic, spécialiste du terrorisme depuis 2004, qui ne s’en occupe plus aujourd’hui.

GuyFerrandis

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Qu’est ce qui a été le plus difficile pour vous durant le tournage ?

Il y a une complexité majeure à incarner l’errance, le désespoir, la solitude, le cauchemar de ces familles. Il n’y a pas eu une difficulté principale, il y en a eu du 16 novembre au 11 janvier. C’était tellement important pour moi de ne pas trahir ces familles, de ne pas être dans le pathos mais totalement dans l’incarnation. Je voulais que toutes les familles ressentent l’urgence d’être ensemble, de ne plus se laisser diviser.

Comment les enseignants peuvent-ils exploiter ce film en classe ?

Un film comme celui-là est nécessaire quand l’Education nationale doit prendre des mesures de sécurité contre le terrorisme à la rentrée, « au cas où ». Les professeurs vont pouvoir débattre sur l’ « ensemble », en-dehors de nos religions, de nos cultures.  Et peut-être faire participer des intervenants extérieurs, comme des philosophes, des sociologues, des personnes hors dogmes, simplement pour nous interroger en tant qu’humains, et faire parler ces adolescents entre eux.  Echanger autour de leur vision des choses, de leur ressenti, de leurs angoisses,  pour s’interroger sur leur façon de voir demain et éviter que certains s’enferment devant leur ordinateur et ne sachent pas que des prédateurs peuvent les y surprendre.

 

Des avant-premières gratuites du film sont organisées pour les enseignants dans 9 grandes villes de métropole.

Note(s) :
  • (1) anthropologue et directrice du CPDSI, qui intervient également dans le film.

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