« Affelnet 6e » : un algorithme peut-il créer de la mixité sociale ?

En 2017, Affelnet, logiciel d'affectation des lycéens, devrait aussi être utilisé pour répartir les élèves de 6e dans la capitale... et favoriser la mixité sociale ?

examen au college

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Dix jours après la polémique entourant la tribune de l’économiste Thomas Piketty dans Le Monde, qui accusait le collège français de favoriser les inégalités, avec une « ségrégation sociale inacceptable », le rectorat de Paris annonçait sur AEF l’utilisation, pour la rentrée 2017, d’un algorithme pour répartir aléatoirement les collégiens parisiens dans les établissements de la capitale.

Basé sur le logiciel Affelnet, utilisé depuis 2008 pour répartir les Seconde parisiens en fonction de leurs vœux d’orientation, ce nouveau système, baptisé « Affelnet 6e », serait un moyen de « favoriser la mixité sociale ».

83% de boursiers en Seconde au lycée Turgot

Mais l’algorithme d’Affelnet déjà utilisé pour les Seconde est loin de faire l’unanimité. Cet été, les enseignants du lycée Turgot (3e arrondissement de Paris) se sont plaints d’avoir accueilli, à la rentrée, 83% de boursiers en Seconde.

Et pour cause : dans l’académie de Paris, afin de permettre aux élèves défavorisés d’avoir accès aux meilleurs lycées, le barème d’Affelnet accorde « des points » supplémentaires aux boursiers, qui passent ainsi devant des non-boursiers présentant des résultats scolaires similaires ou supérieurs. « La procédure Affelnet contribue à recréer une ségrégation scolaire qu’elle est censée réduire », écrivent les profs du lycée Turgot, dans Libération.

Les parents des élèves parisiens actuellement en CM2 nourrissent des craintes similaires vis-à-vis d’Affelnet 6e, et s’inquiètent notamment des temps de transports à prévoir. Pour la section parisienne de la Peep (Fédération des parents d’élèves de l’enseignement public), un tel algorithme risque ainsi de favoriser une « fuite vers le privé », en obligeant des élèves à partir étudier loin de chez eux.

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 « Les parents n’auront pas envie que leurs enfants fassent, seuls, une demi-heure de trajet alors qu’ils ont un collège à côté de chez eux », explique Samuel Cywie, président de la Peep-Paris, au Figaro. Pour lui, « l’essentiel, c’est la santé et la qualité de vie, et pas juste les critères sociaux. »

Des effets positifs en dépit des « bugs »

Malgré le « bug » d’Affelnet pointé du doigt par le lycée Turgot, et en dépit de plusieurs « affectations incompréhensibles » relevées par d’autres profs, le logiciel semble avoir eu plus d’effets positifs que négatifs pour l’entrée en Seconde. « Avant 2008, les proviseurs choisissaient les dossiers des meilleurs élèves, et les lycées les plus cotés se servaient en premier », rappelle l’économiste Julien Grenet à Slate. Selon lui, le fait de donner à Paris un « bonus » aux élèves boursiers « a permis de faire reculer la ségrégation dans les lycées » de la ville, et « si on y revenait, elle augmenterait de 20%. »

Le rectorat de Paris tient à rassurer : Affelnet 6e ne sera pas une « simple déclinaison » de sa version Seconde, « car il n’est pas envisageable d’appliquer les mêmes principes à des élèves de 6e, ne serait-ce que dans la prise en compte des temps de transport ». Le nombre de « prioritaires » sur « critère social » devrait être plafonné. Les « non-prioritaires » devraient quant à eux être affectés avec un troisième critère : la distance du domicile au collège. Les notes, supprimées par certains établissements, ne devraient pas être prises en compte par le système.

« La mixité sociale ne s’impose pas »

La question de fond reste, toutefois, la suivante : un algorithme peut-il réellement créer de la mixité sociale ? « Personne ne pense qu’on va le faire avec un algorithme. Car la mixité ne s’impose pas : il faut argumenter, donner envie à un petit bourgeois d’aller étudier avec un petit fils d’ouvrier », indique Michel Fize, sociologue et chercheur au CNRS, à LCI.

Interviewé également par FranceInfo:, Julien Grenet  reconnaît qu’un algorithme a des limites. Ainsi, à Paris, il existe des zones « non mixtes » socialement, et si « dans la plupart des arrondissements périphériques, ça marche », dans les 16e, 6e et 7e arrondissements par exemple, « tous les collèges sont favorisés ».

Dans Slate, Louise Tourret, journaliste et spécialiste des questions d’éducation, reste dubitative : même dans le cas où le barème choisi  « combattrait la ségrégation sociale », une certaine « culture de l’élitisme » demeurerait, certains collèges restant « réputés comme médiocres », et d’autres comme « des établissements d’élite ». Ce qui entretiendrait la ségrégation scolaire.

Le ministère de l’Education Nationale lui-même semble conscient des limites d’un tel logiciel. Dans Le Monde, Najat Vallaud-Belkacem affirmait, le 7 septembre, que « l’on ne fera pas progresser la mixité par des décisions imposées », et ne « pas penser qu’un algorithme soit une baguette magique ».

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