Devant la cour d’assises de la Marne, les « amants diaboliques » se défaussent l’un sur l’autre

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Ils avaient juré de dire « la vérité », mais les « amants diaboliques » jugés pour l’assassinat du mari, un jeune militaire, se sont rejeté mardi la responsabilité du crime, minimisant leur rôle, devant la cour d’assises de la Marne.

Au deuxième jour du procès, pour lequel lui et sa maîtresse, Sophie Richard, encourent la réclusion à perpétuité, Sébastien Chantereau, 26 ans à l’époque, veut bien reconnaître qu’il est l’auteur des coups mortels. Sept coups de pioche dont l’un, transperçant l’artère pulmonaire de la victime, fut fatal.

Les mots de Chantereau, le regard perdu derrière de fines lunettes rectangulaires, sont à peine compréhensibles, de la « bouillie », dit la présidente de la cour d’assises Catherine Morin-Gonzalez, qui s’improvise traductrice. La faute selon la magistrate à « un traitement médicamenteux » que l’accusé reçoit en détention.

Le corps de Julien Thévenet, 24 ans, militaire à la base aérienne de Saint-Dizier (Haute-Marne), avait été découvert trois jours après le crime, en janvier 2014, dans le garage du pavillon conjugal, à Somme-Suippe, un village de 500 âmes près de Châlons-en-Champagne. Le couple avait deux enfants.

Pour le reste, « c’est Mme Richard qui a eu l’idée au départ », soutient Chantereau. A l’en croire, sa maîtresse se plaignait sans cesse d’un mari qui la « rabaissait plus bas que terre », dont elle disait subir « des violences verbales et physiques ».

« J’ai pas pu m’arrêter », tente l’accusé. « Elle m’a incité à continuer, elle m’a dit qu’il fallait que je me speede un petit peu », ajoute-t-il en retraçant le vendredi soir du meurtre, quand il est passé à l’acte après que Sophie Richard eut administré des somnifères à son époux dans un verre de pastis.

A son tour, celle-ci est revenue sur ses déclarations en garde à vue, affirmant cette fois qu’elle voulait divorcer de son mari, devant l’échec de leur union célébrée sans conviction six mois plus tôt.

« Sébastien m’avait parlé de le tuer, mais je pensais qu’il disait ça comme ça », explique la mère de famille, dont les enfants de cinq et deux ans étaient dans la maison au moment du drame.

« Quand on a des difficultés conjugales, l’idée qui vient n’est pas de supprimer son conjoint », ironise la présidente de la cour d’assises.

– ‘On l’appelait Satan’ –

« Je me suis égaré », finit par dire Chantereau pour atténuer cette « chose irréparable » qu’il a commise.

A l’entendre, trois bières enfilées derrière l’église du village et un demi pris au bar en attendant le feu vert de sa complice auraient eu raison de sa lucidité le soir des faits.

« Une personne ivre n’aurait pas pu faire la prouesse de mettre sept coups de pioche sur une surface aussi petite », avait pourtant relevé le médecin légiste.

En garde à vue, l’accusé avait aussi dit avoir pensé aux moyens de supprimer le mari, ne voulant pas l’enterrer à cause du risque que « la brigade canine retrouve le corps ».

« Il fallait creuser à 2.80 m, j’avais pas que ça à faire », s’était justifié cet ex-employé d’une entreprise de pompes funèbres qui étalait sa fascination pour la mort sur les réseaux sociaux.

A la barre, une ancienne camarade de classe, par ailleurs amie du couple Thévenet, raconte qu’il faisait « le caïd » dans son lycée professionnel. « On l’appelait Satan, même pas par son prénom, on disait Satan par-ci, Satan par-là », témoigne-t-elle.

Quant à Sophie Richard, si elle dit n’avoir « pas réfléchi », elle avait tout de même calculé la somme qu’elle pourrait toucher des assurances à la mort de son époux. Malgré le profil de l’accusé, elle serait l’instigatrice du crime, car « c’est plutôt le type de personnalité qui utilise l’autre pour parvenir à ses fins », selon Hugues Collin, psychiatre.

Le verdict est attendu mercredi soir.

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