Circulaire de rentrée : les syndicats enseignants entre opposition et optimisme

Nouveaux programmes, réforme du collège, plan numérique sont les 3 nouveautés au sommaire de la circulaire de rentrée. Ces changements divisent toujours les syndicats.

Professor giving class at the classroom © Estudi M6

Professor giving class at the classroom © Estudi M6

« Trois changements réglementaires importants » pour l’Ecole sont pointés cette année par la circulaire de rentrée, adressée en avril dernier par Najat Vallaud-Belkacem à tous les personnels : les nouveaux programmes de la scolarité obligatoire, la réforme du collège et le déploiement du plan numérique.

En cette 4e année de « refondation de l’Ecole« , la ministre de l’Education nationale inscrit ces changements dans « une cohérence d’ensemble : instaurer une continuité dans le cadre du socle commun, et favoriser, pour tous les cycles, un renforcement des apprentissages, notamment des fondamentaux. » Si le SE-Unsa et le Sgen appréhendent ces nouveautés avec optimisme, Snalc et SNES réaffirment leur opposition…

Les nouveaux programmes de la scolarité obligatoire

Les programmes changent du primaire au collège. L’un des objectifs affichés de ce changement est d’inscrire le collège dans la continuité de l’école primaire, avec, notamment, un cycle 3 « à cheval » entre les deux et comprenant le CM1-CM2 et la 6e.

Le SE-Unsa et le SGEN saluent une réforme des programmes qui place le collège dans la continuité du primaire et pas comme un « petit lycée ». « Le collège n’est pas considéré comme l’antichambre du lycée, c’est-à-dire un lieu de tri, mais comme un lieu où l’on accompagne tous les enfants dans leur diversité pour maîtriser le socle commun », estime Christian Chevalier, du SE-UNSA. « Tous les programmes de tous les niveaux qui changent en même temps, c’est du jamais-vu », s’inquiète Frédérique Rolet, du SNES.

« La rentrée risque d’être très compliquée pour les TZR (titulaires zone de remplacement) et autres collègues qui enseignent sur plusieurs établissements, ajoute Jean Rémi Girard, le vice-président du Snalc, car la mise en oeuvre des programmes va être différente selon les établissements. » Du côté de ce syndicat, l’heure est aux consignes pour « planifier ses répartitions et progressions annuelles à partir des nouveaux programmes ».

Nouveaux manuels : « arrêtons de nous focaliser dessus » (SE-Unsa)

Qui dit ‘nouveaux programmes’ dit ‘nouveaux manuels‘. La circulaire prévoit d’échelonner l’équipement des collégiens sur 2 ans. « Tous les élèves recevront de nouveaux manuels de LV2 et les élèves de sixième un nouveau manuel de sciences ; les autres manuels seront fournis à la rentrée 2017-2018 », promet la circulaire.

« Nous avons des remontées sur les crédits insuffisants pour financer les manuels dans les collèges », s’inquiète Frédérique Rolet, du SNES-FSU. « Les établissements et conseils généraux n’ont pas forcément les moyens de fournir tous les manuels pour tous les niveaux à la rentrée, confirme Christian Chevalier, secrétaire général du SE-Unsa, qui estime qu’il faut « arrêter de focaliser sur les manuels ». « Le manuel, ce n’est qu’un support, dans lequel il n’y a pas de vidéos, par exemple, illustre-t-il. Les choses évoluent et l’ensemble des enseignants ne travaillent pas avec des manuels. Beaucoup s’organisent en réseau notamment et échangent des outils. »

Réforme du collège : les syndicats divisés sur les EPI

Les EPI (enseignements pratiques interdisciplinaires) constituent la principale nouveauté de la réforme du collège. Il s’agit de « croiser les connaissances et mettre en oeuvre de nouvelles compétences grâce à la démarche de projet et à une approche plus concrète des savoirs », précise la circulaire.

« L’idée du ministère était de dire ‘vous faites des projets interdisciplinaires non prévus par le cadre normal du collège, nous allons formaliser ce que vous faites dans les textes mais vous n’êtes pas obligés de tous le faire' », commente Frédéric Sève du SGEN. « Avec les EPI, l’accompagnement personnalisé (AP) et les marges horaires, on donne plus de liberté aux équipes », estime-t-il.

Le Snes et le Snalc défendent une autre conception de la liberté pédagogique individuelle de l’enseignant. « En imposant l’interdisciplinarité dès la classe de 5e, on charge la barque des enseignants, sans que cela soit bénéfique pour la réussite de tous les élèves. Contrairement à ce qu’affiche le ministère, l’interdisciplinarité ne profite qu’aux meilleurs », assure Frédérique Rolet. Le SNES propose donc des outils pour organiser sa « résistance pédagogique ».

La secrétaire générale du SNES s’inquiète aussi de la mise en place de l’AP. « Tous les élèves doivent y participer, mais on sait pas si ce seront des groupes de niveaux, ni quel enseignant s’en chargera », commente-t-elle.

Langues vivantes : « le grand foutoir » (SNES)

« C’est le grand foutoir également concernant les langues », poursuit Frédérique Rolet. « Après que Najat Vallaud-Belkacem s’est soucié de l’allemand, certaines académies gardent des classes bilangues, d’autres pas. Les professeurs de langues vivantes sont très touchés par la réforme », assure la secrétaire générale du SNES. Ainsi, « avec les suppressions de classes bilangues et de classes européennes, ils sont plus nombreux à se retrouver avec des services partagés et un nombre de classes plus important. »

« Il est vrai qu’on observe un traitement politique très différent sur la question des classes bilangues et européennes, selon qu’on soit à Paris – en zone urbaine – ou ailleurs. Mais l’idée de préférer la généralisation de l’apprentissage d’une deuxième langue plus tôt est une bonne chose. C’est pourquoi nous ne nous sommes pas battus pour leur maintien », assume Christian Chevalier du SE-UNSA. Quant aux difficultés que pourraient rencontrer les professeurs de langues, le secrétaire général « attend les remontées, d’ici une semaine ».

Déploiement du numérique en 5e : un plan « trop flou »

Le « déploiement du numérique » en classe de 5e, pointé comme une priorité de la circulaire de rentrée a l’avantage de réussir à mettre le SE-UNSA et le SNALC d’accord. Tous deux jugent nécessaire que l’Ecole s’empare du sujet mais trouvent ce « plan numérique » bien trop flou pour les convaincre.

 » Il y a un vrai affichage politique sur le numérique, avec un plan qu’on nous sert tous les six mois, mais, à l’arrivée, on craint un investissement hasardeux », prévient Christian Chevalier. « L’Etat mettra un euro si la collectivité met un euro, explique-t-il. On peut donc craindre que des élus se démènent pour monter des projets à toute allure et achètent des tablettes ».

A la veille de la rentrée, le secrétaire général du SE-Unsa liste les questions que soulève encore ce point de la circulaire : « Quid de la formation des enseignants ? De l’intérêt d’équiper des collèges en tablettes si les projets pédagogiques n’ont pas été réfléchis en amont ? Que va-t-on acheter ? Pour qui, pour quoi? Qui va entretenir et changer le matériel ? »

« Depuis 1986, on a une bonne expérience des plans numériques qui ne marchent pas, estime Jean-Rémi Girard. On achète du matériel qui coûte cher, en oubliant d’équiper et de former les enseignants. Et, comme la dimension pédagogique n’est pas prévue, le matériel n’est pas utilisé. »

Pour le vice-président du Snalc, « se mettre à l’ère du numérique n’est pas donner accès à un contenu sur une tablette plutôt que dans un livre. Si l’on veut faire du numérique quelque chose d’essentiel à l’Ecole, comme c’est le cas dans la société, il faudrait l’enseigner ». Une discipline, le numérique ? De quoi relancer le débat entre syndicats.

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