Prof dans le supérieur : comment réussir sa rentrée à la fac ?

Comment faire cours à la Fac pour la première fois, face à des étudiants à peine plus âgés que soi ? Conseils d'enseignants-chercheurs expérimentés pour réussir sa rentrée !

Teacher explaining something to students © llhedgehogll

Teacher explaining something to students © llhedgehogll

Comment faire cours en amphi ou en TD pour la première fois ? Comment préparer un cours ou gérer des classes surchargées en Fac, face à des élèves d’un âge souvent proche du sien, et gérer sa rentrée ? Des enseignants-chercheurs expérimentés nous livrent leurs conseils.

“Un prof c’est un peu comme un acteur. Il a un texte – le cours -, un public – les étudiants – et un numéro à exécuter. Rentrer dans un amphi où 800 paires d’yeux vous dévisagent n’a rien d’évident. Alors mieux vaut s’y préparer”, prévient Sophie de Cacqueray, maîtresse de conférences en droit à l’université d’Aix-Marseille.

Repérer les personnes ressources

Pour Pierre-Marie Chauvin, maître de conférences en sociologie à la Sorbonne, bien se préparer c’est d’abord savoir se repérer dans l’université géographiquement mais aussi en identifiant les personnes ressources. “Dans toutes les UFR, il existe des personnes stratégiques qui connaissent parfaitement l’université et qui sauront, le cas échéant, orienter le jeune enseignant vers les bons interlocuteurs”. Un avis que partage Igor Babou, enseignant en sciences de l’information et de la communication à Paris Diderot : “ C’est bien d’aller un peu en avance dans les classes ou les amphis, surtout lors des premiers cours, pour vérifier que le matériel est en place (câbles, vidéo projecteurs, rallonges…) et de se rapprocher très vite des appariteurs. Cela évite bien du stress”.

Bien préparer son cours

Réussir son entrée sur scène suppose également d’avoir un bon texte.  Pas question de partir de zéro. “Si le cours a déjà été donné l’année précédente, le jeune collègue ne doit pas hésiter à demander à récupérer le matériel pédagogique (exercices, poly…) auprès de ses collègues”, conseille Jean-Louis Tu, professeur de mathématiques à l’université de Lorraine. Même chose au département sociologie de la Sorbonne : “On ne demande pas aux anciens qu’ils communiquent l’intégralité de leurs cours aux nouveaux, mais au moins un plan, une bibliographie, un powerpoint ainsi que  les modalités d’évaluation et, si c’est possible, quelques supports de cours”, précise Pierre-Marie Chauvin.

Le défaut le plus répandu du débutant ?“ Surestimer la quantité de connaissances qu’il pourra délivrer en deux heures”, estime le sociologue. Selon lui, une séance doit comprendre une grande idée avec des ramifications dont il faut accepter qu’elles ne soient pas toutes nécessairement développées”.

Benoît Petit, maître de conférences en droit à l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines (UVSQ), conseille aux jeunes enseignants de travailler en amont les supports de cours : “Préparer un powerpoint, c’est déjà se projeter dans le cours. C’est réfléchir à ce que l’on va dire mais aussi anticiper les réactions des étudiants. Cela permet d’arriver beaucoup plus serein en classe”.

Jean Louis Tu conseille par ailleurs d’indiquer le plan du cours et les objectifs de ce dernier. “Bien penser également à préciser les modalités de contrôle des connaissances : nombre et nature des épreuves, coefficients…”

Interagir avec l’amphi

Que vous fassiez cours à une trentaine d’étudiants en TD ou à plusieurs centaines en amphi, tous les enseignants insistent sur la nécessité de se détacher de ses notes et d’échanger avec l’auditoire. Pas question donc de déclamer son cours comme si vous étiez seul dans la salle. Sophie de Cacqueray pose des questions à ses étudiants, plaisante avec eux, il lui arrive même de dire le contraire de ce qu’elle pense, de les provoquer, “histoire de les faire réagir”.

Attention également au ton de la voix. “Le fait de parler à certains moments lentement, doucement et à d’autres, plus vite et en haussant la voix permet de maintenir une certaine attention”, remarque Pierre-Marie Chauvin.” Et de confier : “Dans les très rares moments où il y a du chahut, je me mets à parler tout doucement dans le micro. Les étudiants voient que je parle mais ils n’entendent rien, ce qui les déstabilise et les calme le plus souvent. Il ne faut pas hésiter à tester des choses en cours et petit à petit, on voit ce qui fonctionne.”

S’adapter au public

Il est d’autant plus important d’instaurer un dialogue avec son auditoire que celui-ci est hétérogène et le risque de perdre des étudiants en “cours de route” important. Pierre-Marie Chauvin conseille ”d’alterner lors d’une même séance, des moments où on parle plus vite, on va plus loin dans les concepts, avec un vocabulaire plus érudit et des moments où, au contraire, on ralentit, on répète lentement plusieurs fois les choses essentielles, en insistant sur le message important, celui que l’on veut à tout prix faire passer”.

Autre méthode : “partir de cas concrets, d’exemples, afin d’amener petit à petit les étudiants à la théorie et non l’inverse” détaille Igor Babou. Pour Jean Louis Tu :“ il faut laisser de temps en temps les étudiants réfléchir quelques minutes à des exercices de base afin qu’ils aient le temps de s’approprier les notions nouvelles”.

Fixer des règles

Dans tous les cas, il est important de fixer des règles claires dès le départ : gestion des retards, des absences, des téléphones portables…. Ainsi Igor Babou prévient ses étudiants lors de la première séance : smartphone interdit et attention exigée : “Mon cours n’est pas obligatoire, si vous ne venez pas et que vous avez de bonnes notes ce n’est pas un problème. Mais si vous venez, vous êtes attentifs. Vous pouvez débattre mais selon des règles bien définies”, énonce-t-il d’entrée. Si un étudiant est trop bruyant, Benoît Petit n’hésite pas à lui demander de sortir mais en veillant à “préciser la raison de la sanction qu’il aura pris le soin d’énoncer précédemment”. Pour Jean-Louis Tu : “ A la limite peu importe ce que décide l’enseignant -certains sont très stricts sur les retards ou l’usage du téléphone, d’autres sont plus conciliants- ce qui est en revanche très important, c’est de définir des règles et de s’y tenir”.

“En n’oubliant pas de se laisser le temps de trouver ses marques et de prendre plaisir ”, insiste Sophie de Cacqueray. Et Benoit Petit de conclure : comme le métier d’acteur, le métier de prof doit “s’exercer avec passion !”

Isabelle Dautresme

1 commentaire sur "Prof dans le supérieur : comment réussir sa rentrée à la fac ?"

  1. Eddy Sebahi  2 septembre 2016 à 23 h 15 min

    Très intéressant, mais envisagez-vous de publier un deuxième article qui présenterait autre chose qu’un format de cours magistral, ou, sa version soft, le cours dialogué ?
    Même à l’université, il existe des enseignants qui mettent les étudiants en activité. Cela n’apparait pas dans cet article. C’est bien dommage…Signaler un abus

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